Un homme discret à la carrure de rugbyman : voilà comment on pourrait, en quelques mots, décrire Olivier Pelat. Partie civile au procès, il dépose ce matin à la barre du tribunal. Depuis octobre 2011, il est le tuteur de Liliane Bettencourt, désigné par la juge des tutelles de Courbevoie, pour s’occuper uniquement de ses affaires judiciaires. Le petit-fils de la milliardaire, Jean-Victor, est son tuteur à la personne, sa fille Françoise et son autre petit-fils Nicolas ses tuteurs aux biens. Pourquoi lui ? « Nos familles sont amies depuis la résistance », explique-t-il. Son père, Roger-Patrice Pelat, était l’ami intime de François Mitterrand, mais aussi d’André Bettencourt, le mari de Liliane. Depuis la guerre, les familles sont restées proches. « Liliane, je la connais depuis que je suis né, en 1958 », confie-t-il. « Je n’ai jamais été impressionné par son nom ou sa fortune, pour moi, c’est comme si elle était de ma famille » A la mort de son père, il a 30 ans, « André Bettencourt était bouleversé, à l’hôpital, il m’a dit qu’il serait désormais comme mon père. Une promesse jamais démentie. » La mission que lui a confiée la juge, il la prend très au sérieux. Il va voir Liliane Bettencourt le plus souvent possible, cela lui procure, dit-il, beaucoup de nostalgie et de tendresse. En souvenir de ces moments d’enfance, les vacances dans la villa de l’Arcouest ou aux Antilles, où l’on riait beaucoup, car « c’était une famille très joyeuse ».

Comment va-t-elle ? A 92 ans, atteinte de la maladie d’Alzheimer, « elle est dans son monde, on ne peut pas lui parler d’affaires complexes, cela lui échappe complètement ». Sait-elle que se tient à Bordeaux un procès qui porte son nom ? « Je le lui ai dit. Elle répond très bien, très bien… et elle passe à autre chose, elle a déjà oublié ». Liliane Bettencourt n’a plus de passé, plus d’avenir. Elle ne parle jamais de François-Marie Banier, ni de sa chère île d’Arros aux Seychelles. « Je ne suis même pas sûr qu’elle me reconnaisse », confie Olivier Pelat, « parfois, je sens juste qu’elle voit en moi un visage familier ». C’est la même chose pour tous ses proches. Même sa maison de Neuilly lui est aujourd’hui inconnue : « elle me dit souvent : il faut que je te laisse, je dois rentrer chez moi ». Comme si elle vivait dans un présent perpétuel, où elle se réveillerait chaque jour dans un endroit nouveau. Ce qu’il attend de ce procès ? Olivier Pelat abandonne un instant son ton policé. « J’en attends beaucoup de choses... Vous savez, quand on écoute les enregistrements, avec sa voix, au tribunal, les gens rient... Moi je suis très touché, et ému quand je l’entends. Ça me fait beaucoup de peine. D’entendre qu’on a essayé de lui faire gober n’importe quoi…

Je voudrais qu’elle retrouve sa dignité. Et qu’après, on la laisse tranquille. Qu’elle termine sa vie tranquillement ».

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