François Marie Banier à son arrivée au tribunal de Bordeaux le 11 mai 2016
François Marie Banier à son arrivée au tribunal de Bordeaux le 11 mai 2016 © MaxPPP

C’est un François-Marie Banier changé qui s’est présenté hier devant la cour d’appel de Bordeaux. A nouveau poursuivi pour avoir abusé de la faiblesse de la milliardaire Liliane Bettencourt, le photographe, aujourd’hui âgé de 68 ans, a perdu de sa flamboyance passée. Sans toutefois changer de ligne de défense.

L’année dernière, il s’ennuyait ostensiblement à l’audience, s’amusait à promener les journalistes à chacune de ses sorties de la salle. Cette fois, François-Marie Banier s’est approché de la cour, dans le box - alors qu’il comparaît libre - pour bien entendre la présidente. Finis les sourires, les coups de colère, les répliques insolentes : c’est presque humblement qu’il répond aux questions. Sratégique ? Sûrement, tant son comportement avait fait mauvais effet l’année dernière. Mais pas seulement : c’est comme si quelque chose s’était brisé en lui , note Me Benoit Ducos Ader, qui représente les intérêts de Liliane Bettencourt.

Il n’est pas exubérant comme en première instance, où il était parfois presque agressif… Là, c’est un homme différent. Est-ce qu’il a réalisé des choses ? Avec la peine sévère qui a été prononcée contre lui, ça l’a peut être fait réfléchir (Me Benoit Ducos Ader)

Mais sur le fond, pas de révolution. François-Marie Banier conteste toujours avoir trahi la confiance de la milliardaire . « Cétait son argent, c’était sa volonté » répète-t-il inlassablement. La présidente Michèle Esarte tente en douceur de le faire parler.

C’est votre procès, Monsieur Banier. Vous ne parlez toujours de Mme Bettencourt, et jamais de vous. Mais vous l’avez accepté, cet argent. Vous ne vous êtes par rendu compte que c’était des sommes de plus en plus importantes ? 106 millions d’euros en trois ans ? Vous ne vous êtes pas dit, à un moment, ‘elle déraille’ ?

  • (Il réfléchit) Bien sûr que j’aimais ça. J’étais fou de joie, d’avoir cette vie fabuleuse . De pouvoir collectionner des objets. Ça me touche énormément d’avoir un tableau de Paul Klee. Pas pour le montrer aux autres, pour moi. C’est quelque chose qui me grise, c’est comme s’approprier un monde.

    On ne s’est jamais approché d’aussi près de la vérité intime de François-Marie Banier. De ce manque infini qu’il semble chercher sans cesse à combler. Maisil n’ira pas plus loin dans les confessions intimes : il en est incapable, explique son avocat Laurent Merlet.

Sous ses dehors charmants, fantasques, c’est quelqu’un dans le fond d’extrêmement pudique. C’est très difficile pour lui d’expliquer ce lien si particulier avec cette femme, et pourquoi il accepté autant d’argent. Il a du mal, parce qu’il n’y avait pas de raison objective, si ce n’est le plaisir de recevoir, de collectionner… Comme il l’explique, avec Liliane Bettencourt, c’était assumé, même s’il comprend que ça puisse choquer (Laurent Merlet, avocat de François-Marie Banier

Non, il n’a jamais vu qu’elle était vulnérable. Fatiguée, oui, mais elle gardait son discernement, assure-t-il. Même quand il accepte d’être bénéficiaire d’une assurance-vie, en septembre 2006, alors que Liliane Bettencourt sort de l’hôpital, et que son personnel la décrit comme confuse, désorientée. C’était sa volonté, répète-t-il. Avant de concéder : « Je suis pas un saint, mais je ne sais pas si beaucoup de gens auraient refusé

Le procès se poursuit jusqu’au 25 mai.

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