C'est une audience symboliquement forte qui s'est tenue le 8 novembre devant le juge des référés de Paris. Pour la première fois, le parquet de Paris assignait les principaux fournisseurs d’accès à internet en France, afin qu'ils bloquent un site antisémite, raciste, homophobe et négationniste.

Les juges des référés du tribunal de grande instance de Paris rendront leur décision le 27 novembre.
Les juges des référés du tribunal de grande instance de Paris rendront leur décision le 27 novembre. © AFP / Stéphane de SAKUTIN

Le site, intitulé "Démocratie participative" échappe à toutes les poursuites judiciaires : son hébergeur est anonyme, caché derrière des sociétés américaines qui refusent de coopérer avec les autorités françaises. Pas d’autre choix, donc, que de tenter en quelque sorte de couper le robinet, en empêchant sa mise en ligne en France.

Car ce site déverse depuis deux ans des propos orduriers envers les noirs, les arabes, les homosexuels. Des caricatures de juifs au nez crochu. Des montages photo glorifiant Hitler. L'auteur serait un français exilé au Japon, visé par un mandat d'arrêt pour d'autres faits, déjà condamné pour des affaires similaires. Mais le Japon n'exécute pas ce mandat, et n’a pas d’accord d’extradition avec la France. 

Le parquet de Paris veut pourtant arriver à tarir ce torrent de haine qui cible toutes les minorités, ainsi que des personnes physiques : le fils de Carla Bruni et Raphaël Enthoven, un avocat, une humoriste star de Youtube, ou encore Marc Knobel, historien et membre du CRIF : 

J'ai écrit un article pour parler de la Tunisie , qui venait de voter une loi antiraciste. Du jour au lendemain j'ai vu que l'on me traitait de 'sale juif'  illustré avec une photo de moi, avec une étoile jaune collée sur le côté droit. 

"À la barre, j'ai montré l'étoile jaune de mon père, parce qu'il la portait quand il avait 11 ans et demi, explique Marc Knobel, la voix serrée. Je n'aurais jamais pensé que je doive la montrer et qu'on m'en collerait une, virtuelle celle-là... J'ai montré l'étoile jaune de mon père, parce que ça a un sens... ça renvoie à des traumatismes profonds."  

Face à ces victimes et à la dizaine d’associations (Licra, Mrap, SOS Racisme, SOS Homophobie, Ligue des droits de l’homme) présentes pour soutenir la demande du parquet, les fournisseurs d’accès ont assuré qu’ils ne s'y opposaient pas, et qu'ils s'en remettaient à la décision de la justice. Le juge des référés rendra son ordonnance le 27 novembre prochain. 

Ils ont cependant expliqué ne pas être, au regard de la loi, responsables d’un contenu dont ils ne sont pas les hébergeurs. "On fournit juste l'accès, comme EDF avec l'électricité" a expliqué l'avocat d'Orange. 

Le filtrage, qui prendrait 15 jours à mettre en place, n’a rien d’une solution miracle : le site resterait accessible depuis l’étranger, et pourrait également renaître rapidement en France, sous un autre nom. 

Un combat sans fin ? Sans doute, mais qu'il est impossible de ne pas mener. 

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