Plusieurs passagers et contrôleurs du train sont venus raconter à la barre ce 21 août 2015 quand Ayoub El-Khazzani est monté à bord du Thalys Amsterdam-Paris, armé d'une kalachnikov et porté de près de 300 munitions.

Anthony Sadler, l'ancien militaire américain Alek Skarlatos et leur avocat Thibault de Montbrial quittent le palais de justice de Paris
Anthony Sadler, l'ancien militaire américain Alek Skarlatos et leur avocat Thibault de Montbrial quittent le palais de justice de Paris © AFP / Thomas COEX

Mark Moogalian, enseignant franco-américain de 56 ans s'est avancé à la barre. En costume noir, il s'exprime en français, juste teinté d'un accent américain. Mark Moogalian est un homme précis : "mon épouse et moi sommes montés dans le Thalys en gare d'Amsterdam. Elle était place 74 et moi en face".  

Mark Moogalian est aussi un homme observateur. Il le dit lui-même. Et c’est sans doute ce qui fait qu'il s'inquiète, peu de temps après avoir passé la gare de Bruxelles, de ne pas voir ressortir des toilettes la personne qu'il a vue y entrer "dix à quinze minutes" plus tôt "avec une petite valise bleue". "J'avais trouvé ça étrange car les toilettes sont si petites", explique-t-il à la barre. Mark Moogalian pense que le passager en question a peut-être fait un malaise. Alors, il se lève et sur la plateforme, il tombe sur un autre passager. 

Puis, sort Ayoub El-Khazzani, "torse nu, armé d'une kalachnikov, avec un petit sac-à-dos sur le ventre", ainsi que l'a décrit l'autre passager Damien A. aux enquêteurs. Pas à l'audience, car cet homme de 33 ans n'a pas voulu venir témoigner devant la cour d'assises spécialement composée.  Il a même demandé, via son avocate, à ce que son nom de famille ne soit pas diffusé. À la vue de l'assaillant, Mark Moogalian explique qu'il n'a tout d'abord "pas compris ce qu'il se passait. J’ai pensé à un déguisement.” Damien A., aussi pense à "une blague, genre canular". Puis, il croise le regard du terroriste. Un regard "déterminé, avec un air de défiance" lit le président dans sa déposition. "Alors je l’ai saisi par le cou et je l’ai poussé dans un coin. Je me suis presque blotti contre lui pour ne pas qu'il puisse attraper son arme".

"I've got the gun"

Alertés, deux contrôleurs arrivent sur les lieux. Dont Michel Bruet, “contrôleur à la SNCF depuis 1982”, précise-t-il à la barre. En voyant la scène, il croit à une bagarre entre passagers. “Je me suis mis au milieu pour les séparer et puis  j'ai vu que l'un des deux avait une arme à la main. Il m'a poussé, je suis tombé dans l'espace bagages". Ayoub El-Khazzani en profite pour s’engouffrer dans la voiture numéro 12. "Tout ça sans avoir dit un mot.". Mais Mark Moogalian, dont les souvenirs sont un peu flous "et c'est très frustrant", parvient, il ne sait plus comment, à s'emparer de la kalachnikov : "je suis entré dans le sas et j'ai dit 'I've got the gun'. Et puis il m'a tiré dans le dos. "La balle est rentrée dans le dos et elle est sortie par le cou." Mark Moogalian s'écroule, lâche l'arme. “J’ai vu El-Khazzani qui arrivait. J’attendais, je pensais qu’il allait me mettre une balle dans la tête et puis rien”. "Vous avez une explication au fait qu'il ne vous ait pas achevé ?", l'interroge l'avocate du principal accusé, Me Sarah Mauger-Poliak. - "Parce que l'arme ne fonctionnait pas ..."

À quelques sièges de là, trois passagers américains, Spencer Stone, Aleksander Skarlatos et Anthony Sadler ont été alertés par le bruit. Spencer Stone, militaire, se précipite. Ses amis lui emboîtent le pas. À trois, ils parviennent à maîtriser l'assaillant, qui perd connaissance. Si bien que quand le contrôleur Michel Bruet arrive dans la voiture 12, "tout était fini". L'un des passagers américains, Aleksander Skarlatos, pointe néanmoins un pistolet sur la tête du terroriste désarmé. “Je lui ai demandé de ne pas faire ça”, explique le contrôleur à la barre. “Donc il a déposé l'arme et je l'ai cachée." L'autre militaire américain, Spencer Stone, lui, s'approche de Mark Moogalian dont le sang coule à flot au niveau de la jugulaire. "Spencer Stone a eu une façon de s'adresser vers moi qui fait que j'ai compris qu'il savait ce qu'il faisait, raconte à la barre l'épouse de Mark Moogalian, il a enlevé son T-shirt pour faire une compression." Et ainsi, jusqu'à la gare d'Arras et la montée à bord des secours. Il m’a sauvé la vie. C’est un héros”, salue Mark Moogalian. 

Lui, cependant, peine à se qualifier comme tel. Tout comme il peine à admettre ses séquelles psychologiques, pourtant sérieuses.  "J'ai des troubles du sommeil. Mais j'ai du mal à avouer que c'est à cause de ça, car je ne veux pas trop m'attarder sur mes troubles mentaux." Il s'excuse aussi d'une certaine paranoïa : "je n'en suis pas fier, mais plusieurs fois je me suis méfié des gens que je ne connaissais pas et qui étaient d'origine arabe". Il détaille plus volontiers ses problèmes de sensibilité à la main gauche : “c’est un peu embêtant pour la guitare. C’était une de mes grandes passions”. 

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