La justice vient de maintenir la mise en examen de l'islamologue pour viols. Tariq Ramadan a été placé pendant neuf mois en détention provisoire avant d'être placé sous contrôle judiciaire et libéré. Il portait plainte contre ses trois accusatrices pour dénonciation calomnieuse.

Tariq Ramadan reconnait finalement des relations sexuelles avec les plaignantes mais nie les viols
Tariq Ramadan reconnait finalement des relations sexuelles avec les plaignantes mais nie les viols © Maxppp / SALVATORE DI NOLFI/EPA/Newscom

Tariq Ramadan avait porté plainte pour "dénonciation calomnieuse" et "dénonciation d'une infraction imaginaire" contre trois femmes l'accusant de viol et violences sexuelles. Il est rare que des personnes mises en examen utilisent cette forme de recours, rarement couronnée de succès tant que les investigations se poursuivent. La chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris a donc logiquement rejeté, ce jeudi, sa demande de "démise en examen". Il reste mis en examen, et ne sera pas placé sous le statut de témoin assisté.

Depuis le 2 février 2018, Tariq Ramadan est en effet mis en examen pour deux viols, dont un sur personne vulnérable. Plusieurs actes d'investigation sont toujours en cours et pourraient apporter d'autres éléments de preuve.

Qui sont ses accusatrices ?  

Ramadan est accusé par une jeune femme (prénommée Christelle dans les médias) de l'avoir violée le 9 octobre 2009 dans un hôtel à Lyon. 

Une autre femme, une ancienne salafiste devenue militante laïque, Henda Ayari, l'accuse également de viol au printemps 2012. De manière constante, Henda Ayari et Christelle ont décrit, depuis leur plainte initiale, des rapports brutaux lors de leur unique rencontre avec Ramadan. Toutes deux ont aussi évoqué l'emprise de l'islamologue, par des mensonges, des manipulations et des menaces.

Il nie en bloc avant de reconnaître des relations sexuelles

Ramadan a nié pendant près d'un an tout rapport sexuel avec ses deux accusatrices. Il n'admettait qu'un "jeu de séduction" à distance, reprochant à la justice française de donner du crédit aux témoignages de ces femmes qu'il traitait de "folles". 

Mais la révélation en septembre de centaines de SMS explicites exhumés d'un vieux téléphone de Christelle a contraint l'islamologue à changer de version, après neuf mois de détention provisoire. Du coup, depuis novembre, l'islamologue suisse de 56 ans affirme avoir eu  "des relations consenties".

Libre depuis quatre mois

Le fait qu'il ait admis des relations sexuelles a permis à l'intellectuel musulman d'être remis en liberté mi-novembre.

Il a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire. Le prédicateur, qui souffre d'une sclérose en plaques, a dû verser une caution préalable de 300 000 euros et remettre son passeport suisse.

Le bras de fer entre les parties tournent désormais autour de l'abondante correspondance sexuelle de Tariq Ramadan avec les deux femmes. Ces dernières ont tenté de prouver l'emprise du prédicateur sur elles.

Les SMS qui accusent

Des messages de Henda Ayari, envoyés après leur rencontre de 2012 ont également été analysés cet automne par les policiers de la brigade criminelle.  Ils contiennent des propositions sexuelles mais également des reproches de violence et de manipulation.

Un rapport d'expertise a exhumé 435 SMS échangés entre Christelle et Tariq Ramadan conservés dans un ancien téléphone portable de la plaignante, entre le 31 août et le 15 décembre 2009. Tariq Ramadan y détaille en termes crus ses fantasmes : gifles, coups de poing, cheveux tirés, humiliations. 

"Bientôt ma poupée tu me feras vivre tous mes fantasmes. N'est-ce pas ? Je sais que tu veux ma domination. Tu l'auras ! ! !" (extrait d'un des SMS)

Les messages confirment la rencontre dans l'hôtel lyonnais. Et le lendemain de leur rencontre, il écrit "J'ai senti ta gêne. Désolé pour ma violence. J'ai aimé. Tu veux encore ? Pas déçue ?" Puis "Tu n'as pas aimé, je suis désolé".   

Concernant la plainte d'Henda Ayari, les faits dateraient de 2012 mais la jeune femme ne peut en préciser ni la date ni le lieu. Des centaines de SMS échangés en 2012, depuis un téléphone de Henda Ayari ont été également exhumés par la défense de Tariq Ramadan. En date du 17 septembre 2012, elle écrit "je suis jalouse de tes soumises elles doivent bien s'éclater avec toi sauf quand tu les frappes c'est bien fait sûrement qu'elles le méritent ! J'aime bien ton côté fou et sage à l'extérieur. J'espère que toi non plus tu m'as pas oublié ni oublié ces bons moments qu'on a partagés une seule fois certes, mais si fort et intenses pour moi inoubliables et toi dis-moi ce que tu en as pensé stp".

Réponse de Ramadan : "C'était bien, mais si tu t'étais lâchée cela aurait pu être mieux encore. Je sais que tu m'aimes, que tu veux être mienne. T'es une jalouse et tu veux tout me donner. Je sais que tu souffres depuis moi. Alors donne tout à ton maître et obéis à ton amour."

Deux autres femmes accusent

Une troisième femme, Mounia Rabbouj, a porté plainte à son tour en mars 2018 contre Tariq Ramadan, mais pour l'heure les juges d'instruction ne se sont pas prononcés sur ces faits. Mounia Rajjoub était également visée par la plainte pour "dénonciation calomnieuse" et "dénonciation d'une infraction imaginaire" déposée par Tariq Ramadan.

En avril 2018, une quatrième femme a déposé une plainte en Suisse, entraînant l'ouverture d'une instruction à Genève. Tariq Ramadan n'a pas encore été entendu dans cette procédure, son audition en février ayant été annulée.

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