victimes du génocide rwandais, mémorial de Kigali
victimes du génocide rwandais, mémorial de Kigali © Reuters

La cour d’assise de Paris juge à partir de ce mardi et pendant huit semaines deux hommes accusés de génocide et de crimes contre l’humanité lors du conflit au Rwanda en 1994.

Deux ans après la condamnation à 25 ans de prison du militaire rwandais Pascal Simbikangwa, c'est un nouveau procès historique pour le Rwanda.

Deux anciens bourgmestres sont poursuivis pour génocide et crimes contre l'humanité après un massacre dans leur ville en 1994. Ils y auraient directement participé en tuant ou en donnant des ordres aux tueurs, selon les témoins.

Les précisions de Claude Guibal.

Des témoignages insoutenables

C'était le 13 avril 1994, à Kabarondo. Ce matin-là, 3.500 Tutsis se sont réfugiés dans l'église de la ville. Dehors, les miliciens interahamwe sont là, avec d'autres Hutus. Au milieu d'eux, l'ancien bourgmestre, Tito Barahira.

Au Rwanda, cela fait une semaine que les massacres ont commencé. A Kabarondo, depuis des mois, les tensions interethniques se sont accrues : justice à deux vitesses, meurtres non élucidés, ségrégation diffuse dans les lieux publics, les écoles. La situation est explosive. Attirés hors de l'église, un premier groupe est immédiatement massacré à coup de gourdins et de machettes. Puis c'est à l'arme lourde et au mortier que les miliciens attaquent l'église.

Le récit des survivants est insoutenable. Ils seront plusieurs à se succéder à la barre, pourtant, pour raconter. Une présence essentielle, pour les associations des victimes qui ont lancé des appels de fonds pour payer voyages, et hébergements. Des familles entières massacrées, sous l'œil de l'autre accusé, Octavien Ngenzi, alors bourgmestre de la ville, qui dit aujourd'hui avoir été dépassé par les événements. Octavien Ngenzi a été arrêté en 2004 à Mayotte, où il essayait de fuir sous une fausse identité. Tito Barahira vivait lui à Toulouse, jamais inquiété jusqu'à son arrestation en 2013.

Les accusés nient mais parleront

Tito Barahira et Octavien Ngenzi nient les faits. A l'ouverture du procès ce mardi matin, ils ont affirmé qu'ils n'useraient pas de leur droit au silence et répondraient aux questions de la cour. Les audiences devraient être écourtées les lundis et mercredis en raison des problèmes de santé de Tito Barahira, 65 ans, qui doit être dialysé trois fois par semaine.

Les parties civiles se sont émues, ce lundi, du retrait de la magistrate spécialisée dans les génocides qui devait soutenir l'accusation. Aurelia Devos - qui devait représenter le ministère public aux côtés de Philippe Courroye, a fait valoir la clause de conscience, pour justifier son retrait.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.