Nicolas Sarkozy a été entendu cet après-midi par la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, qui juge l'ancien président pour corruption et trafic d'influence, aux côtés de son avocat Thierry Herzog et de l'ancien magistrat à la cour de cassation Gilbert Azibert.

Nicolas Sarkozy a été entendu cet après-midi par la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris
Nicolas Sarkozy a été entendu cet après-midi par la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris © AFP / Martin Bureau

On y a cru jusqu’au dernier moment : on allait, dans la salle 2.01 du tribunal judiciaire, entendre les voix de Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog au téléphone. Le parquet avait demandé l’audition de cinq conversations, la défense trouvait que c'était inutile, le tribunal a tranché, les scellés (des CD dans une enveloppe) ont été ouverts. La greffière lance l’écoute d’un fichier contenu sur un CD. Rien. Mystère de l’informatique, déception dans la salle. C’est donc la présidente qui joue dans sa voix les conversations de la "ligne Bismuth".

Conversation du 5 février 2014, six jours avant l’audience de la cour de cassation sur le pourvoi intenté par Nicolas Sarkozy, pour faire annuler la saisie de ses agendas présidentiels ordonnée dans l’affaire Bettencourt.

Thierry :

- Ben oui, parce qu’il va y avoir un poste qui se libère au conseil d’état monégasque, et heu, [Gilbert] était bien placé. Mais simplement, il me dit, heu, j’ose pas demander. Peut être qu’il faudra que j’aie un coup de pouce. Ben je lui ai dit, tu rigoles, avec ce que tu fais…

Nicolas :

- Non, ben t’inquiètes pas, dis-lui. Appelle-le aujourd’hui en disant que je m’en occuperai, parce que moi je vais à Monaco et je verrai le Prince.

Après lecture de cinq conversations du 1er, 5, 25 et 26 février, Nicolas Sarkozy, pochette bleue en mains, déploie toute son énergie et son bagout pour réduire, façon jivaro, cette pièce majeure de l’accusation, pour ne pas dire la seule.

Déterminé. "Madame la présidente, permettez-moi de dire de façon solennelle. Je n’ai jamais commis le moindre acte de corruption. Député. Ministre. Président. Jamais je n’ai trafiqué d’une influence prétendue ou réelle, jamais."

Exalté. "Vous avez devant vous un homme dont on a écouté plus de 3 700 conversations privées ! Avec mes amis, ma femme, mes enfants, mes amis politiques, mon avocat. […] Les moyens ! Dix cabinets d’avocats suspectés, fadettes, géolocalisés ! Deux commissions rogatoires internationales à Monaco, de toute urgence ! La cour de cassation perquisitionnée ! Une première dans l’histoire ! Le crime était si grand ! Douze magistrats de la chambre criminelle interrogés ! Rien que pour moi ! C’est l’affaire du siècle, des milliers d’articles, parce que c’est moi !"

En colère. "Les mensonges, il y en a, ne sont pas ceux de la défense. Je n’ai jamais menti, je n’ai pas l’intention de commencer aujourd’hui. Le mensonge est du côté de l'accusation. C’est grave dans un État de droit. Parce que j'ai été président, on a le droit de piétiner mes droits, de me traîner dans la boue ?"

Confiant. "C’est la première fois que je vais pouvoir m’expliquer face à une justice impartiale, calme, et à armes égales. Je vais répondre à toutes les questions. Je veux être lavé de cette infamie. Parce que je veux la vérité des faits et du droit."

Fin de la tirade, la présidente revient au dossier.

- Quel était votre état d’esprit au moment de ce pourvoi, début 2014 ?

- À l’époque, je suis euphorique. J’ai eu un non-lieu dans Bettencourt (en octobre 2013), j’espère que ce ne sera pas le dernier (rires).

L’ancien président veut récupérer ses agendas, c’est une question de principe. D’autant que sitôt son mandat de président terminé, les affaires pleuvent sur lui comme de la mitraille. "Chaque semaine, il y a une nouvelle affaire ; les sondages de l’Élysée, Tapie. Je me dis : 'qu’est ce qu’ils ont, ils sont devenus fous' ? Je suis traqué. Mon agenda devenait un enjeu dans tout un tas de procédures. Ce contexte fait que je veux gagner."  

Après, il le maintient, le martèle, il n’a rien fait de mal. "Je voulais savoir ce qu’on pensait de moi à la cour de cassation, sentir l’ambiance". Pour la stratégie, pour savoir s'il a une chance de gagner, il fait confiance à ses avocats, Patrice Spinosi et Thierry Herzog. Gilbert Azibert ? Il ne le connaît quasiment pas.

Ce que lui en dit Thierry Herzog, qui fait état des informations favorables récoltées par Gilbert ?

"C’est la conversation que j’ai depuis 25 ans avec mon ami Thierry, qui n’est pas toujours des plus rationnels. Il veut me rassurer par tous les moyens, à cause de tout ce qui me tombe dessus."

D’ailleurs, commente-t-il, "à l’écoute, je ne retiens que ce qui va dans mon sens, je suis un peu imbécile". Nicolas Sarkozy assure qu’il ne comprenait rien, à l’époque, à la procédure spécifique de la Cour de cassation.

Bref,  martèle l’ancien président, "le pacte n’a jamais existé et n’existe pas, ce sont des conversations avec un ami, qui demande un service pour un autre ami."

Et de trouver cette formule qu’il lance au tribunal comme une punch line : 

"L’affaire Bismuth c’est quoi ? Un justiciable inquiet. Un avocat affectueux… Et des écoutes."