Avec Salah Abdeslam, il est l'autre homme a avoir suivi les préparatifs des attentats du 13 novembre, puis ceux du 22 mars. L'homme au chapeau s'explique devant les enquêteurs.

Opération de police à Bruxelles pour arrêter Mohamed Abrini en avril 2016
Opération de police à Bruxelles pour arrêter Mohamed Abrini en avril 2016 © Maxppp / Stéphanie Lecocq

Il est celui qu'on a surnommé "l'homme au chapeau". Mohamed Abrini, incarcéré en Belgique après son arrestation dans la commune bruxelloise d'Anderlecht le 8 avril 2016, est l'un des personnages clés du dossier. S'il n'était pas à Paris le soir des attentats, il a néanmoins largement participé aux préparatifs des attaques du 13 novembre, puis du 22 mars à Bruxelles. Mais à la différence de Salah Abdeslam qui invoque son droit au silence, Mohamed Abrini accepte de répondre aux questions de la juge en charge du dossier en Belgique, selon les documents que France Inter a pu consulter.

Dans son audition du 1er juin 2016, le Belge de 32 ans revient sur les préparatifs du 13 novembre. Lui qui a d'abord multiplié les aller-retours avec les frères Abdeslam pour réserver les planques des différents commandos, sera même du dernier voyage vers Paris : "c'est le convoi de la mort, c'est trois voitures qui se suivent", explique Mohamed Abrini à la juge d'instruction. Ce 12 novembre 2013, ils mettent d'abord le cap vers Charleroi où ils rejoignent d'autres membres des commandos. "Tous les gars qui étaient dans l'appartement, dans le convoi c'étaient mes derniers potes (...) Dans ma tête je sais qu'ils vont aller vers la mort. (...) C'est comme si je les accompagne vers leurs derniers instants", relate Mohamed Abrini. Ce dernier poursuit d'ailleurs la route avec eux jusqu'à la planque de Bobigny : "ils étaient calmes, tranquilles. Ils préparaient à manger dans la cuisine, regardaient la télé. Je ne voyais pas de stress en eux." Alors Mohamed Abrini "embrasse une dernière fois tout le monde" et repart à Bruxelles en taxi, moyennant 365 euros.

Deux jours plus tard, alors que la France est sous le choc des 130 morts du 13 novembre, la photo de celui qu'on surnomme "Brioche" dans la commune de Molenbeek est partout : il est le deuxième homme le plus recherché après Salah Abdeslam - alors toujours en fuite. Le Belgo-marocain est récupéré par les autres membres de la cellule, partage les mêmes planques, voit Salah Abdeslam apparaître un jour dans l'une d'elle : "il était pâle, fatigué (...). Il m'a dit que voilà c'était fait."

Pendant des mois, les hommes déménagent de planque en planque. Rue Henri Bergé, dans la commune de Schaerbeek, l'appartement en duplex dispose d'une machine à coudre, "l'objet le plus gentil parmi tous les objets qui étaient là". A l'étage, explique Mohamed Abrini : "un genre de bac avec de la poudre qui sert au TATP et des fils." Puis, à Jette, "c'était tout petit et on était à six dedans. En plus, il y avait beaucoup d'humidité. Je n'ai pas vu de fabrication d'explosifs là-bas. Pour préparer ces choses-là, il faut de l'espace, un appartement en hauteur, c'est ce que Najim (Najim Laachraoui, qui a participé à la confection des ceintures explosives du 13 novembre, puis des bombes du 22 mars avant de mourir en kamikaze dans l'aéroport de Zaventem, ndlr) m'avait dit car l'odeur est insoutenable." Enfin rue Dries, à Forest. Mais les six hommes se plaignent :"trop d'humidité, il fait froid, des murs en carton. Tous les soirs on entendait les galipettes du couple au-dessus." Alors le groupe se scinde en deux.

Mohamed Belkaïd, Salah Abdeslam et Sofien Ayari restent dans l'appartement. Le premier est tué lors de l'intervention policière sur les lieux. Les deux autres fuient et s'échappent de justesse avant d'être interpellés par la police belge quelques jours plus tard. Les trois autres hommes - Mohamed Abrini, Najim Laachraoui et Ossama Krayem - rejoignent une dernière planque. C'est de là qu'ils partiront pour commettre les attentats du 22 mars à Bruxelles et Zaventem.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.