Dans des recommandations publiées au Journal officiel ce mardi, la contrôleure générale des lieux de privations de liberté épingle la gestion du centre pénitentiaire de Toulouse (Haute-Garonne). Surpopulation carcérale, problème d'hygiène et climat de violence : les conditions de vie y sont indignes, selon le rapport.

Un gardien de la prison de Lutterbach (Haut-Rhin), le 20 avril 2021 (illustration).
Un gardien de la prison de Lutterbach (Haut-Rhin), le 20 avril 2021 (illustration). © AFP / Sébastien Bozon

La contrôleure générale des lieux de privation de liberté a publié, mardi 13 juillet, ses recommandations concernant le centre pénitentiaire de Toulouse-Seysses, en Haute-Garonne. Ce rapport fait état d'un "nombre important de dysfonctionnements graves" au sein de l'établissement "qui permettent de considérer que les conditions de vie des personnes détenues au sein de cet établissement sont indignes".  La surpopulation carcérale, le manque d'hygiène et les violences qui y règnent sont notamment pointés du doigt.

Cafards qui circulent, toilettes bouchées, moisissures sur les murs

Des détenus qui s'enveloppent étroitement dans leur drap la nuit ou se mettent du papier toilette dans les oreilles pour se protéger des cafards, des toilettes bouchées ou des moisissures dans les salles de bains, des rats qui circulent dans la cour de promenade... Voilà ce qu'ont pu constater les onze contrôleurs qui se sont rendus dans l'établissement pénitentiaire du 31 mai au 11 juin dernier.

Le manque d'hygiène est un des points soulevés par les recommandations du CGLPL , qui estime que la dégradation des locaux est "préoccupante". Les portes battantes qui sont censées séparer l'espace de la cellule et celui des sanitaires sont, par exemple, toutes cassées. De fait, "il ne subsiste aucun cloisonnement permettant de préserver un minimum d'intimité lorsqu'une personne détenue se lave ou se rend aux toilettes", peut-on lire. "Ce sont eux qui bouchent les conduites d'eau, qui salissent, qui jettent tout par les fenêtres. Ce sont eux qui dégradent les portes en tapant dedans quand ils ne sont pas contents", répond Johann Reig, secrétaire régional adjoint du syndicat de surveillants Ufap-Unsa-Justice en Occitanie.

Ce manque criant d'hygiène est renforcé par la surpopulation "dramatiquement élevée" de l'établissement. Ainsi, le taux d'occupation est de 186% au sein du quartier de la maison d'arrêt des hommes et de 145% chez les femmes. "Pratiquement aucun détenu n'est seul en cellule", notent les contrôleurs qui ont calculé que l'espace personnel varie entre 1,28 m² et 4,41 m² par personne.

Au total, le centre pénitentiaire compte près de 200 matelas au sol, "soit près du quart du nombre de matelas au sol pour l'ensemble des établissements pénitentiaires en France" selon la contrôleure générale, selon qui cette situation "est inacceptable". Cette surpopulation avait déjà été relevée lors d'une précédente visite en 2017. Elle recommande donc la fin de l'encellulement à trois et des matelas au sol. Le ministre de la Justice répond qu'une centaine de détenus ont été transférés dans d'autres régions et que 80 autres le seront bientôt vers la Corrèze.

"Un climat de violence et d'insécurité permanent"

Conséquence de cette surpopulation carcérale, peu de détenus réussissent à accéder à des activités, qu'il s'agissent d'un travail ou d'une formation. La plupart passent donc 22h par jour dans leur cellule, ce qui génère "d'inévitables tensions", décrit le rapport. Il est effectivement fait état d'un "climat de violence et d'insécurité permanent", avec des agressions entre détenus mais aussi des violences verbales de la part du personnel pénitentiaire qui fait aussi usage d'un "recours excessif à la force". "Ce sont surtout les surveillants qui subissent cette violence verbale", s'agace Johann Reig. De son côté, le garde des Sceaux affirme que trois agents ont été condamnés pour ce type de faits et qu'un plan de lutte contre les violences est engagé au centre pénitentiaire.

Du côté de l'Ufap-Unsa-Justice, on réclame plutôt des places de prison supplémentaires et un renforcement des effectifs. Sur ce dernier point, les deux positions se rejoignent, car la CGLPL a constaté un "manque de personnel de surveillance", chacun ayant entre 90 et 136 détenus sous sa responsabilité. Mais les recommandations de la contrôleure générale n'épargnent pas non plus la direction : "Il faut une reprise en main" de l'établissement, peut-on lire, et "un renforcement de l'encadrement", pour mettre fin à ce qui est une "situation ancienne et connue" d'après le rapport.