Pour Cherif et Dimitri Delay, les deux frères aînés, Me Léon-Lev Forster a plaidé la condamnation de Daniel Legrand.

Je tiens à remercier le président d’avoir tenu des débats objectifs, qui ont donné la parole à tous. Pour permettre à tous d’exprimer leur détresse. Si les acquittés ont pu avoir des souffrances, elles sont toutes relatives par rapport à la souffrance des victimes. C’était impressionnant de voir ce gamin, tout petit, raconter des choses innommables.

Dans ce procès, en dehors des effets de manche dont je suis en partie responsable, il y a la déchirure de gamins pénétrés par des sexes d’adultes et des objets multiples … et pendant des années. Ils sont brisés et chacun s’exprime comme il peut. Et au moins si ce procès avait une raison d’être cela a été la possibilité pour eux d’exprimer, d’essayer d’exprimer.

Et quand il a dit à son père : « je n’ai plus peur de toi ». Cela n’a pas été repris, cela a été très peu repris. Parce que la vérité des enfants, on veut la gommer. Cela devient une abstraction. Ils ont été reconnu victimes, mais on ne l’a pratiquement pas dit. En ce qui concerne le père et la mère, ils n’ont pas menti. Dimitri, il a eu du mal à commencer à parler. Puis peu à peu sa parole venait. C’est la première fois depuis des années qu’il a dormi une nuit entière, messieurs et mesdames les jurés. Alors vous n’avez pas été là pour rien.

Si vous avez un doute, vous acquitterez Daniel Legrand. C’est le principe fondamental de la loi française. Le doute doit profiter à l’accusé.

Je vais vous expliquer néanmoins pourquoi pour moi il n’y a pas de doute, il y a une certitude. Cette certitude va reposer sur quelques éléments nets, peu nombreux. On a fait le procès de l’enquête, le procès du procès. Mais vous n’êtes pas là pour juger du procès. Vous êtes là pour juger de la culpabilité ou de l’innocence.

Un mot simplement, parce que ça me pèse : comment peut-on imaginer quand une personne est envoyée devant une juridiction, on peut décider qu’elle comparaisse ou qu’elle ne comparaisse pas ? C’est la destruction de l’Etat de droit. C’est l’arbitraire. La règle n’est pas élastique.

Moi je ne vous dit pas que tout est vrai, qu’il n’y a pas des images qui se superposent. Mais ce n’est pas parce que l’enquête n’a pas été adaptée que cela doit nuire aux victimes. Parce que les victimes sont les premières victimes. Quand Dimitri transmet le nom de Dany Legrand en Belgique, il sort ça d’où ? Comment pourrait-il dire le nom de quelqu’un qu’il ne connaît pas et qu’il n’a jamais vu ? C’est élémentaire. On peut tourner autour du dossier, cet élément est insurmontable.

Et puis, il y a des aveux. Là, je vais rejoindre ce qui va certainement être plaidé : l’aveu n’est pas la reine des preuves. Par contre, il faut voir la nature de l’aveu. Parce qu’il y a quand même des coupables qui ont le droit d’avouer. Ils n’en deviennent pas pour autant des innocents.

Je suis honoré de leur confiance parce qu’ils ont toutes les raisons de douter du monde des adultes. Les parties civiles n’ont pas à demander de sanction et les années passant il ne faut pas détruire un être humain parce qu’un être humain est toujours une espérance. Mais leur certitude sur la culpabilité est ma certitude. Je demande la condamnation.

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