Condamné ce jeudi matin par le tribunal correctionnel de Lyon à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les abus sexuels d'un prêtre, le cardinal Barbarin a annoncé à la mi-journée qu'il allait présenter sa démission au Pape.

Le cardinal Barbarin lors de la conférence de presse, ce jeudi 7 mars, où il prend acte de la décision du tribunal correctionnel de Lyon.
Le cardinal Barbarin lors de la conférence de presse, ce jeudi 7 mars, où il prend acte de la décision du tribunal correctionnel de Lyon. © AFP / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

C'est une décision et une démission qui secouent l'Église. Après l'annonce ce jeudi de sa condamnation à six mois de prison avec sursis, le prélat de 68 ans a déclaré devant la presse avoir "décidé d'aller voir le Saint-Père pour lui remettre [s]a démission", après avoir dit "prendre acte de la décision du tribunal", dont il va faire appel.

Retour en arrière. En août 2016, le parquet de Lyon avait décidé de classer sans suite l'enquête qui visait le cardinal Barbarin pour "non dénonciation" des agressions pédophiles commises par le Père Preynat. Mais un an plus tard, en mai 2017, des victimes du prêtre initient une autre procédure, une citation directe, qui a permis d'aboutir au procès qui s'est tenu en janvier dernier. Le 7 janvier 2019, à l'audience, le parquet, avait logiquement requis la relaxe du cardinal, arguant à la fois de la prescription des faits et de l'absence d'entrave à la justice.

Jeudi, les juges n'ont pas suivi le parquet. Ils ont décidé de condamner le cardinal à une peine de six mois de prison, avec sursis. 

"Précisément informé" des agressions sexuelles commises par le père Preynat

Pour motiver sa décision, la présidente de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Lyon a souligné d’emblée que, même si les faits de non-dénonciation sont prescrits, Philippe Barbarin était, dès mars 2010, "précisément informé" des agressions sexuelles commises par le père Preynat sur François Devaux. Or, "aucune dénonciation n’a été effectuée par le cardinal à cette époque. Cela paraît tout à fait regrettable, car une enquête aurait pu être ordonnée. François Devaux aurait ainsi pu être entendu plus tôt sans risque pour lui peut-être de se voir opposer la prescription des faits subis, et plusieurs autres victimes auraient pu alors être recherchées et se manifester".

Le tribunal constate encore que "Philippe Barbarin n’explique son silence que par la certitude que plus aucun fait n’était à déplorer depuis 1991". Mais "cette conviction ne le dispensait pas de respecter l’obligation de dénoncer les faits. Le tribunal retient plutôt que le cardinal craignait la diffusion de cette information". 

"Éviter tout scandale public", "seule priorité" de Philippe Barbarin

D’ailleurs, en 2014, quand d’autres faits sont portés à la connaissance du cardinal par Alexandre Hezez, Philippe Barbarin n’alerte pas davantage la justice. Pourtant, Alexandre Hezez, "qui ne cessait de se manifester" lui indiquait à partir de mars 2015 que "d’autres victimes écrivaient à leur tour". Mais le cardinal ne bouge pas, malgré les précédents judiciaires qui avaient conduit à la condamnation de l’évêque de Caen en 2001. 

Le tribunal de Lyon relève pourtant que Philippe Barbarin a, cette année-là, sollicité l’avis du Vatican alors qu’une "dénonciation au procureur de la République aurait pu contenir les mêmes informations que celles transmises à Rome".

Quand, dans sa réponse, le Saint-Siège recommande au primat des Gaules d’"éviter tout scandale public", cette consigne devient "la seule priorité et le seul motif à l’inertie de Philippe Barbarin" a constaté le tribunal. Ainsi "il a fait le choix de préserver l’institution à laquelle il appartenait plutôt que de communiquer utilement" les informations qu’il détenait à la justice. 

"En voulant éviter le scandale des faits d’abus sexuels multiples commis par un prêtre et la mise au jour des décisions bien peu adéquates des évêques qui le précédaient, Philippe Barbarin a préféré prendre le risque d’empêcher la découverte de très nombreuses victimes par la justice et d’interdire l’expression de leur douleur"
a conclu le tribunal en prononçant une peine de 6 mois de prison avec sursis.

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