.

cour d'Assises de Seine-et-Marne à Melun
cour d'Assises de Seine-et-Marne à Melun © MaxPPP

Ce mardi devant la cour d'assises de Seine-et-Marne à Melun, s'ouvre le procès des parents de Bastien, trois ans, mort après avoir été puni dans la machine à laver, vraisemblablement mise en route par son père. L'enfant, suivi par les services sociaux, était victime de mauvais traitements répétés.

► ► ► EN DIRECT|

Le jour du drame

Nous sommes le 25 novembre 2011. Ce jour-là, vers 16h30, Charlène Cotte va chercher ses deux enfants à l'école : Marie (le prénom a été changé), cinq ans, l'aînée et Bastien, trois ans, petit blondinet réputé assez turbulent. La veille, l'institutrice lui avait d'ailleurs signalé un nouvel incident : Bastien avait jeté le dessin d'un de ses camarades dans les toilettes. Mais ce jour-là, rien de particulier.

Pourtant, en arrivant dans leur appartement, Charlène raconte au père de Marie et Bastien que ce dernier "a été méchant a l'école et tapé une petite fille."

Elle le punit alors dans sa chambre, mais il semble que Christophe Champenois entende le réprimander bien plus sévèrement. Il emmène son fils dans la salle-de-bain, le place dans la machine à laver et actionne le bouton essorage. Charlène, elle, emmène sa fille à l'écart, fait un puzzle avec elle.

A 18h20, Christophe appelle alors le Samu car "il a , dit-il, un petit souci ". Et alors que la standardiste du Samu s'inquiète de l'état de l'enfant, insiste pour lui expliquer les gestes des premiers secours, le père de Bastien s'entête à vouloir donner sa version des faits : Bastien est tombé dans les escaliers, il lui a donné un bain pour le rafraîchir et il s'est noyé.

Arrivés sur place, les secours constatent la mort de l'enfant. La police découvre des vêtements souillés cachés au milieu d'autres dans la machine à laver. Des constations qui ne collent pas avec la version des faits racontés par les parents. D'autant que Marie, la soeur aîné de Bastien, déclare alors :

Papa avait mis Bastien dans la machine à laver car il fait des bêtises à l'école.

Le lendemain, l'autopsie du corps de Bastien révèle un œdème cérébral ainsi que des hématomes pulmonaires au niveau des viscères, qui correspondent à des effets d'accélération et de décélération.

Un couple dans le box

L'enquête découvre petit à petit l'histoire d'un couple. Charlène, jeune femme de 25 ans, tombe éperdument amoureuse de Christophe. Son premier amour, de huit ans son aîné, va aussi devenir le père de son premier enfant : Marie, puis d'un deuxième, non désiré, et dont elle lui cache la grossesse.

Ni l'un ni l'autre ne travaille. Christophe Champenois consomme alcool et stupéfiants. Des médicaments, aussi, car il souffre d'un méningiome, une pathologie neurologique. Et il s'en prend vraisemblablement régulièrement à ce fils non désiré : enfermé dans le placard - parfois attaché à l'aide d'un large ruban adhésif marron - laissé debout sur le rebord de la fenêtre ... Il s'en prend aussi à sa compagne, si l'on en croit une condamnation pour violences conjugales. Son casier judiciaire porte ainsi trace de six mentions, dont quatre condamnations à des peines d'emprisonnement avec sursis.

Selon la grand-mère maternelle de Bastien :

J'ai fait une promesse à mon petit-fils sur sa tombe : que la vérité éclaterait au grand jour. Bastien c'était un objet, la personne en trop, un intrus dans la famille.

Charlène Cotte, elle, vit visiblement sous l'emprise de son compagnon. Elle parle de lui comme un "dieu vivant", raconte une témoin, accepte qu'il reçoive sa maîtresse dans leur appartement conjugal. Issue d'une famille de sept enfants et d'un milieu social précaire, elle présente un niveau intellectuel limité.

Selon son avocat, Me Gérard Zbili :

C'est une mère qui a perdu un enfant et qui le vit de manière dramatique. Sa position consiste à dire qu'elle n'a participé en rien à ce processus. Cet enfant était un enfant aimé par Charlène.

Une responsabilité des services sociaux ?

La famille est suivie dès la naissance de leur premier enfant, Marie. Il s'agit alors d'une mission de prévention et de protection de l'enfance du Conseil Général. En décembre 2009, un dossier de suivi de la famille Champenois est ouvert à la Maison départementale des solidarités à Meaux.

Les informations préoccupantes se multiplient : le 15 décembre 2009, les 4,5 et 14 janvier 2010, le 18 février 2010, le 26 mai 2010, les 18 et 19 juillet 2011 ainsi que le 24 octobre 2011. Trois signalements de mineurs en danger seront successivement réalisés. Le dernier, en date du 18 juillet 2011, concerne le petit Bastien. Mais aucune violence des parents sur les enfants n'est alors décelée.

Le 21 novembre, encore, une infirmière puéricultrice se rend au domicile familial. Et dans le dernier rapport d'évaluation effectué on peut lire que "si les aides proposées à la famille sont mises en échec, il faut envisager la voie judiciaire ."

Jusqu'à la veille des faits où Christophe Champenois laisse un message à l'assistante sociale. Il menace :

Je vais le balancer du deuxième étage même si je dois faire quinze ans de prison.

L'avocat de l'association Enfance et Partage, partie civile au procès, Me Rodolphe Costantino au micro de Corinne Audouin :

Tous les signaux étaient au rouge. Je ne sais pas combien d'affaires il faudra pour qu'on prenne la mesure du fait qu'il y a des enfants qui meurent tous les jours sous les coups qu'il reçoivent. Il va sans doute falloir qu'on légifère sur le fait que si au bout d'un temps limité, on ne voit pas une nette amélioration sur les rapports entre les parents et les enfants et la manière dont on s'en occupe dans les familles, il faut les en retirer.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.