Au bout d'une semaine d'offensive turque au Kurdistan syrien et alors que le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s'est rendu en Irak pour parler de coalition anti-Daech et des djihadistes français, la panique s'empare des dizaines de Françaises, retenues dans les camps du Kurdistan syrien.

Al Hol est l'un des trois camps au Kurdistan syrien.
Al Hol est l'un des trois camps au Kurdistan syrien. © AFP / Delil Souleiman

Il y a trois camps au Kurdistan syrien : Aïn Issa, Al Hol, et Roj. De tailles différentes, tous sont gardés par les Kurdes, qui surveillent depuis maintenant deux ans les Françaises qu'ils ont arrêtées au moment où elles fuyaient Daech. Avec l'offensive turque de ces derniers jours, les Kurdes ont ouvert une porte du camp d'Aïn Issa, affirment les familles de plusieurs Françaises qui étaient retenues là-bas avec leurs enfants, jusqu'à dimanche dernier. 

Une dizaine de Françaises et environ 25 enfants se trouvaient à Aïn Issa. Six d'entre elles se sont échappées "comme les Kurdes le leur proposaient", disent leurs proches. Elles semblent toujours errer avec leurs enfants, dans le désert du Kurdistan syrien. Quatre autres femmes auraient essayé de rester dans le camp, dans l'espoir que des Turcs viennent les chercher. Turcs qui expulsent automatiquement depuis 2014 tous les djihadistes français qu'ils voyaient passer leur frontière. 

"Mais ces quatre femmes n'ont pas pu rester dans le camp, les Kurdes ont brûlé leurs tentes", assurent plusieurs de leurs proches. Elles auraient donc fini par s'enfuir elles aussi et auraient déjà été rattrapées par les hommes de Daech. 

Plusieurs françaises retombées entre les mains de Daech ?

Plusieurs françaises, échappées des camps kurdes, seraient donc retombées entre les mains de Daech. C'est ce qu'affirme Amine El Bahi, du collectif Familles Unies. "Quatre femmes françaises sont retombées aujourd'hui entre les mains d'un groupe armé terroriste, Daech. C'est très grave. Cela montre que l'inaction d'Emmanuel Macron a conduit plusieurs femmes à retourner avec une organisation terroriste alors qu'on aurait pu les rapatrier. À travers la libération de Aïn Issa, nous avons peur de Daech se reconstitue", craint-il. 

Amine El Bahi a sa sœur dans le camp d'Al Hol. Elle a 25 ans, et deux enfants de deux et trois ans : "Je m'inquiète pour mon neveu et ma nièce, qui vivent depuis des mois dans des conditions sanitaires déplorables dans ce camp. Nous voulons qu'ils soient rapatriés", clame ce jeune homme, qui a déjà saisi plusieurs fois la justice française et même le comité de l'ONU, pour se faire entendre avec d'autres familles. 

"La peur de ma sœur c'est aussi d'être une monnaie d'échange avec Bachar El Assad"

Selon Amine El Bahi, dans le gigantesque d'Al Hol, circulait hier la rumeur d'une négociation avec Bachar El Assad. "La peur de ma sœur, explique-t-il, c'est d'être prise au piège, de se retrouver comme monnaie d'échange de Bachar El Assad, et de l'autre côté, d'être transférée en Irak, d'être condamnée à la peine de mort ou a perpétuité"

Dans le troisième camp, à Roj, où il y a une trentaine de françaises et trois fois plus d'enfants, c'est aussi la panique. Selon leurs familles, les femmes sont à la fois effrayées par le retour de la guerre, mais plus encore par la peur d'être transférées en Irak. Mercredi, elles étaient toutes au courant que le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s'était déplacé à Bagdad et elles craignaient un transfert obscur et rapide, comme il y en a eu un en février dernier, pour une douzaine d'hommes, qui étaient jusqu'alors dans des prisons syriennes. 

La peur panique d'être jugées et condamnées en Irak

Dans le collectif Familles Unies, qui regroupe plusieurs parents de djihadistes, ce grand-père raconte comment sa belle-fille, avec qui il a pu échanger hier par messagerie, lui a résumé ce mouvement de panique. "Ma belle-fille est terrifiée à l'idée d'aller en Irak, d'affronter un procès, expéditif, d'affronter la possibilité d'être condamnée à mort ou à la prison à vie. Elle m'explique que ça impliquerait qu'elle ne voie plus jamais ses enfants et pour elle, c'est quelque chose de terrifiant".  

Autour de Roj, Daech semble rôder également. Des hommes armés semblent prêts à proposer des évasions. Dans le camp, les Kurdes ne délivrent aucun message clair aux femmes retenues, selon leurs familles en France. Des familles qui continuent à réclamer un rapatriement des enfants, et de leurs mères. 

"Les enfants sont innocents, et c'est révoltant de ne pas les rapatrier" se désespère ce grand-père, de plus en plus inquiet pour le sort de ses quatre petits-enfants, coincés à Roj avec leur mère. 

Cette politique du non-rapatriement (sauf pour quelques enfants orphelins ou isolés, 17 enfants au total, rapatriés en mars et juin dernier) est "irresponsable d'un point de vue sécuritaire" s'emporte l'avocate Marie Dosé, qui a déposé plusieurs plaintes depuis des mois pour tenter de faire revenir ces enfants de djihadistes avec leurs mères, dont une plainte contre Jean-Yves Le Drian, en personne. Cette politique "est ignoble d'un point de vue humanitaire", écrit-elle dans un communiqué, avec le Collectif Familles Unies, qui "réitère sa demande de rapatriement d'urgence en France des enfants français et de leurs parents".

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