Au procès des écoutes, c’est l’avocate de Nicolas Sarkozy qui a plaidé la première. Elle a demandé au tribunal la relaxe de son client, ainsi que de Thierry Herzog et Gilbert Azibert.

Au procès des écoutes, l’avocate de Nicolas Sarkozy a plaidé la relaxe
Au procès des écoutes, l’avocate de Nicolas Sarkozy a plaidé la relaxe © AFP / Martin BUREAU

Jacqueline Laffont plaide depuis son pupitre, lunettes sur le nez, ses feuilles à la main, penchée en avant vers le tribunal. Il y a du monde pour l’écouter, du public, de nombreux avocats, et pour la première fois depuis le début du procès, Carla Bruni-Sarkozy.

"Nous attendons" dit-elle "une justice forte, libre, courageuse au-delà de toute forme de pression." Elle s’attaque d’abord à l’accusation, qui a demandé hier 4 ans de prison, dont 2 ferme contre les trois prévenus. 

"Jamais, dans des réquisitions je n’ai assisté à un recours aussi innombrable de vocables qui expriment le doute. ‘Nous pensons que…’  ‘la thèse que nous formulons’… ‘le doute est permis..’" cite-t-elle. "On a voulu vous subjuguer" dit-elle au tribunal, "en décelant des faisceaux d’indices pour dissimuler l’effondrement des preuves."

"Quand il peut, Nicolas Sarkozy rend service."

Toute sa plaidoirie s’attache à réduire cette affaire hors normes en quelque chose d’infiniment banal. "C’est une affaire qui part d’écoutes, et 6 ans après, on en revient à ça : une affaire d’écoutes. Vous n’avez pas le moindre début de preuve. Les écoutes ne suffisaient pas puisque vous avez lancé des investigations d’envergure" lance Jacqueline Laffont au parquet. "Des commissions rogatoires, des perquisitions, des auditions. Et comme on n’a rien trouvé, on reste sur les écoutes ? Et on va condamner à 2 ans ferme sur le seul fondement de ces écoutes ?"

Quand Thierry Herzog rapporte à Nicolas Sarkozy les informations glanées par leur ami Gilbert Azibert à la cour de cassation, "ce ne sont que des bavardages", balaie-t-elle, "on fait des plans sur la comète, on est dans la méthode Coué, on dit qu’on va gagner".

Pour établir la corruption, développe Jacqueline Laffont, la jurisprudence exige un lieu causal et déterminant entre le service rendu (les informations données par Gilbert Azibert) et sa rétribution (le coup de pouce de Nicolas Sarkozy pour un poste à Monaco). Ce lien causal, l’avocate ne le voit nulle part dans le dossier. "On est à des années lumière d’un quelconque pacte de corruption. C’est une affaire d’amitié, de service que vous voulez rendre à un ami (Thierry Herzog), pour un ami de cet ami. C’est d’une banalité affligeante. Quand il peut, Nicolas Sarkozy rend service."

"Depuis 6 ans, j’ai regretté l’ampleur qu’a pris cette affaire" développe l’avocate. "Certains se sont fourvoyés dans l’institution judiciaire. Il faut accepter de dire que la justice est faillible ; qu’elle a pu se tromper."

"Un procès ne doit jamais être un acte de vengeance" a dit hier le patron du PNF, Jean-François Bohnert. "C’est à vous et à vous seul de décider s’il le sera" lance Jacqueline Laffont au tribunal. "Il n’y a pas de tache plus noble, parce que vous êtes les représentants de cette justice libre et impartiale, vous relaxerez Nicolas Sarkozy".

Assis devant elle, l’ancien président se lève et la félicite d’un geste de la main sur le bras. Demain, c’est au tour des avocats de Gilles Azibert et Thierry Herzog de plaider. Les prévenus auront ensuite la parole en dernier.

Le jugement sera mis en délibéré.