Huit des treize accusés ont été acquittés, dans la nuit de samedi à dimanche, au procès en appel de l'attaque de policiers à Viry-Châtillon, en octobre 2016. Verdict accueilli dans une ambiance surréaliste, marquée par une bagarre générale dans le box comme dans la salle.

Couloir du palais de justice de Paris
Couloir du palais de justice de Paris © Radio France / Ariane Griessel

Les mots de la présidente ont eu l'effet d'une étincelle sur un box des accusés explosif. A peine a-t-elle prononcé la dernière peine que l'un des huit hommes à comparaître détenus se lève, hurle, cogne contre la paroi vitrée, avant d'en venir aux mains avec les gendarmes. Vite rejoint par les sept autres accusés.

Sous le regard médusé des parties civiles, une bagarre générale éclate dans cet espace de quelques mètres carrés, des insultes fusent en direction de la présidente. Passé le moment de sidération, les avocats se précipitent, tentant de calmer leur client ou d'écarter leurs clients qui comparaissaient libres et semblent décidés à s'en mêler. A peine le box des accusés vidé de ses occupants, voilà que la colère éclate côté public. Des cris, des pleurs, et, là aussi, des confrontations physiques avec les gendarmes, amenant l'un d'eux à brandir sa bombe lacrymogène, avant que tout le monde soit évacué manu militari de la salle. La présidente attend le retour au calme dans un coin de la salle. "Du jamais vu en 25 ans d'assises", souffle un avocat, à la sortie.

Huit acquittés en appel, contre cinq en première instance

Scène surréaliste qui ferait presque oublier le verdict qui vient d'être prononcé, plus de quatre ans après l'attaque de deux voitures de police près de la cité de La Grande Borne, à Viry-Châtillon. Ce jour d'octobre 2016, les quatre fonctionnaires, venus sécuriser une caméra de surveillance, sont attendus par une vingtaine de personnes cagoulées, qui les accueillent sous les jets de cocktails Molotov. Deux policiers sont gravement brûlés, l'un deux, qui a dû être plongé dans le coma, subit encore, aujourd'hui, des opérations régulières. "L'un des crimes les plus graves commis contre des policiers, hors attentats terroristes, depuis dix ans", juge Thibault de Montbrial, avocat de l'une des policières touchées.

En première instance, en décembre 2019, à Evry, cinq des treize accusés ont été acquittés, les huit autres condamnés à des peines allant de dix à vingt ans de réclusion criminelle. En appel, les jurés ont acquitté huit des treize accusés (dont les cinq déjà ressortis libres en première instance), et condamné les cinq autres à six à dix-huit ans de réclusion. "Un naufrage judiciaire", pour Me de Montbrial, qui estime que "le naturel [des accusés] a repris le dessus" au moment de ce verdict qui clôt six semaines de procès à huis-clos, trois des accusés étant mineurs au moment des faits. 

"L'une des plus grosses erreurs judiciaires de ces dix dernières années"

"L'ambiance délétère a montré le fossé qui existe entre les accusés et les policiers qui étaient parties civiles. Et, d'une manière générale, tout ce qui représente l'autorité de notre société", assure l'avocat, qui ajoute que sa cliente est "effondrée". Les parties civiles jugent les peines trop légères, au regard des faits retenus par la cour d'assises. Ainsi, si Laurent-Franck Liénard, autre avocat de policiers, dit "accepter" les acquittements et ne pas avoir à "commenter une décision de justice", il juge "insupportables les peines prononcées : six ans, huit ans pour avoir tenté de tuer des policiers, pour les avoir regardé brûler en rigolant" et y voit "un très mauvais message donné à la société".

Même si la partie adverse n'a pas caché son soulagement à l'annonce des trois acquittements supplémentaires, ce verdict lui laisse également un goût amer. Plusieurs avocats ont décidé de saisir l'IGPN après avoir noté, selon eux, des incohérences, notamment entre les vidéos de garde à vue et les retranscriptions qui en avaient été faites, lors de l'enquête. Sarah Mauger-Poliak, donc le client a été acquitté, y voit même "une des plus grosses erreurs judiciaires de ces dix dernières années, a minima", le dossier contenant, selon elle, des faux en écriture publique, mensonges et omissions. "Il va falloir comprendre comment on peut écrire noir sur blanc qu'il a participé [à l'attaque]. A huit reprises, le témoin principal de l'accusation vient en réalité dire qu'il n'a pas participé. Comment est-ce possible ?", s'interroge l'avocate, pour qui "il reste des innocents dans ce box".

Frederick Petipermon, dont le client a été condamné à 18 ans de réclusions (contre 20 ans en première instance) dénonce, pour sa part, une enquête "biaisée", qui explique en partie, selon lui, les nombreux acquittements. L'avocat déplore que, a contrario, la cour a choisi de "condamner certaines personnes à des peines disproportionnées pour envoyer un message politique."

Alors que de nombreux délégués syndicaux et gradés s'étaient déplacés à Evry en décembre 2019, il n'y avait aucun représentant de l'institution policière ou d'une organisation syndicale pour accueillir ce verdict au cœur de la nuit, au vieux palais de justice de Paris. "Pour bien connaître les forces de l'ordre, je crains que ce verdict ne soit très mal accueilli, non seulement par les parties civiles (…), par les forces de l'ordre en général", prédit Thibault de Montbrial. L'attaque de Viry-Châtillon avait provoqué des semaines de mobilisation dans les rangs de la police, marquée par des rassemblements quotidiens devant les commissariats.

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