Rosa Maria Da Cruz comparait devant les assises de la Corrèze pour "violences" sur son enfant, pour l’avoir élevée dans un coffre de voiture durant les deux premières années de sa vie, sans que sa famille ne remarque jamais rien.

Me Marie Grimaud représente l'association  Innocence en danger dans le procès de la mère de Séréna
Me Marie Grimaud représente l'association Innocence en danger dans le procès de la mère de Séréna © Maxppp / PHOTOPQR/LA MONTAGNE

Ce procès est l’histoire d’une enfant enfermée dans un coffre et d’une mère enfermée dans son secret.

Le 25 octobre 2013, des garagistes qui s’apprêtaient à réparer le véhicule de Rosa Maria Da Cruz vont remarquer une odeur "pestilentielle" ainsi que des "couinements" provenant du coffre. Ils y découvriront une jeune enfant nue, dans un état de santé précaire, allongée sur un matelas de fortune au milieu de vieux jouets, de débris et de déchets. Séréna sera immédiatement hospitalisée, les médecins constateront qu’à bientôt deux ans, elle accuse un retard de croissance physique et psychomoteur préoccupants.

Devant les enquêteurs, Rosa Maria Da Cruz raconte alors un récit à peine imaginable. Cette mère de trois enfants de quatre, neuf et dix ans, en parfaite santé, explique être tombée enceinte sans s’en rendre compte jusqu’au huitième mois de grossesse, puis avoir accouché en secret, et s’être ensuite occupée du bébé en cachette de son mari et de sa famille. Dans la maison en travaux, elle isole son bébé dans une pièce inoccupée ou dans le coffre de la voiture qu’elle seule conduisait. Et descend lui donner des biberons le soir quand tout le monde est couché. Elle se dit "soulagée" que tout ceci s’arrête, reconnaissant qu’elle "ne faisait pas vivre une vie normale" à son enfant et qu’il "fallait qu’elle la fasse découvrir".

Ce procès va donc permettre de comprendre comment une « bonne mère, aimante et présente », auprès de ses trois premiers enfants (tel que l’enquête l’a établi) a ainsi pu basculer dans une situation aussi dramatique. Certains experts, qui n’ont décelé aucune pathologie mentale, ont évoqué le "déni de grossesse" suivi d’un "déni d’enfant". 

Mais des associations de défense des droits de l’enfant n’ont pas la même analyse. Pour  Innocence en danger , partie civile dans la procédure, il s’agit là d’un "cas de maltraitance complète et absolue, d’une femme qui s’est enfermée dans un mensonge avec une expression de toute puissance" analyse Maître Marie Grimaud. "Son témoignage au procès sera primordial parce qu’elle ne s’est pas du tout révélée au cours de l’instruction, elle a le droit de dire qu’elle a aimé cette enfant, mal, mais elle a eu un lien avec, et il est grand temps qu’elle l’exprime, qu’elle y mette son sens, et non pas la projection des fantasmes psychanalytiques des uns et des autres dans ce dossier."

Aujourd’hui âgée de bientôt sept ans, Séréna garde les séquelles de sa première enfance. Elle présente un syndrome autistique irréversible et un déficit fonctionnel lourd. Si ses frères et sœurs ont pu rejoindre le domicile de leurs parents l’an dernier, Séréna reste placée en famille d’accueil. Sa mère n’a aucun droit de visite. Rosa Maria Da Cruz risque au terme de ce procès, une peine de 20 ans de réclusion criminelle pour « violences ayant entraîné une infirmité permanente ». Mais au moment du verdict, toute la question sera de savoir si les jurés et la cour décideront, en cas de condamnation, de l’envoyer en détention. 

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