Le tribunal s'est attardé ce mardi sur les comptes suisses de Jérôme Cahuzac et sur la personnalité de l'ancien ministre du Budget, jugé pour fraude fiscale.

L'arrivée de Jérôme Cahuzac à son procès, en septembre 2016.
L'arrivée de Jérôme Cahuzac à son procès, en septembre 2016. © AFP / PHILIPPE LOPEZ

Les questions du président du tribunal se heurtent, sans relâche, aux mêmes explications. Les deux tiers des avoirs retrouvés sur le compte caché de Jérôme Cahuzac sont issus des dons de laboratoires pharmaceutiques pour financer le courant rocardien, en 1992 et 1993. Et cet argent, il n'y a "jamais touché", dit-il."Pour que le jour où je devrais le rendre, il ne manque rien."

Un argumentaire qui se heurte pourtant à des incohérences. Comme le fait que les versements se poursuivent en mai 1993 alors que la gauche vient de subir une claque aux législatives.

La vérité que j’ai décidé de dire, ce n’est pas une stratégie. La vérité, c’est la vérité.

En 1998, Jérôme Cahuzac transfère ses avoirs d’UBS à la banque Reyl, toujours en Suisse, pour plus de discrétion. "Je viens d’être élu député, dit il. Je ne suis pas très à l’aise avec ça. J’allais dire, j’ai peur." Il réfléchit et poursuit : "Oui, j’ai peur." Même explication pour les espèces qu’il encaisse ensuite en 2000 et 2001 sur ce compte. Cette fois, ce sont les honoraires de riches clients orientaux, opérés à l’étranger, et qui préfèrent payer leurs implants capillaires en liquide. "Je ne peux pas rapatrier ces fonds en France. Je n’ose pas." Et d'ajouter :

La vérité m’accable. Et je l’ai fait deux fois.

Mais le président insiste et demande des précisions sur plusieurs points. Comme l'utilisation d’un nom de code "Birdie", celui qu'il donnait au téléphone lorsqu'il contactait sa banque. Ou encore la non déclaration d’espèces, alors qu’il est député. "Tout cela, ce sont des transgressions, reprend le président. Vous êtes parlementaire, rien ne vous freine ?" Jérôme Cahuzac s’agace :

Souhaitez-vous que je m’accable encore plus ? Je vous dirai toujours la même chose. C’est la vérité. Elle est accablante. Je comprends qu’elle choque. Que voulez vous que j’y fasse ?

Le président Peimane Ghaleh-Marzban tente la psychologie : "Le tribunal va devoir vous juger. Êtes-vous un homme cynique, duplice, d’une froideur incroyable ? Ou un homme pris dans d’autres difficultés ? Voilà l’objet de ces questions, car la justice est humaine."

Jérôme Cahuzac se radoucit. Il tente le registre de la confession : "Vous comprenez, je pense, le supplice que je suis en train de vivre. Pendant ces quatre mois où je suis resté au gouvernement, j’ai évidemment pensé à tout ça. Ça m’a terrifié de révéler cette part de moi. Cette part de moi c’est aussi moi. Mais je n’ai pas fait que ça. J’ai aussi fait des choses bien. Que voulez vous que je vous dise ?"

Au final, le public a l'impression d'être dans un remake de Docteur Jekyll et M. Hyde. Ce mardi, au tribunal, il s'agissait plutôt de "Docteur Cahuzac et Mister Birdie."

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