Mémorial d'hommage aux victimes du génocide rwandais à Kigali
Mémorial d'hommage aux victimes du génocide rwandais à Kigali © Max PPP

Vingt ans après le génocide des Tutsi au Rwanda, le premier procès français d'un complice présumé de ces massacres s'ouvre mardi devant la Cour d'assises de Paris.

Pascal Simbikangwa, ancien militaire de 54 ans, est jugé pour complicité de génocide et complicité de crimes contre l'humanité. En à peine 100 jours, ce génocide a fait en 1994 environ 800.000 morts, Tutsi pour la plupart mais aussi Hutu modérés.

La personnalité de l'accusé

Pascal Simbikangwa fait preuve d'une personnalité assez volubile. Il parle un excellent français mais ne répond pas toujours aux questions. Il a notamment évoqué avec fierté sa jeunesse de bon élève et de jeune officier doué.

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Cette première comparution est très attendue par les associations de défense des droits de l'homme qui dénoncent depuis des années la lenteur de la justice française dans le traitement de ces dossiers. La France, longtemps perçue comme une terre d'asile pour les bourreaux, a la compétence de juger des Rwandais depuis 1996. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda, qui achève ses travaux après avoir jugé 75 personnes, avait pour vocation de ne poursuivre que les principaux responsables du génocide.

Christian a vu sa famille massacrée pendant le génocide: reportage d'Arnaud Souque

Mais alors que la première plainte déposée par des associations remonte à 1995 et qu'une vingtaine sont à ce jourinstruites, il aura fallu près de 20 ans pour amener le premier suspect devant une cour française. Une inertie qui a valu à Paris, "vilain petit canard de l'Europe", selon Patrick Baudouin, président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), une condamnation en juin 2004 par la Cour européenne des droits de l'homme.

Patrick Baudouin a ainsi déclaré:

Enfin la France remplit ses obligations. Espérons que ce procès rachètera les erreurs du passé.

Lenteur de la justice française

Derrière la lenteur de la justice française, les associations voient des réticences politiques liées au rôle trouble joué par la France avant et pendant le génocide. De 1990 à 1993, dans les années qui précédent les massacres, alors même que les tensions ethniques s'accroissent au Rwanda, Paris renforce sa coopération militaire le régime de Kigali.

Aucune victime directe n'a cependant été retrouvée : reportage de Sara Ghibaudo

Puis, pendant le génocide, l'opération militaro-humanitaire Turquoise soulève des interrogations, certains Rwandais y voyant une opération politique masquée permettant à des membres des forces gouvernementales de fuir vers le Zaïre voisin.

Selon Michel Tubiana, avocat de la Ligue des droits de l'Homme:

Il y avait une volonté politique que ces affaires n'arrivent pas.

Pour ces associations, le procès de Pascal Simbikangwa, soupçonné d'avoir fourni des armes, des munitions, mais aussi d'avoir encouragé et donné des instructions à des auteurs de meurtres pendant le génocide, se devra donc d'être exemplaire.

"Il encourageait les miliciens à tuer" : reportage de Sophie Parmentier

Surnommé "le tortionnaire" avant 1994, selon plusieurs témoins, l'accusé est souvent décrit comme un membre de "l'akazu", terme qui désigne le cercle restreint de la famille et belle-famille du président Juvénal Habyarimana, au coeur duquel s'est constituée la ligne dure du régime rwandais.

La prison à vie?

Mais Pascal Simbikangwa, incarcéré à la prison de Fresnes suite à son arrestation à Mayotte en 2008 dans une affaire de faux papiers, nie les faits qui lui sont reprochés.

Selon l'un de ses avocats, Fabrice Epstein:

Il est a la fois fatigué, et il a hâte de pouvoir s'exprimer devant une Cour d'assises. Pour nous, c'est important que la Cour juge les faits et la personnalité de Pascal Simbikangw. Ce qu'on veut éviter, c'est que la France se comporte en bon élève.

Selon lui, le caractère historique de ce procès, avec notamment des débats filmés sur demande de l'une des parties civiles, "contribue à faire de lui un bouc émissaire". Durant plus d'un mois, plus de cinquante témoins, experts et chercheurs se succèderont a la barre pour tenter de faire toute la lumière sur ces événements et les responsabilités de cet homme. Une durée que l'accusé, paraplégique depuis un accident de la route en 1986, appréhende, selon ses avocats.

Il encourt la réclusion à perpétuité assortie d'une peine de sûreté qui pourrait être portée jusqu'à 22 ans.

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