Le tribunal correctionnel de Paris s'est penché sur l'achat du moulin de Giverny et d'une première villa aux Antilles, à la fin des années 1980. C'est aussi le tournant qui marque pour l'accusation l'apparition du blanchiment, avec des montages complexes. Patrick Balkany joue le naïf qui découvre "l'esprit suisse".

Patrick Balkany et son épouse sont soupçonnés d'avoir dissimulé à l'administration fiscale un patrimoine d'environ 13 millions d'euros. Les époux Balkany
Patrick Balkany et son épouse sont soupçonnés d'avoir dissimulé à l'administration fiscale un patrimoine d'environ 13 millions d'euros. Les époux Balkany © AFP / Mehdi Taamallah / NurPhoto

Le président fait projeter quelques photos du moulin de Giverny. "C’est vraiment une violation de la vie privée" tempête Patrick Balkany, tandis qu’apparaissent à l'écran une piscine, une grande bâtisse à colombages, et un court de tennis qui ont plus d’allure que dans la description que le prévenu en avait faite.

En 1986, le nom des Balkany figure bien sur l’acte de vente de la propriété. Elle sera ensuite agrandie et embellie, avec de l'argent dont l'origine fait débat (c'était le sujet la veille, mercredi). Trois ans plus tard, et c'est ainsi que le tribunal entre dans le sujet du blanchiment, c'est une société du Liechtenstein qui achète à Saint-Martin la première villa antillaise du couple Balkany. "Je ne suis jamais allé à Vaduz, je ne connais pas le Liechtenstein" grommelle Patrick Balkany.

"C’est curieux l’esprit suisse"

Il assure qu’il ignorait la complexité de ces montages financiers, dont il rejette la responsabilité sur son gestionnaire de fortune suisse, auquel il faisait toute confiance, car il travaillait déjà pour la famille d'Isabelle Balkany. 

Guidé par le président Benjamin Blanchet, qui expose "la myriade de sociétés" par où transitent les fonds au fil des années, Patrick Balkany joue le naïf : "Vous avez bien vu qu’il y avait une kyrielle de sociétés qui se passaient les fonds de l’une à l’autre. Peut-être parce que j’étais PPE (NDLR : sans doute "personnalité politiquement exposée", dans le jargon des banques suisses, ce qui suppose d'en connaître la logique) j’ai découvert [pendant les investigations] toute cette organisation (...) , je suis quelqu'un de pragmatique, simple, j’ai vu qu’ils faisaient ça de manière compliquée et coûteuse. On voit bien qu'aucun courrier ne m’est adressé, aucun relevé... c’est la prudence suisse sans doute."

Le tribunal a déjà évoqué hier ce service de "banque restante", qui permet aux échanges avec le client de rester discrets et confidentiels. "C’est curieux l’esprit suisse", ajoute Patrick Balkany, avant d’égratigner les grandes entreprises qui cachent leurs bénéfices dans des paradis fiscaux, et de regretter qu’on ne parle pas d’harmonisation fiscale dans la campagne des européennes...

Patrick Balkany se pose en "bouc émissaire"

Cet argent, Patrick Balkany maintient qu’il venait de son père. "Alors vous allez me dire, c’est pas moral, mais c’était une autre époque monsieur  le président." Et, comme il l'a déjà fait à plusieurs reprises depuis la semaine dernière, le maire de Levallois-Perret convoque la mémoire de son père, Juif, résistant, déporté: "J’ai surtout l’impression qu’on fait le procès des juifs qui à la Libération ont pris leurs dispositions" va jusqu’à dire Patrick Balkany.

Au cours de l'audience, le prévenu souligne que des milliers de Français avaient un compte en suisse, et se pose en "bouc émissaire" : "J’aimerais pas être celui qui paye pour tout le monde". 

Patrick Balkany affirme que le fisc n'a pas été "spolié". L'administration des impôts l'aurait déjà rattrapé lors de la revente de la villa antillaise Serena, en 1993, ne laissant aux Balkany que 2 des 3,5 millions d'euros de l'opération. "C’est quand même de l’argent caché qui a coûté cher", observe le prévenu.

"On a toujours investi en France, tente Patrick Balkany. J’ai rapatrié ce que je pouvais et quand je pouvais pas j’ai acheté des biens en France, et payé des droits en France. 

- On fait une montagne d’un procès qui accouche d’une souris.

- On verra !" le reprend patiemment le président Benjamin Blanchet.

"Pourquoi ne pas avoir rapatrié tous les fonds en 1986 ?" demande le substitut du procureur Arnaud de Laguiche. Car Patrick Balkany affirme avoir utilisé l’amnistie fiscale d'Edouard Balladur pour ramener une bonne partie de son héritage. "Je pense que j’ai eu tort" répond le prévenu.

Et après, avec la cellule de régularisation de 2009 ?  "C’était trop tard". Patrick Balkany affirme qu'il n’aurait pas voulu, comme Jérôme Cahuzac dit-il, "porter tort à sa famille politique".

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