Le maire de Levallois-Perret a violemment dénoncé les accusations de Didier Schuller, qualifié de "mythomane de la pire espèce". Interrogé en 2013 par le juge Van Ruymbeke, l’ancien élu de Clichy avait remis la justice sur la piste de l’argent suisse de Patrick Balkany.

À son procès pour blanchiment et corruption, Patrick Balkany s'est employé mercredi à torpiller le témoignage de son ancien allié Didier Schuller
À son procès pour blanchiment et corruption, Patrick Balkany s'est employé mercredi à torpiller le témoignage de son ancien allié Didier Schuller © AFP / NurPhoto / Mehdi Taamallah

Ni le procureur, ni la défense ne l’ont fait citer comme témoin, mais Didier Schuller a occupé mercredi une bonne partie de l’audience du tribunal correctionnel de Paris. 

Le 24 octobre 2013, l’ancien directeur général de l’office HLM des Hauts-de-Seine, condamné pour trafic d’influence, est convoqué dans l’enquête sur le financement de la campagne Balladur de 1995. Didier Schuller décide de régler son compte avec Patrick Balkany, qui "s’en est beaucoup mieux sorti que moi", dit-il. Didier Schuller décrit la "résidence de luxe de Saint-Martin" et le "palais de Marrakech" que son ancien ami aurait caché au fisc. Il raconte aussi que les travaux du moulin de Giverny auraient été effectués gracieusement par des entreprises en relation avec l’office HLM (dont Patrick Balkany était le président). Il livre enfin le nom du compte suisse que lui aurait donné Patrick Balkany, et sur lequel il affirme avoir déposé "entre 7 et 10 millions de francs", en espèces, sur la période 1987-1994, des sommes collectées selon lui auprès des entreprises, pour le financement du RPR (devenu l’UMP puis Le Républicains). 

Le président Benjamin Blanchet termine à peine la lecture de ces déclarations, que les oreilles de Didier Schuller commencent à siffler : 

"M. Schuller est un mythomane de la pire espèce" lance Patrick Balkany. 

Pour le prévenu, tout est faux : Didier Schuller n’a jamais été son ami, les entreprises citées "n'ont jamais travaillé au moulin", "je ne me suis jamais occupé des finances du RPR et lui non plus". Il finit par reconnaître que c'est lui qui a conseillé à Didier Schuller de se porter candidat à Clichy, en 1994, avant que la justice ne découvre que la campagne était financée par des fournisseurs de l'office HLM. Patrick Balkany rappelle qu'il a été relaxé en 2005 dans ce dossier, alors que Didier Schuller a été condamné pour avoir touché des pots de vin, de l'agent qu'il a fait verser "sur un compte aux Bahamas et c’est pour ça qu’il est parti en République Dominicaine"

"Il n’y a pas d’espèces dans les campagnes électorales !"

"M. Schuller comme témoin, vous m’excuserez on a vu mieux" tempête Patrick Balkany. Le président insiste. Cet argent n'était-il pas destiné à financer aussi la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995 ?

"Je n’ai jamais reçu d’espèces [...] Je crois que c’est très mal connaitre les campagnes électorales, soutient Patrick Balkany. On était à une époque où les dons étaient autorisés, que vouliez-vous qu’on fasse d’espèces ? [...] Il n’y a pas d’espèces dans les campagnes électorales, monsieur le président, c’est complètement aberrant." 

L’instruction du juge Van Ruymbeke sur la campagne de 1995 a pourtant mis en évidence d’importants versements en espèces, qui proviendraient de commissions sur des contrats d’armement (l'affaire sera jugée l'automne prochain). 

Pour Patrick Balkany, Didier Schuller est déterminé à lui nuire car il "n'a pas digéré" que le maire de Levallois ne l'ait pas aidé à obtenir l'investiture de l'UMP pour les municipales de 2014 (toujours à Clichy). 

" -  Patrick Balkany : Je trouve quand même étonnant que la justice ait accordé autant d’importance aux déclarations de M. Schuller, connaissant le personnage, il fut l’homme en fuite le plus recherché de France, qui a fait changer un peu le cours de l’histoire...

-     Le président Benjamin Blanchet :  Comment ? 

-       M. Balladur vous le dira si vous lui demandez...

-       Je le vois rarement !

-       Edouard Balladur était très loin devant Jacques Chirac, et cette affaire a fait basculer l’opinion publique."

Argent familial ou caisse noire?

Le tribunal poursuit sa plongée vingt-cinq ans en arrière, dans un autre épisode judiciaire célèbre : l’affaire Schuller-Maréchal. En décembre 1994, le beau-père du juge Eric Halphen, le docteur Maréchal, est accusé d’avoir voulu soutirer de l’argent à Didier Schuller, dans le collimateur du juge, en échange d’une intervention pour obtenir la clémence de son gendre. Il s’agissait en fait d’une manipulation de Didier Schuller (qui avait amené à Maréchal "un million de francs en petites coupures dans une boîte à chaussures" a rappelé l’avocat Pierre-Olivier Sur, avocat d’Isabelle Balkany et, à l’époque, de M. Maréchal). 

Didier Schuller dira plus tard avoir agi à la demande de Charles Pasqua, le président du conseil général des Hauts-de-Seine. Mais en 1995, il choisit d'abord de disparaître en République Dominicaine pendant sept ans. "Charles Pasqua m'a appelé. Il m'a demandé : 'où est donc passé M. Schuller, il faut me le retrouver !'" raconte de son côté Patrick Balkany, qui fait rire la salle par son imitation réussie de l'accent méridional de Charles Pasqua.

La suite de l’audience va le mettre davantage en difficulté. Le prévenu maintient que l’argent qu'il avait en Suisse provenait de la vente à la fin des années 1980 du magasin de son père, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris. Une expertise judiciaire avait pourtant estimé la valeur de la société à un prix bien inférieur aux 31 millions de francs qu’il dit avoir touché. 

Surtout, Patrick Balkany reconnait pour la première fois qu’il était bien le bénéficiaire d’une société Lecaya, titulaire du compte bancaire suisse sur lequel Didier Schuller affirme avoir déposé les espèces, et qu'il a qualifiée de "caisse noire électorale". 

"Comment en a-t-il eu connaissance ?" interroge le substitut du procureur Arnaud de Laguiche.

"Le nom Lecaya est apparu depuis longtemps dans la presse spécialisée qui fait coin coin assure Patrick Balkany, qui désigne le Canard Enchaîné. Arrêtons avec le fantasme de l’argent politique!"

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.