La Cour d'assises de Corrèze juge la mère de Séréna, le bébé caché pendant près de deux ans et découvert par un garagiste dans un coffre de voiture. Dès le premier jour, les jurés et la cour ont été plongés dans le drame de Serena et dans le mystère de sa mère.

La mère de Serena, Rosa-Maria Da Cruz et son avocate Me Chrystèle Chassagne-Delpech
La mère de Serena, Rosa-Maria Da Cruz et son avocate Me Chrystèle Chassagne-Delpech © Radio France / Jean-Philippe Deniau

« Je regrette énormément, oui, je regrette » répond la mère de Séréna aux premières questions du Président, elle ajoutera que c’est très dur pour elle d’être confrontée à la réalité. Et cette réalité s’est bien vite imposée aux jurés des assises de la Corrèze. Les premiers enquêteurs appelés à la barre sont encore sous le choc de la découverte de cette enfant il y a 5 ans, dans le coffre d’une 307, dans une sorte de « lieu de vie », ce lieu où elle passait sa vie, repliée sur elle-même, nue dans une saleté inimaginable, la description qu’il en fait est à peine supportable. Pendant ce temps, à côté du véhicule, Rosa Da Cruz a l’air soulagée. « Elle a fumé une cigarette pendant qu’on faisait les constatations dans le véhicule, elle était sereine » décrit un premier gendarme. Sa collègue complète « Tous les jours, elle espérait qu’on découvre son enfant mais tous les jours elle la cachait un peu plus ». C’était peut-être comme une délivrance.

Elle pourra faire des progrès mais pas très sensibles 

Puis, à huis clos, pour préserver l’anonymat de la vie de Séréna, le président de la cour d’assises de la Corrèze projette à la cour et au jury des images de l’enfant prises au moment de sa prise en charge en octobre 2013, puis d’autres réalisées six mois et seize mois plus tard. Sur les premiers clichés, la fillette ne tient pas sa tête, ne tient pas debout, ne parle pas, ne cherche aucun contact, le regard dans le vague, elle n’a aucun jeu, ne répond à aucune stimulation. A trois ans et demi, elle a quasiment rattrapé son retard de poids et de taille, on la voit marcher, encore hésitante, on l’entend s’exprimer avec des sons qui ne sont pas encore vraiment des mots, mais « elle reste figée dans une certaine étrangeté, une certaine indifférence à l’environnement » décrit le pédiatre Jean-Louis Demarquez à l’audience. « Les psychiatres ont dit qu’elle n’était pas autiste mais elle a des carences de développement relativement importantes, elle pourra faire des progrès, mais pas très sensibles. »

Que faut-il comprendre de cette mère qui a ainsi condamné la vie de sa fille ? 

A-t-elle eu conscience d’avoir donné naissance et d’avoir élevé un enfant et non une chose ? A-t-elle vécu un déni d’enfant ou s’est-elle laissé enfermer dans l’engrenage du mensonge sans trouver personne à qui en parler pour en sortir ? La question n’est bien entendu pas encore tranchée. Mais les avocats présents commencent déjà à en débattre. Les associations de défense de l’enfant estiment que l’accusée avait pleinement conscience du mensonge dans lequel elle s’était enfermée et qu’elle a agi en pleine puissance. 

A la table de la défense, l’avocate de Rosa Maria Da Cruz laisse entendre que sa cliente a fait ce qu’elle était en état de faire, mais qu’elle ne pouvait pas réagir comme n’importe quelle mère l’aurait fait, dès le premier jour. Alors, il faut dépasser le fait-divers et chercher une cause psychiatrique à ce drame. A ce double drame, plaide Maître Chrystèle Chassagne-Delpech pour qui sa cliente est tout autant victime que l’enfant. « On est en plein dans le déni de grossesse et d’enfant » insiste l’avocate, « réfléchissons à ce phénomène plutôt que de chercher à côté des problèmes sociaux, on est dans le médical et dans le sociétal même, parce que ça concerne la société ce qui se passe là, Séréna et sa maman sont toutes les deux victimes de ce déni de grossesse et d’enfant ». 

Stratégie de défense ou prise de conscience ?

La cour d’assises cherche aussi dans les déclarations de la mère des propos qui pourraient révéler ou démentir cette notion de déni. Mais les explications de Rosa Maria Da Cruz ont beaucoup évolué depuis 5 ans. Elle a, par exemple, dit au tout début de l’affaire qu’elle n’avait pas eu conscience de sa grossesse, puis, plus tard, qu’elle s’en était rendu compte un mois avant d’accoucher. Y a-t-il dans cette contradiction une stratégie de défense ou plutôt une prise de conscience progressive de ce qu’elle a commis ? Plusieurs experts t’enteront d’ici la fin de la semaine d’éclairer les débats sur le mystère de cette mère. 

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