Au procès en diffamation que Denis Baupin a intenté à France Inter et Mediapart, les hommes et les femmes qui ont été témoins des comportements répréhensibles de l’ancien député ont raconté leur désarroi de n’avoir rien dit. D’autres ont répété qu’ils n’avaient rien à reprocher à l’ancien chef de file des Verts.

Emmanuelle Cosse, au gauche et Cécile Duflot : deux femmes politiques s'affrontent au procès Baupin
Emmanuelle Cosse, au gauche et Cécile Duflot : deux femmes politiques s'affrontent au procès Baupin © AFP / Patrick Kovarik /François Nascimbeni

Il y a celles qui ont subi, celles qui ont su mais qui n’ont rien dit, celles qui n’ont certainement pas voulu savoir aussi. Et puis il y a celle qui partage la vie de Denis Baupin depuis quatre ans, qui le connait depuis dix ans, et qui ne comprend pas les accusations qui sont portées contre celui en qui elle a confiance

Emmanuelle Cosse est une combattante. A la barre des témoins, la première de ceux qui viennent défendre l’honneur de son mari répète d’une voix forte et claire qu’il n’est pas un prédateur sexuel. Un séducteur oui, mais "jamais il n’a été question de violence, il voulait plaire, il aimait le jeu de la séduction, il préférait même le jeu à la conclusion". Emmanuelle Cosse confie d’ailleurs que "même en politique, il n’est pas très bon, trop naïf, il est doué pour les programmes, pas pour la stratégie". Alors, les 14 accusations des femmes recueillies par les journalistes et par la police, "c’est impossible" affirme l’ancienne ministre de l’Environnement. Pour elle, les journalistes n’ont pas cherché les témoignages favorables à son mari, et se sont contentés de ceux qui le chargeaient. Comme si l’on avait voulu monter une cabale contre celui qui était vice-président de l’Assemblée Nationale, quelques mois après qu’elle a accepté d’entrer au gouvernement Valls, ce que les Verts ont vécu comme une trahison. "J’avais défié la ligne politique du parti" contextualise-t-elle avant de se souvenir qu’un de ses collaborateurs l’avait prévenu que des journalistes enquêtaient sur Denis Baupin pour "le défoncer, le faire tomber"

Complot politique ? 

En tout cas, Emmanuel Cosse répète que tout ce que les femmes ont dénoncé est faux. 

Ce n’est pas vrai de dire que tout le monde savait chez les Verts. Si ça avait été le cas, à aucun moment j’aurais fait ma vie avec lui

Sa vie, aujourd’hui, depuis la "déflagration" de cette enquête de France Inter et Mediapart, elle la balaye de quelques images fortes : les amis qui s’éloignent, un frère qui ne veut plus les voir, des insultes à la sortie de l’école des enfants, "on me traite de ‘femme de violeur’, et ça continue encore aujourd’hui". Et elle conclut : "quelles que soient les attaques en politique, on ne salit pas les gens ainsi".

Elles étaient les meilleures amies du monde, ou quelque chose comme ça, intimes en politique, confidentes sur le reste. Mais c’est bien fini. Cécile Duflot a bien tenté de tendre la perche à Emmanuelle Cosse. "Un jour, je lui ai même tendu une poutre, mais elle m’a dit ‘tout va bien’, je n’ai pas insisté". La voix cassée, l’ancienne ministre parle vite, comme pour mieux contenir les sanglots. Elle raconte son entrée en politique en 2003, son ascension fulgurante jusqu’à devenir ministre du Logement neuf ans après. "Mais dès mon arrivée", précise-t-elle, "on m’a prévenu de n’avoir aucun contact avec Denis Baupin". Et puis un soir de 2008, au congrès mondial des verts à Sao Paulo, on frappe à la porte de sa chambre. C’est Denis Baupin : "

Il avait un regard bizarre, violent, il a tenté de m’embrasser, il m’a touché le cou, m’a dit ’Laisse-toi faire’, je lui ai mis un grand coup de pied dans le tibia, j’étais paniquée, je ne sais même pas comment j’ai réussi à lui mettre ce coup de pied

Et les sanglots de Cécile Duflot la submergent un peu plus, quand elle évoque le silence qui s’en est suivi. Son silence. "Comme si de rien n’était. J’en n’ai parlé à personne. J’étais devenue une femme très solide, trop solide. Je me disais qu’il vaut mieux se dire que ce n’est pas vrai pour pouvoir vivre toute sa vie avec ça. Mais j’ai manqué de compréhension" se souvient-elle quand elle se rend compte que d’autres femmes autour d’elle sont victimes des mêmes comportements. 

"Il m’est même arrivé de dire autour de moi qu’il était moins difficile de coucher avec lui que de résister, ça faisait partie des comportements libertaires qui nous rendaient très complaisants avec la violence chez les Verts" : 

On se disait que la capacité au rôle politique des femmes se transmettait par le sperme, on était dans le ‘faut vivre avec’

En 2016, elle parle aux journalistes de Mediapart et de France Inter quand elle se rend compte que d’autres femmes ont déjà témoigné. "Je m’en veux de ne pas l’avoir fait plus tôt" pleure l’ancienne ministre, "mais maintenant que c’est dit, les filles aujourd’hui sauront qu’elles n’auront pas à vivre ça".

Et c’est toute la vertu de ce procès. Libérer la parole. Ce n’est pas la condamnation de Denis Baupin qui est en jeu, mais celle de France Inter et Mediapart si le tribunal correctionnel de Paris juge l’enquête de Cyril Graziani et Lénaïg Bredoux pas assez sérieuse, rigoureuse. Et quelle que soit la réponse du tribunal, ce procès aura surtout permis à des femmes qui se disent victimes de Denis Baupin de témoigner haut et fort de ce qu’elles ont vécu, malgré la prescription des faits qui avait permis à Denis Baupin de ne pas faire l’objet de poursuites judiciaires, avant qu’il ne déclenche lui-même, avec cette procédure en diffamation, son propre procès. 

Le procès s'achève ce vendredi avec, à partir de 13h30, la plaidoirie de la partie civile, le réquisitoire, puis les plaidoiries des avocats des 12 prévenus. Le jugement sera mis en délibéré à plusieurs semaines. 

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