Nommé en septembre dernier, le directeur de l'administration pénitentiaire Philippe Galli a annoncé dimanche sa démission. Sans en expliquer les raisons.

Philippe Galli, ici en 2015 alors qu'il était préfet de Seine Saint-Denis
Philippe Galli, ici en 2015 alors qu'il était préfet de Seine Saint-Denis © Maxppp / Christophe Morin

"De sa propre initiative, vendredi 31 mars, Philippe Galli a présenté vendredi sa démission du garde des Sceaux, qui l'a acceptée", a annoncé dimanche le ministère de la Justice. Un communiqué qui ne comporte aucune indication sur les motifs de la démission du directeur de l'administration pénitentiaire. Le principal intéressé, nommé en septembre 2016, a dit "ne pas souhaiter faire de commentaires".

Usé par les traitements du ministère

Mais alors, qu'est-ce qui a poussé l'ancien préfet de Seine-Saint-Denis à la démission ? Plusieurs sources du monde pénitentiaire, c'est un "désaccord" avec le ministre qui est à l'origine de ce départ. Selon les informations de France Inter, le directeur démissionnaire a jeté l'éponge usé par la façon dont il a été traité par le cabinet du ministre, court-circuité, dépossédé de son pouvoir de décision. Une source a affirmé à l'AFP :

"Il n'avait la main sur rien, il n'y avait pas de capitaine : les décisions ne se prenaient pas là".

À quoi est censé servir le directeur de l'administration pénitentiaire ? Subordonné hiérarchique du ministre de la Justice, il a une double mission : à la fois assurer la surveillance (ou le maintien en détention) des personnes condamnées par la Justice, et agir pour éviter la récidive. En pratique, pour remplir ces objectifs, il a sous son aile les 38.000 agents de l’administration pénitentiaire (dont les 27.000 surveillants de prison) en France.

Situation critique de la surpopulation

C'est donc à lui (et à ses services) de gérer les dossiers surpopulation carcérale, les conditions de détention ou le dialogue social avec les agents de l'administration pénitentiaire. Ce qu'il n'avait donc pas la pleine liberté de faire, selon nos informations.

La démission de Philippe Galli intervient donc à un moment particulièrement difficile : au 1er mars dernier, le nombre de détenus dans les prisons françaises a battu un nouveau record, avec 69.430 personnes incarcérées, alors même que la question de la politique pénitentiaire à aborder revient régulièrement dans la campagne présidentielle.

Exemple spectaculaire de la surpopulation : mardi dernier, la directrice de la maison d'arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis) a indiqué que son établissement, dont le taux d'occupation est de 201%, ne pourrait plus accueillir un seul nouveau détenu. Au niveau national, le taux d'occupation moyen est de 143%. Chaque nuit, 1822 détenus dorment sur le sol. En cause, le recours de plus en plus systématique à la détention provisoire, car 30% des détenus aujourd'hui en prison sont en attente d'un jugement.

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Un livre blanc mais pas de solution d'urgence

Autre élément à prendre en compte pour tenter d'expliquer la démission de Philippe Galli : celle-ci intervient quelques jours à peine avant la remise au garde des Sceaux d'un livre blanc sur les prisons, qui doit être rendu ce mardi par l'ancien sénateur Jean-René Lecerf. Un document qui, selon plusieurs participants, propose des prisons à taille plus humaine ou plus d'activités favorisant la réinsertion... mais rien pour régler en urgence la situation actuelle.

Et la démission intervient aussi quelques semaines après l'annonce, le 28 février dernier, des premières villes d'implantation de nouveaux établissements promis par Manuel Valls. L'objectif du ministère est de 80% de détenus en cellules individuelles, avec un programme de 32 maisons d'arrêt, un centre de détention et 28 quartiers de "préparation à la sortie". Mais construire des prisons prend du temps (en moyenne dix ans pour une prison), d'où un horizon fixé à 2025 avec la construction d'entre 10.309 et 16.143 cellules supplémentaires.

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