Il est l'homme qui a déclenché une secousse politique au coeur de la Macronie, en publiant sur son site Pornopolitique, des vidéos intimes qui ont entraîné la chute de Benjamin Griveaux. France Inter a très longuement rencontré Piotr Pavlenski, qui se revendique comme un artiste politique.

Piotr Pavlenski devant l'entrée de la Maison de la Radio, le 23 février 2020
Piotr Pavlenski devant l'entrée de la Maison de la Radio, le 23 février 2020 © Radio France / Sophie Parmentier

D'une voix posée, Piotr Pavlenski, tee-shirt noir, cheveux ras, regard gris-vert, parle beaucoup, et longtemps. De longues réponses presque à chaque question. Il s'exprime tantôt en français, tantôt en russe, n'hésitant pas à reprendre la traductrice, pinaillant sur un terme. Il préfère "appareil politique" à "gouvernement". Et précise que "système politique" et "pouvoir politique" ne sont pas interchangeables. Piotr Pavlenski, 35 ans, réfugié politique en France depuis 2017, semble se livrer avec une grande sincérité. 

Mais il donne aussi l'impression qu'il contrôle tous ses propos. Il pèse chaque mot. Et se dit d'abord "content" de se "rendre compte que Pornopolitique est utile aux Français. D'un autre côté, la situation est assez compliquée. Parce que le site Pornopolitique a été bloqué, le 15 février." Piotr Pavlenski assure qu'il veut reconstruire ce site sur lequel il avait publié les vidéos intimes qui ont conduit Benjamin Griveaux à renoncer à la mairie de Paris.

"Ce que j'ai publié, ça suffit"

"Bien sûr que le projet Pornopolitique doit continuer", s'exclame-t-il. "_Ce projet vient seulement de commencer. Comment c'est possible, un média qui existe pendant trois jours et qui est bloqué ? Je veux que ce projet se développe."On demande à Piotr Pavlenski s'il possède d'autres vidéos intimes de Benjamin Griveaux, comme il l'a laissé entendre ? Il sourit. Il rit même. Et reste énigmatique. "Ce que j'ai publié, ça suffit",_ réplique-t-il, avec une certaine fierté. A-t-il d'autres vidéos intimes, d'autres hommes politiques ? "Je ne veux pas répondre à cette question. Peut-être que j'ai de quoi faire, peut-être que non"

Piotr Pavlenski s'emporte contre le puritanisme qui a "bétonné la société". Il s'insurge contre les mensonges d'hommes politiques. Et répète que ce qui l'a poussé à publier les vidéos intimes attribuées à Benjamin Griveaux, c'est parce qu'il a "parlé aux électeurs de sa famille", comme d'un modèle, "tout en écrivant à Alexandra de Taddeo" dans des SMS que "sa famille était une prison". Piotr Pavlenski affirme qu'il n'avait jamais entendu parler de Benjamin Griveaux, jusqu'à ce qu'Alexandra de Taddeo, "mon amoureuse depuis un an", lui confie avoir eu une liaison avec l'ex porte-parole du gouvernement. "Je croyais que c'était un fonctionnaire, j'ai fait des recherches, j'ai vu qu'il avait été de gauche, avant de rejoindre Macron". Piotr Pavlenski évoque son "mépris" pour ce parcours politique.

En novembre 2019, prétend-il, il découvre les vidéos intimes qu'Alexandra de Taddeo disait avoir reçues, en 2018, de Benjamin Griveaux. "Je les ai volées", jure Pavlenski. "Je connais bien Alexandra, ça fait plus d'un an qu'on est ensemble, jamais de la vie elle n'aurait accepté que ces vidéos se retrouvent en ma possession. Donc je ne lui ai rien dit". Il maintient cette ligne de défense. Assure qu'il ne lui a dévoilé la vérité qu'après publication, il y a dix jours. Pourtant, dès le mois d'octobre, le site Pornopolitique est en construction, reconnaît Piotr Pavlenski. Un projet auquel il pense depuis longtemps, en fait. "L'art politique est fait de fragments qui se complètent, comme une mosaïque." 

Pas de complot politique 

En octobre, il se lance dans la fabrication du site, sans avoir encore mis la main sur les vidéos, à l'en croire. En novembre, il les dérobe donc, selon sa version. En décembre, il rencontre l'avocat Juan Branco, auteur du pamphet anti-Macron intitulé "Crépuscule". 

En janvier, "je demande à Juan comment c'est possible en France un site porn avec mon matériel ? Il y avait  Maxime Nicolle aussi. C'était entre le 13 et 15 janvier". Piotr Pavlenski explique qu'il a alors demandé au célèbre "gilet jaune" Maxime Nicolle s'il pouvait l'aider à diffuser ses vidéos. Nicolle aurait refusé de diffuser telles quelles, mais promis de relayer le site, à en croire Piotr Pavlenski. Un mois plus tard presque jour pour jour, la vidéo intime attribuée à Benjamin Griveaux est publiée sur Pornopolitique, et très vite relayée par des "gilets jaunes", entre autres.

Il n'y a pas de complot politique pour autant selon Piotr Pavlenski, qui s'offusque d'être soupçonné d'être agent russe du FSB. "Jamais", s'agace-t-il, rappelant ses actions en Russie, lui ayant valu des procès et de la prison. Des peines jamais très sévères, soulignent pourtant les complotistes ou des spécialistes de la Russie. Piotr Pavlenski ne se revendique que comme "artiste politique". Pas un "performeur" ; il n'aime pas ce terme. La performance est selon lui proche du théâtre, avec du public. Lui affirme ne chercher que l'art qui "parle du mécanisme du pouvoir, le rend visible à la société."

"Je voulais être peintre, comme Caravage"

C'est en 2012, que son premier acte politique a eu lieu, alors qu'il était encore étudiant à l'école d'art contemporain : "Je rêvais d'être peintre, comme Caravage". L'étudiant Pavlenski s'est aperçu qu'il ne peindrait que des tableaux dans des églises, ce qu'il refusait. Il ne voulait dépendre d'aucun pouvoir. Rester libre. Au même moment, les Pussy Riots s'opposent au pouvoir russe. Il veut les soutenir, et se coud les lèvres. L'idée lui est venue face à "la logique du gouvernement, qui a pour désir, comme tout pouvoir politique, de museler tout le monde. Je me suis dit : si je me couds la bouche, je ne pourrai plus parler, et je mettrai le gouvernement dans un cul de sac. C'est quand j'ai accompli cette action que j'ai compris que c'était de l'art."

Huit plus tard, après avoir fui la Russie suite à des accusations de viol qu'il nie -il parle d'amour libre, à trois avec son ex-compagne-, Piotr Pavlenski continue à se revendiquer uniquement comme un artiste politique. Un artiste qui estime que les droits de l'homme ont été bafoués durant sa garde à vue : "Je voulais Juan Branco comme avocat, un policier, puis un magistrat m'ont dit non, j'ai protesté." 

Il ne comprend pas qu'il soit mis en examen pour l'affaire de la publication de vidéos intimes. Il comprend encore moins que la justice lui interdise, dans le cadre de son contrôle judiciaire, d'entrer en contact avec Alexandra de Taddeo. "Le gouvernement a commencé une guerre contre mon amour avec Alexandra", se plaint-il. "C'est cruel", dit-il, promettant d'autres actions politiques spectaculaires, malgré ses poursuites judiciaires. Mais" je ne dévoile jamais mes plans", conclut-il. 

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