Quatre personnes ont été arrêtées en début de semaine en région parisienne. Une fois les bijoux fondus dans des ateliers clandestins, ceux-ci étaient expédiés vers Dubaï.

Ils fondaient des bijoux volés pour en faire des lingots pour l'exportation
Ils fondaient des bijoux volés pour en faire des lingots pour l'exportation © Getty / Oliver Strewe

Tout est parti d'un dispositif de surveillance mis en place par les douanes à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle le 17 juillet dernier. Les douaniers surprennent l'échange d'un lingot d'or d'un kilo. Valeur estimée : 53 399 euros. Le lingot venait d'être remis à un passager en partance pour Dubaï. Les douaniers le récupèrent et saisissent le parquet du tribunal de grande instance de Bobigny. L'enquête préliminaire  est confiée à un service de police judiciaire de la police aux frontières. 

Des ateliers clandestins parfaitement équipés

Au cours de leurs investigations, qui ont duré près de six mois, les enquêteurs ont d'abord pu identifier le commanditaire de ce trafic d'or. Il s'agit d'un homme de 45 ans, inconnu des services de police. C'est lui qui était en charge d'exporter les lingots d'or. Le confinement puis les difficultés de la crise sanitaire, entraînant des conditions drastiques pour les passages aux frontières, ont apparemment perturbé ce trafic, provoquant une accumulation de stock. Les enquêteurs ont pu récupérer plusieurs kilos d'or, de bijoux volés, de pièces, lors de son interpellation en début de semaine. 

Mais ce qui est beaucoup plus rare, c'est que ce trafiquant faisait transformer son or directement en France. Les enquêteurs sont tombés sur deux ateliers équipés du parfait attirail d'orfèvre clandestin, avec des casseroles spéciales pour faire fondre le métal jaune. Le premier suspect, qui n'avait pas non plus d'antécédent judiciaire, faisait fondre l'or dans une arrière-boutique, un "vague local commercial" dans le 18e arrondissement de Paris, selon une source proche du dossier, avec la complicité du gérant. Ce sont ces lingots parisiens qui s'envolaient ensuite pour Dubaï. "Je n'ai jamais vu ça de toute ma carrière", confie cette même source. 

Certes, tous les enquêteurs savent bien que les butins des cambrioleurs et des receleurs ont de fortes chances d’être transformés. "Mais des lingots fabriqués comme ça n'ont aucune chance ou presque d'être écoulés sur le sol français ou européen. Par contre, c'est vrai qu'avec un grossiste à Dubaï qui peut servir de pays rebond, il est facile ensuite de les revendre dans certains pays asiatiques pour l'industrie électronique ou pour confectionner de nouveaux bijoux."

Le deuxième "fondeur d'or" a quant à lui été déjà été condamné en 2012 - 2 ans et demi de prison - pour le recel d'un stock d'or. Il s'était installé dans un recoin discret d'un garage automobile près de Paris, à Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Les enquêteurs ont pu établir qu'il travaillait en grande partie comme sous-traitant de l'atelier du 18e. Mais lui était bien mieux équipé : selon nos informations, cet orfèvre non déclaré disposait d'un four de bijoutier avec un creuset en graffite et une sorte de laminoir pour faire des fils d'or avant le stade de confection des petits lingots.

72 000 euros saisis en cash

Les perquisitions effectuées cette semaine ont permis la saisie de téléphones portables, de bijoux, de matériel d'orfèvrerie et de près de  72 000 euros de cash. 

Au total, quatre suspects ont été déférés jeudi soir. Placés sous contrôle judiciaire, ils seront jugés le 17 juin prochain à Bobigny (93) pour exportation en contrebande et en bande organisée de marchandises prohibées, blanchiment aggravé, participation à une association de malfaiteurs et travail dissimulé. Un délit passible de 10 ans d'emprisonnement . 

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