annulation de la condamnation de christian iacono
annulation de la condamnation de christian iacono © reuters

La cour d’assises du Rhône juge, pour la troisième fois, Christian Iacono. L’ex maire de Vence comparaît pour des viols sur son petit-fils, quand il avait entre 6 et 8 ans. Celui-ci s’est rétracté il y a 4 ans, entraînant la révision du procès. Mardi 17 mars, le troisième Iacono, Philippe, fils de Christian et père de Gabriel, déposait à la barre. Compte-rendu d’audience de Corinne Audouin.

Le père, le fils et le petit-fils sont réunis dans la même pièce pour la première fois depuis des années. Ces trois là ne se parlent plus, séparés par des interdits judiciaires (le grand-père et le petit-fils n’ont pas le droit de se parler) et des haines recuites depuis plus de 30 ans.Dans le box, Christian Iacono écoute son fils Philippe déposer à la barre. Son père l’a longtemps accusé d’avoir instrumentalisé Gabriel, pour lui nuire. En 1996, l’enfant n’avait que 5 ans, les grands-parents avaient intenté une action en justice pour voir leur petit-fils. Ils trouvaient les parents, Philippe et sa femme, Elizabeth, bien trop sévères, à la limite de la maltraitance. « Pour moi, c’était une déclaration de guerre », dit Philippe. Voilà pour le contexte.

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Une goutte de sang

Petit, les cheveux bruns frisés, Philippe Iacono est médecin, comme son père. Mais il exerce loin de Vence, dans un laboratoire pharmaceutique, à Reims. « C’est difficile de ne pas croire aux rétractations de mon fils Gabriel. Cela creuse encore plus le fossé entre nous. Mais si son hypothèse, c’est qu’il n’a jamais été violé, ce n’est pas possible. » Gabriel, assis derrière son père, écoute. Philippe Iacono revient sur ce détail-clé, celui qui l’a convaincu, outre les expertises, psychologiques et médicales, outre le mal-être de son fils, ses crises violentes, ses cauchemars, symptômes de son stress post-traumatique : une goutte de sang. Gabriel a 9 ans quand il lui confie que son grand-père « lui a mis son zizi dans les fesses », que la deuxième fois, il a saigné. Une goutte de sang a coulé le long de sa jambe, Gabriel dit qu’il n’a pas pleuré, même s’il a eu mal. Il raconte surtout qu’il a eu peur… de tacher son chausson. Ce décalage, ces mots d’enfant pour dire l’indicible, ont emporté la conviction du père.« Alors ces rétractations », demande le président, « vous en pensez quoi ? »Philippe Iacono est un scientifique, il s’oblige, on le sent, à garder ses émotions à distance. « J’ai trois hypothèses », finit il par expliquer. « D’abord, la culpabilité d’avoir envoyé son grand-père en prison : on peut très bien le comprendre. Ensuite, l’amnésie traumatique. Lors du procès d’Aix, je me suis rendu compte que Gabriel avait totalement oublié notre conversation sur les faits. Je me suis documenté sur la mémoire post traumatique, la mémoire peut déformer les souvenirs… Je n’exclus pas ça. Et puis il y a la raison matérielle, mon fils a besoin d’argent. »Philippe Iacono ne s’arrête pas là. On sent qu’il a beaucoup réfléchi. « Je n’ai jamais souhaité que mon père aille en prison, s’il était innocent. C’est pour ça que je propose une piste, une porte de sortie. Il n’y a pas de preuve absolue que ce soit mon père. On peut imaginer que Gabriel a fait une transposition… J’ouvre cette porte. »Une porte vers l’acquittement, comprend-on, au bénéfice du doute. Mais dans ce cas, interroge l’avocat général, pourquoi Gabriel aurait-il accusé ce grand-père qu’il adorait ?« Je n’ai pas de réponse à cette question. Mais il faut bien qu’on en sorte, de cette impasse où se trouve cette famille depuis 15 ans, et puis, ça permettrait à Gabriel d’obtenir ce qu’il veut.»Le président s’interpose. « La justice n’est pas là pour rabibocher les familles, mais pour faire émerger la vérité ! ». « Mais s’il y a un doute… », reprend Philippe Iacono. « Il doit profiter à l’accusé », termine le magistrat.

« Je regrette de ne plus avoir de fils à qui parler »

Le moment est comme suspendu. Gabriel ne perd pas un mot de ce marchandage étrange. Cela ressemblerait presque à une scène de réconciliation familiale. Christian Iacono tente alors sa chance. Invité à réagir aux propos de son fils, l’homme ouvre les bras, sourit, prend sa voix la plus affable. « Il est tard, je ne vais parler que de l’adolescence, mon fils n’a qu’à répondre par oui ou par non ». Philippe Iacono se rebiffe : « c’est quand même d’une perversité incroyable, de m’obliger à répondre par oui ou par non ». Christian Iacono embraie.

« Tu étais inscrit en école de chimie. C’était ton vœu ? »« Oui. »« Qui a payé l’inscription ? Tu étais logé - un bel appartement, meublé, d’ailleurs. Tu avais une voiture, de l’argent de poche ? Je peux faire les réponses », s’amuse Christian Iacono.

Un peu plus tôt, Philippe Iacono a raconté l’autorité écrasante de ce père, à laquelle il avait eu tant de mal à échapper. Son manque d’affection, de tendresse, sauf pour les résultats scolaires. Comme s’il n’avait rien entendu, Christian Iacono trompette : « je suis très fier qu’il ait réussi son examen de première année de médecine, il a fini 7ème ! On a pris soin de lui. Tu te souviens, je te faisais réviser tes QCM, pendant l’internat ! » Peine perdue. Le père n’a décidément rien compris. « Je le dis ici », tente-t-il encore. « Depuis 30 ans, je regrette de ne plus avoir un fils avec qui je peux parler ».Visage fermé, Philippe résiste par le silence. L’impossible communication entre ces deux là se respire, on la toucherait presque du doigt. De toutes façons, le fils l’a dit un peu plus tôt : « Je ne peux pas oublier le mal qu’il a fait, et qu’il m’a fait ». Il y aura peut-être un acquittement. Mais pas de pardon. Les bras de Christian Iacono retombent dans le vide.

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