La Cour d’appel de Lyon examine ce mercredi l’affaire opposant le céréalier charentais au géant de l'agrochimie. Paul François estime avoir été intoxiqué en 2004 par l'herbicide Lasso, retiré du marché français trois ans plus tard.

Agriculteur en Charente, Paul François se bat depuis 2007 pour que Monsanto soit définitivement reconnu responsable de son préjudice.
Agriculteur en Charente, Paul François se bat depuis 2007 pour que Monsanto soit définitivement reconnu responsable de son préjudice. © AFP / Thibaud Moritz

Douze ans qu’il se bat. Ce mercredi, Paul François sera de retour à la Cour d’appel de Lyon, devant laquelle il avait remporté en 2015 sa deuxième bataille contre Monsanto, avant que la cour de cassation n'annule la décision. Il réclame à la firme plus d’un million d’euros de dommages et intérêts.

En 2004, en ouvrant une cuve, le céréalier installé à Bernac, dans le nord de la Charente, inhale accidentellement les vapeurs de l’herbicide Lasso. Il est hospitalisé en état d’intoxication aiguë. Depuis, Paul François présente des lésions neurologiques irréversibles et une déficience du système immunitaire. Le quinquagénaire est régulièrement en proie à des crises qui provoquent des chutes et des pertes de connaissance.

Première mondiale

Alors que le Lasso est retiré du marché français en avril 2007, l’agriculteur fait assigner Monsanto un mois plus tard devant le tribunal de Lyon. En 2012, la justice reconnaît la responsabilité du géant de l’agrochimie, qui n'a pas fait mentionner sur l'étiquette du produit les risques liés à son inhalation ni la nécessité de porter un appareil respiratoire, en dépit de la dangerosité du Lasso. Monsanto est condamné à indemniser Paul François. C’est une première mondiale. 

Mais la multinationale n’a pas dit son dernier mot. Condamnée en appel, elle se pourvoit devant la cour de cassation, qui invalide la décision en raison d’une erreur de droit. 

Les moyens "démesurés" de Monsanto

Ce nouveau face à face, devant la Cour d'appel de Lyon, sera-t-il le dernier ? Paul François, 54 ans, l’espère, épuisé par un long combat judiciaire qui s'est ajouté à ses problèmes de santé. "Douze ans de procédure, c'est beaucoup d'énergie. Ça a perturbé mes nuits, ma vie familiale".

Son avocat, François Lafforgue, dénonce quant à lui "l'inégalité des armes", au vu des "moyens démesurés" de la firme. "Monsanto multiplie les consultants, tout en essayant d’asphyxier judiciairement et financièrement les demandeurs en multipliant les procédures. Mais ça ne nous a pas empêché de gagner deux fois", souligne-t-il, un sourire dans la voix. "Notre arme à nous, c'est la vérité contre le mensonge", renchérit Paul François.

De son côté, le groupe Bayer, propriétaire de Monsanto depuis 2018, se dit dans un communiqué "attaché à une juste compréhension des situations" et rappelle que "l'utilisation de produits phytosanitaires ne présente pas de risque pour la santé humaine lorsque ceux-ci sont utilisés dans les conditions d'emploi définies dans le cadre de leur autorisation de mise sur le marché".

L’été dernier, après une lutte acharnée, un jardinier américain atteint d’un cancer est parvenu à faire condamner Monsanto à lui verser plus de 250 millions d’euros pour ne pas avoir informé de la dangerosité d’un autre herbicide, le Roundup. 

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