la démission de jérôme cahuzac pèse sur le gouvernement
la démission de jérôme cahuzac pèse sur le gouvernement © reuters

Devant deux juges d'instruction, l'ancien ministre du Budget a reconnu avoir un compte à l'étranger et demande pardon "au Président de la République, au Premier ministre" et "aux Français". Il a été exclu du parti socialiste.

Le Canard Enchaîné avait déjà annoncé, dans la journée, que Jérôme Cahuzac s'apprêtait à tout avouer aux juges d'instruction en charge de son dossier, mais c'est l'ancien ministre lui-même qui a finalement donné l'information. Il a dans la foulée été mis en examen pour "blanchiment de fraude fiscale".

Les explications de Sarah Ghibaudo

Dans un billet publié sur son blog (lequel est d'ailleurs rapidement devenu inaccessible), il explique avoir demandé le 26 mars à être entendu par les juges d'instruction Roger le Loire et Renaud Van Ruymbeke. Il leur a ensuite "confirmé l'existence de ce compte [à l'étranger]" tout en leur expliquant avoir "d'ores et déjà donné les instructions nécessaires pour que l'intégralité des actifs déposés sur ce compte, soit environ 600 000 euros, soient rapatriés sur mon compte bancaire à Paris". Selon le Canard Enchaîné, le compte serait basé à Singapour, dans une succursale de la banque suisse Reyl et Cie, après la fermeture d'un premier compte en Suisse chez UBS.

Ce mercredi matin on apprend aussi que l'enquête judiciaire menée en Suisse a confirmé l'existence du compte de Jérôme Cahuzac à la suite de perquisitions à la banque UBS et chez la société Reyl et Cie.

Désolé d'avoir menti

Pourquoi alors avoir affirmé des mois durant qu'il n'avait jamais eu de compte à l'étranger ? "J'ai mené une lutte taraudante pour tenter de résoudre le conflit entre le devoir de vérité et le souci de remplir les missions qui m'ont été confiées", explique Jérôme Cahuzac. "J'ai été pris dans une spirale du mensonge. Je suis dévasté par le remords".

Face aux informations de Mediapart, qui affirme depuis plusieurs mois avoir les preuves de l'existence d'un compte en Suisse de Jérôme Cahuzac, le principal intéressé avait jusqu'ici toujours nié "en bloc et en détails".

Coup de tonnerre politique

Dans la classe politique, les aveux de Jérôme Cahuzac font évidemment réagir. "Les bras m'en tombent, je n'ai pas de mots", lance Arnaud Montebourg en marge d'une visite officielle. "Je ne pensais pas qu'on en était là".

À l'Assemblée nationale, l'annonce des aveux de l'ex-ministre a été difficile à encaisser pour les députés. Reportage de Marion Lagardère.

De son côté François Hollande a réagi en fin de journée. Il prend acte "avec grande sévérité" des aveux de son ancien ministre, coupable selon lui d'une "impardonnable faute morale". "En niant l'existence de ce compte devant les plus hautes autorités du pays ainsi que devant la représentation nationale, il a commis une impardonnable faute morale. Pour un responsable politique, deux vertus s'imposent : l'exemplarité et la vérité".

Jean-Marc Ayrault se dit trahi

"Un homme politique doit être irréprochable", assure le Premier ministre. "Il doit, plus que tout autre citoyen, respecter la loi. Le mensonge n'est pas acceptable en démocratie".

Je n'avais aucune raison de ne pas le croire, je ne savais rien car nous n'avions aucun élément qui pouvait nous prouver le contraire [...] Je n'ai pas la responsabilité de donner un pardon, d'autres fonctions peuvent y conduire. Je n'ai pas à distribuer les récompenses ou les sanctions. C'est la justice qui se prononcera.

"Qui savait et n'a rien dit ?"

Certains mettent eux directement en cause l'exécutif socialiste. L'UMP Christian Jacob explique avoir "du mal à imaginer que Hollande et Ayrault n'aient pas été au courant". Jean-François Copé écrit sur son site qu'il a appris "avec stupeur le terrible aveu de Jérôme Cahuzac". "Ce mensonge signe définitivement la fin de la gauche morale et donneuse de leçons", affirme-t-il, tout en se demandant "si le président de la République, le Premier ministre et les membres du gouvernement étaient au courant et s'ils ont couvert ces faits".

Pour Philippe Gosselin, député UMP de la Manche, c'est une mauvaise nouvelle pour la classe politique en général.

, Jean-Luc Mélenchon se demande lui "où s'arrête la chaîne du mensonge" et "qui savait et n'a rien dit".

Compte à l'étranger : le parcours de Jérôme Cahuzac
Compte à l'étranger : le parcours de Jérôme Cahuzac © IDÉ
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