L’accusation a demandé ce mardi la condamnation à perpétuité du frère de Mohamed Merah pour complicité. En première instance, Abdelkader Merah avait été acquitté de la complicité, et condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste.

Abdelkader Merah est accusé d'avoir aidé son frère Mohammed à commettre ses crimes
Abdelkader Merah est accusé d'avoir aidé son frère Mohammed à commettre ses crimes © AFP / Benoit Peyrucq

Il y a des sourires et de l’émotion sur les visages des familles des victimes, après plus de quatre heures de réquisitions à deux voix. L'avocat général Rémy Crosson du Cormier commence par citer le nom des victimes, il rappelle que le plus jeune, le petit Gabriel, "n’a vécu que 1 253 jours". Militaires, juifs, "ils sont des symboles devenus des martyrs", dit-il, "à qui nous devons notre solidarité, notre compassion".

Le deuxième avocat général, Frédéric Bernardo, descend de son estrade, se retourne vers les familles, confesse son admiration pour leur dignité, leur courage. "Quel spectacle", lance bruyamment l’avocat d’Abdelkader Merah, Eric Dupond-Moretti. "Évitez de souffler et de grogner dès que quelque chose vous gêne", lui rétorque l’avocat général.

Complicité par aide et par provocation

"Vous devez tenir compte de la douleur des victimes et de la résonance sociale de l’événement", appuient les représentants du parquet, avant de détailler longuement ce qui, pour eux, justifie que, cette fois, la cour d’assises condamne Abdelkader Merah pour sa complicité des crimes commis par son frère Mohamed.

"Je n’ai pas d’acte notarié apportant la preuve qu’il a commis les faits", reconnaît Frédéric Bernardo. Mais "un ensemble de faits matériels qui permettent d’établir une vérité judiciaire". La connexion du 4 mars sur la petite annonce d’Imad Ibn Ziaten, la première victime ? Par déduction, l’avocat général a "l’intime conviction que c’est Abdelkader Merah" qui s’est connecté. Le vol du scooter le 6 mars par les deux frères ? Préparé, prémédité pour l’accusation qui y voit un acte constitutif de "complicité par aide et assistance".

Complicité par provocation aussi, de par l’influence d’Abdelkader sur son frère, son rôle de mentor, "la collusion, l’osmose entre les deux frères est attestée", dit Rémy Crosson du Cormier, qui l’affirme : "Non, Abdelkader Merah n’est pas dans le box parce que son frère est mort. Non, il n’est pas un substitut de fortune. Il n’est pas l’auteur principal, mais le complice".

Perpétuité requise contre Merah, 15 à 20 ans contre Malki

Face au terrorisme, "il ne faut pas être naïf", conclut Frédéric Bernardo. "Je n’ai aucun espoir de réinsertion" pour Abdelkader Merah, assène-t-il avant de requérir la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans, "pour que le nom de Merah, brandi comme une fierté par les candidats au djihad, soit associé à une peine lourde". Dans le box, Abdelkader Merah ne réagit pas.

Contre son co-accusé, Fettah Malki, "qui ne pouvait ignorer, en remettant l’arme, l’usage meurtrier que Mohamed Merah voulait en faire", l’accusation demande 15 à 20 ans de réclusion.

Dans la salle d’audience, la mère de Mohamed Legouad sourit. Samuel Sandler se dit "très touché" par les mots, et les gestes des avocats généraux. "Ils nous ont donné du courage", dit Latifa Ibn Ziaten. Tous saluent la sérénité, la dignité de ce procès en appel, loin des débordements du premier procès.

Mercredi, les avocats de la défense plaideront pour les deux accusés. Le verdict est attendu jeudi.

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