Au 5e jour du procès de Jonathann Daval devant la cour d’assises de Vesoul, le président a autorisé la mère de la victime, Isabelle Fouillot, à interroger son ex gendre. Mais le dialogue a tourné court.

Le président a autorisé la mère de la victime, Isabelle Fouillot, à interroger son ex gendre, Jonathann Daval
Le président a autorisé la mère de la victime, Isabelle Fouillot, à interroger son ex gendre, Jonathann Daval © AFP / Zziigg / AFP

La journée commence par un visionnage, demandé par la défense de Jonathann Daval. C’était en décembre 2018, dans le bureau du juge d’instruction, à Besançon. Interpellé en janvier 2018, Jonathann Daval avait reviré, au mois de juin, accusant sa femme Alexia d’avoir été tuée par son beau-frère, lors d’un invraisemblable complot familial.

On voit Jonathann Daval assis, en jean et pull bleu clair, courbé en deux, aux côtés de son avocate, Ornella Spatafora. Son autre avocat est derrière lui. À trois chaises d’écart, Isabelle Fouillot, la mère d’Alexia, est assise au côté de son avocat de l’époque, Jean-Marc Florand. Le juge est hors du champ de la caméra.

Jonathann Daval vient de reconnaître, devant sa belle-mère, que le complot familial est une fable, qu’il est bien l’auteur du meurtre.

"Va chercher au fond de toi, Jonathan" lui demande Isabelle Fouillot.

En larmes, ses aveux sortent par bribes. "C’était pas prémédité... C’est allé très vite, on s’est disputé. Mais je ne l’ai pas battue".

Il pleure, elle l’encourage. "C’était quoi, le sujet de la dispute ?" demande-t-elle doucement.

"Elle me reprochait… comme d’habitude… C’est à cause de ses crises... elle faisait une crise d’hystérie".

On a du mal à comprendre ses phrases, hachées par les sanglots.

"Elle est tombée dans les escaliers…"

Il est sans cesse relancé par Isabelle Fouillot.

"Je me suis enfermé dans un scénario pas possible… J’ai honte, je voulais que personne ne le sache. Je ne l’ai jamais battue, et je vous jure que je ne l’ai pas brûlée"

Jean-Marc Florand intervient, "merci Jonathann, vous êtes courageux"

Isabelle Fouillot le remercie aussi, avant de se mettre à sangloter, toujours sur sa chaise.

Le juge met fin à l’échange, mais Jonathann Daval veut aller vers Isabelle Fouillot. Il se prosterne à ses genoux ; elle le relève, et le serre longuement dans ses bras. Me Spatafora essuie ses larmes, le moment est d’une émotion indescriptible.

Retour dans la salle d’audience. Le président souligne les mensonges encore présents dans ce récit (les coups, l'étranglement, la crémation du corps, que Jonathann Daval reconnaîtra en juin 2019, lors de la reconstitution). 

Puis le président fait venir Isabelle Fouillot à la barre, comme dans une tentative de recréer ce moment. La mère d’Alexia a fait savoir qu’elle voulait, à nouveau, interroger Jonathann, tenter le tout pour le tout.

Elle se tourne vers l’accusé.

- Bonjour, Jonathan.

- Bonjour, Isabelle.

- Pourquoi tu n’es pas venu nous dire que ça n’allait pas. Tu avais peur qu’elle te quitte ?

- Non.

- On aurait pu intervenir, faire quelque chose…

- On voulait pas parler de nos problèmes de couple.

- S’il te plaît, lâche-toi, Jonathann. Tu sais c’est la dernière fois qu’on se voit tous les deux, tu en es conscient ?

- Oui.

Debout dans le box, il a l’attitude d’un petit garçon, la tête un peu baissée, il tripote un mouchoir dans ses mains, se triture les doigts.

- J’ai besoin de savoir, tu peux comprendre ?

- C’était les mots de trop.

- Quels mots ?

-  "T’es pas un homme". Les reproches qui se sont accumulés.

-  Elle voulait que tu reviennes vers elle, c’était un appel au secours !

- J’ai pas compris tous ces messages.

Isabelle Fouillot durcit le ton.

- Tu n’aimais pas Alexia !

- Non. Je l’aimais, on s’aimait.

- Elle voulait s’en aller, c’est ça ?

- Non. J’ai perdu pied. Tout est ressorti en moi, ces années de colère. Ce que j’ai emmagasiné, ses reproches

- Tu voulais qu’elle se taise, tu es arrivé à tes fins. Tu as été heureux quand elle s’est tue ?

- Non.

Il ne dit plus rien, les lèvres pincées. Le silence s’installe dans la salle d’audience.

- Tu ne l’entendras plus, tu as gagné. Moi non plus, je n’entendrai plus son rire, sa voix… Quel gâchis, quel gâchis.

- J’ai tout détruit.

Isabelle Fouillot ne veut pas croire que les phrases de sa fille puissent être à l’origine de ce passage à l’acte. Elle se met en colère, tout en gardant son calme.

- C’est trop facile de dire que c’est pour quelques réflexions que tu l’as massacrée. Si toutes les jeunes femmes qui disent des choses à leur mari se faisaient tuer.. Il y en a déjà une tous les 3 jours… Ce serait 5 par jour ! Elle t’appartenait, Alexia ?

- Non. On s’aimait...

- La meilleure solution, c’était le divorce !

- On en a jamais parlé, on voulait pas. À cause de l’image, par rapport aux autres.

- Si vous aviez divorcé, tu l’aurais supporté ?

- Non. Les deux, on l’aurait pas supporté.

- On aurait pu vous aider, vous faire divorcer…

Cela ne marche pas. Le dialogue tourne court.

- Je suis désolé pour tout.

- C’est tout ? C’est si peu… J’attends mieux.

- Je peux rien dire de plus.

Il baisse la tête. Cette fois, il ne pleure pas. Isabelle Fouillot abandonne. Elle termine par ces mots terribles : "je te souhaite un bon séjour en prison. Adieu".

Randall Schwerdorffer, l’avocat de Jonathann Daval, reprend la parole. "La famille d’Alexia veut une vérité. Mais elle n’est pas capable d’entendre la vôtre, qui est peut-être la vérité".

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