Un homme de 32 ans, poursuivi pour avoir incité, via l'application cryptée Telegram, un adulte handicapé à passer à l'acte, a été condamné à quatre ans de prison dont deux fermes

Le tribunal correctionnel de Paris juge ce vendredi un homme de 32 ans pour avoir incité un interlocuteur à commettre un attentat.
Le tribunal correctionnel de Paris juge ce vendredi un homme de 32 ans pour avoir incité un interlocuteur à commettre un attentat. © CC Andrew and Annemarie

Peut-on rire de tout et inciter une personne vulnérable à commettre un attentat "pour rigoler" ? Le tribunal correctionnel de Paris jugeait ce vendredi un homme de 32 ans pour avoir incité un interlocuteur à commettre un attentat.

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Youssef L.est videur de boite de nuit et il est très actif sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, début 2016, il invite Sébastien P. à installer l'application Telegram pour être "plus tranquille". S'engage alors une conversation avec Sébastien qui est un adulte handicapé, suivi psychiatriquement et qui s'est converti à l'islam "sur le web".

Youssef évoque l'idée de commettre un attentat. A certains moments, les échanges sont totalement absurdes mais parfois ils prennent une tournure inquiétante. C'est le cas lorsque Sébastien demande quand il doit passer à l'action. Voici un extrait, tel qu'il a été récupéré par les enquêteurs :

Sébastien : "Je passe quand en action.
Youssef : Quant tu veux mercredi cest un jour où il y a du monde dehors cest le bon moment
Sébastien : Sa marche. Je t'envoi les photo
Youssef : Non mais tu parle pour de vrai ou rien comme ca on fait une video et tout apres ton action. Il faut que tu soi sur que demain tu passe à l'action
Sébastien : Ouu frere je veux etre des votre
Youssef : Si tu passe à l'action demain tu sera des notre
Sébastien : Je fait une video ou je la viol et je la tue c bon
Youssef : Ouais c'est bon vazi fait sa et c'est bon tu sera des notre"

Pour Martin Mechin, l'avocat du prévenu, tout cela n'est qu'une mauvaise blague :

En réalité mon client prend ses interlocuteur pour des imbéciles et fait ça de manière certainement parfaitement stupide pour s'amuser.

Il pointe notamment des échanges loufoques dans lesquels Youssef se moque de Sébastien. Extrait :

Youssef : "J'ai des bombes atomiques à vendre
Sébastien : Combien. Ta des gun (des armes, ndlr)
Youssef : La version de 2012 couté 3000 € ravages 5 kilomètres à la ronde. La version 2016 coute 5000 € ravages 10 kilomètres à la ronde. Non j'ai pas de gun
Sébastien : Je veux la version 2016
Youssef : Ahh mais toi tu travaillés pas tu n'a l'argent pour payé sa
Sébastien : J'ai un cerveau
Youssef : En plus si tu le payé on te donne 19 rocket comme cadeau
Sébastien : On fait comment la transaction.
Youssef : On le fais sous un pont vers 3 heure du matin ou au commissariat oui la bas c'est sécurisé".

Au départ de cette affaire, les enquêteurs sont saisis pour des faits d'association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme. Youssef L. est arrêté et placé en garde à vue en juin 2016. Il explique alors que ses échanges relèvent de la plaisanterie et que Sébastien est "complètement fou" et "attardé".

Mais les enquêteurs retrouvent dans son téléphone portable des images de décapitation, de la "propagande djihadiste" et sur l'application Telegram : un "abonnement" à la chaine "Dawla Medias". Youssef est malgré tout relâché au bout de 47 heures de garde à vue.

Les enquêteurs de la sous-direction anti-terroriste semblent ne pas savoir quoi penser. Un policier écrit dans un procès-verbal de synthèse : "la dangerosité (…) de Youssef L. et Sébastien P. étant difficile à appréhender, il était décidé de procéder une nouvelle fois à leur arrestation".

Youssef est arrêté le 22 août 2016. Les magistrats abandonnent les poursuites pour association de malfaiteurs terroriste mais décident de le poursuivre pour provocation directe à un acte de terrorisme et consultation habituelle de site djihadiste. Une source judiciaire explique que cette affaire est certes de "basse intensité", mais que les conséquences auraient pu être dramatiques.

Le prévenu risque jusqu'à sept ans de prison.

► POUR EN SAVOIR PLUS | Lire "Telegram : les messages postés sur le réseau social utilisé par les djihadistes ne sont ni chiffrés ni protégés"

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