Alors que six membres de la France insoumise, dont Jean-Luc Mélenchon, sont jugés depuis ce jeudi à Bobigny (Seine-Saint-Denis), pour la perquisition mouvementée d'octobre, le rendez-vous judiciaire a été effacé par l'aspect politique, jusque dans la salle d'audience.

Jean-Luc Mélenchon était jugé avec cinq de ses proches à Bobigny pour rébellion et actes d'intimidation lors de la perquisition mouvementée au siège de La France insoumise en octobre.
Jean-Luc Mélenchon était jugé avec cinq de ses proches à Bobigny pour rébellion et actes d'intimidation lors de la perquisition mouvementée au siège de La France insoumise en octobre. © AFP / Christophe ARCHAMBAULT

Cela faisait des semaines que Jean-Luc Mélenchon dénonçait un "procès politique". Il fut tellement question de politique, jeudi, au palais de justice de Bobigny (Seine-Saint-Denis), que l'on en aurait presque oublié le procès. À l'extérieur du tribunal, les slogans des militants France insoumise, les cris de "Résistance !", les Marseillaise chantées à tue-tête accompagnent les entrées et sorties des six prévenus, le leader de la France insoumise comparaissant avec cinq proches, dont les députés Alexis Corbière ou l'eurodéputé Manuel Bompard. À l'intérieur, la Justice, avec ses pesanteurs, ses rituels, ses règles strictes, essaye tant bien que mal de suivre son cours.

Il a fallu à peine une demi-heure pour entendre l'expression "procès politique" surgir dans la salle d'audience, alors que le ministère public décide de déposer une demande de renvoi, au motif que toutes les parties n'ont pas eu à temps l'intégralité des pièces du dossier, notamment quatre prévenus. Les parties civiles ne s'y opposent pas, mais, du côté de la France insoumise, on soupçonne une volonté de repousser le rendez-vous en pleine campagne pour les municipales. La demande est finalement rejetée.

"Je ne sais pas quelle question vous poser"

Le visionnage, en début d'audience, des images de la perquisition, tunnel de coups de gueule et de coups de sang (sous réserve que le son ne fasse pas défaut ou que la clé USB accepte le bon format), aboutit presque à un coup de grâce pour un procès dont les débats n'ont même pas encore commencé. Le président, s'adressant à Jean-Luc Mélenchon, lui confie : "Je ne sais pas quelle question vous poser...la matérialité des faits que l'on vous reproche est établie". 

Difficile de dire si cette phrase a provoqué ou simplement anticipé la suite, mais les débats qui l'ont suivie ont été une succession de déclarations politiques, de joutes oratoires parfois amusantes, parfois lassantes, la salle d'audience devenant tantôt tribune politique, tantôt  scène médiatique. Sans pour autant que la salle ait l'impression d'avancer sur le plan judiciaire.

Calme, la voix posée, au début de son audition de deux heures, le leader de la France insoumise explique ses coups de colère par une première perquisition, chez lui. Réveillé au petit matin par "des hommes en gilets pare-balles", il décrit "un moment d'extrême violence", associé à "un extrême sentiment d'humiliation" : "Personne ne me fait un salut réglementaire, alors que, partout où je suis passé dans le monde, on a toujours respecté les députés". L'élu des Bouches-du-Rhône affirme également avoir voulu préserver un fichier de noms de sympathisants LFI, alors qu'il venait d'apprendre qu'il avait lui-même menacé de mort. 

"Accuser un insoumis de rébellion, il y a une forme de pléonasme"

Mais le tribun l'emporte rapidement sur le prévenu, les formules fusent : "Accuser un insoumis de rébellion, il y a une forme de pléonasme", ironise Jean-Luc Mélenchon. Pour lui, pas de doute, la ministre de la Justice Nicole Belloubet et le tout nouveau ministre de l'Intérieur de l'époque Christophe Castaner étaient forcément au courant de cette perquisition. "Tout ce petit monde se connaît", souligne le leader LFI, sous-entendant une connivence destinée à lui nuire. La passe d'armes verbale avec le médiatique avocat Eric Dupond-Moretti ne fait pas avancer le débat, le président les invitant rapidement à "régler leurs comptes plus tard". Bernard Pignerol, également prévenu, constate, lui, à la barre, que "se développe partout dans le monde une perversion de l'Etat de droit, y compris dans notre beau pays".

Il faudra attendre l'audition des parties civiles (elles sont douze dans ce dossier) pour quitter le plan politique et ressentir, un peu du moins, l'ambiance de la perquisition autrement que par les vidéos vues et revues. Les policiers décrivent une opération sereine jusqu'à l'arrivée de Jean-Luc Mélenchon dans les locaux. "C'était comme un top départ", dit l'un d'eux, qui affirme avoir vu les plus coopératifs devenir soudain agressifs. Un autre policier déplore avoir été assimilé à un sympathisant d'extrême-droite sur la même vidéo : "C'est ce qui m'a le plus blessé, je crois". 

"Le plus problématique est ce qui suit sur les réseaux sociaux"

Le gendarme barbu, premier rôle malgré lui de la séquence au cours de laquelle les élus LFI tentent d'enfoncer la porte, raconte les suites de cette médiatisation : "À chaque fois que c'est diffusé, mon portrait réapparaît. Le plus problématique n'est pas forcément la diffusion dans le cadre d'une information, mais ce qui suit sur les réseaux sociaux. Je suis bien souvent décrit comme un Benalla, comme un garde du corps d'Emmanuel Macron". Il ajoute avoir assisté à environ 200 perquisitions lors de sa carrière, mais avoir pour la première fois, le 16 octobre, dû renoncer à la mener à son terme.

La journée se termine sur ces témoignages. Et sur le sentiment de ne pas avoir appris grand-chose de plus, comme si tout avait déjà été vu et entendu. La France insoumise voulait faire de ce rendez-vous un moment politique. Jeudi soir, il semblait qu'il ne resterait pas, en tout cas, dans les annales judiciaires.

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