Le parquet national financier a requis mardi quatre ans de prison, dont deux avec sursis, à l'encontre de Nicolas Sarkozy, jugé pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire dite des "écoutes". Les mêmes peines ont été demandées pour Thiery Herzog, ainsi que pour Gilbert Azibert.

Quatre ans de prison, dont deux avec sursis ont été requis contre Nicolas Sarkozy
Quatre ans de prison, dont deux avec sursis ont été requis contre Nicolas Sarkozy © AFP / Martin BUREAU

Même tarif pour tout le monde : le parquet national financier (PNF) a requis 4 ans d'emprisonnement contre Nicolas Sarkozy, son avocat Thierry Herzog, et l'ancien magistrat Gilbert Azibert, dont 2 ans avec sursis. À l'encontre de l'avocat Thierry Herzog, l'accusation a également demandé une interdiction professionnelle d'exercer d'une durée de 5 ans. 

À noter que, si le tribunal suivait intégralement les réquisitions du parquet, ces peines seraient entièrement aménageables, sous forme par exemple de bracelet électronique, comme ce fut le cas pour Jérôme Cahuzac, condamné en mai 2018 à 2 ans d'emprisonnement ferme pour fraude fiscale et blanchiment.  

Ces demandes de peines sont arrivées au terme d'un réquisitoire de plus de quatre heures, tenu à deux voix par les représentants du parquet national financier, et accompagné de mots sévères.

"Ces faits ne seraient pas arrivés sans une double transgression, a dit le procureur Jean-Luc Blachon. Première transgression. "Si un avocat et un magistrat n'avaient pas failli aux serments qui régissent leurs professions". Deuxième transgression, aux yeux du parquet, "si un ancien président avait gardé présent à l'esprit la grandeur, la responsabilité et les devoirs de la charge qui fut la sienne. S'il n'avait pas oublié qu'il avait été pendant cinq ans le gardien de l'indépendance de l'autorité judiciaire". 

Les mots sont durs : "Gilbert Azibert et Thierry Herzog sont devenus les instruments consentants des intérêts de Nicolas Sarkozy", assène le procureur.  Dénonçant les "effets dévastateurs de cette affaire qui vient cogner les valeurs de la République", le magistrat a estimé qu'elle avait "abîmé" l'institution judiciaire, la profession d'avocat et l'image présidentielle.

Avant cela, Jean-Luc Blachon et Céline Guillet, sous le regard du chef du PNF, Jean-François Bohnert, ont déroulé une présentation pointilleuse, très technique, s'appuyant sur de nombreuses diapositives. Sur ces images, projetées sur le grand écran de la salle d'audience, on pouvait lire des extraits des écoutes, plusieurs chronologies, des schémas, en gris, noir et rouge.  

On les avait pourtant peu entendus, tout au long du procès, les deux procureurs. Fragilisés, sans doute, par les très vives rancœurs de la défense contre les méthodes du PNF dans cette affaire - l'enquête secrète parallèle, l'épluchage des facettes de dizaines d'avocats - même s'ils n'y étaient personnellement pour rien. Rassérénés par les mots de leur chef, venu dans un propos liminaire défendre l'honneur et la probité du PNF, ils se sont lancés dans un exercice où ils étaient sûrs de ne pas être interrompus. De leur travail, considérable (listes, tableaux, rapprochements), ils tirent des déductions et des certitudes. 

"La seule promesse suffit à caractériser l'infraction"

Ainsi, dit Céline Guillet, "la thèse que nous formons, et elle est solide, c'est que Thierry Herzog a été informé des écoutes sur la ligne Bismuth. Mais nous ne savons pas qui l'a informé." Cette thèse expliquerait notamment les étranges coups de fil entre Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog, le 26 février, où ils discutent à quelques minutes d'intervalle de la même chose, sur la ligne officielle et sur la ligne Bismuth : à savoir que Nicolas Sarkozy aurait renoncé au "coup de pouce" promis à Gilbert Azibert pour un poste à Monaco. 

Or pour la procureure, même si le résultat final n'est pas là, "la seule promesse d'apporter un appui à Gilbert Azibert, en contrepartie de ses efforts déployés au sein de la cour de cassation, suffit à caractériser les infractions de corruption et de trafic d'influence". L'accumulation de données impressionne. Les deux procureurs agissent avec méthode. Mais de cette suite de rapprochements, parfois hypothétiques, peine à émerger une démonstration irréfutable. 

Sur les bancs des prévenus, aucune réaction. À partir de mercredi, leurs avocats vont répliquer au PNF. C'est l'avocate de Nicolas Sarkozy, Me Jacqueline Laffont, qui ouvrira le bal. À l'issue des réquisitions, selon elle "en décalage total avec la réalité de cette audience", elle a exprimé une assurance : celle de "très facilement faire litière de toutes ces accusations". 

Le procès se termine le 10 décembre, le jugement sera mis en délibéré.