Redoine Faïd, en grève de la soif pour protester contre sa détention à l'isolement, a refusé d'être extrait de sa cellule, jeudi, au premier jour du procès en appel pour un braquage en 2011. Malgré la présence des trois autres accusés, cette absence a occupé l'intégralité des débats.

La salle d'assises du palais de justice de Saint-Omer, rénovée pour l'occasion
La salle d'assises du palais de justice de Saint-Omer, rénovée pour l'occasion © Radio France / Ariane Griessel

Redoine Faïd a décidé de rester enfermé pour se faire entendre. Pari réussi : ce jeudi, aux assises du Pas-de-Calais, à Saint-Omer, il n'a été question que de lui. Ou plutôt, de son absence. A tel point qu'on en aurait presque oublié que ce procès en appel pour le braquage d'un fourgon blindé, en 2011, concerne, en tout, quatre accusés. Mais c'est bien l'homme aux deux évasions spectaculaires qui était au centre de toutes les attentions. Sécuritaires, surtout, avec un dispositif hors-norme. L'audience n'avait pas commencé depuis cinq minutes que la première allusion à son parcours fusait dans la salle : "Je constate l'absence de l'accusé dans le box, je ne pense pas qu'il soit libre…sauf évasion ?", ironise la présidente. Un peu plus tard, elle regrettera un "humour déplacé".

Déplacé, mais pas décalé, au regard de l'étonnante journée qui a suivi. Constatant le refus de Redoine Faïd d'être extrait de sa cellule de Vendin-le-Vieil, où il a entamé, le 20 février, une grève de la faim et de la soif pour protester contre ses conditions de détention, la présidente décide d'interrompre l'audience, le temps qu'un huissier aille le sommer de comparaître. Première suspension. Peine perdue : ce sera non. Redoine Faïd refuse de sortir. Une protestation par l'absence, en quelque sorte. Son procès se déroulera donc sans lui.

"Manœuvre", "stratégie"

A sa reprise, l'audience est consacrée aux demandes de renvoi, déposées par la défense du médiatique braqueur (encore lui). Elle invoque, notamment, l'état physique du détenu : "Il n'est pas en mesure de se défendre, ni d'être défendu", argue son avocate, Yasmina Belmokhtar. Une expertise médicale conclut que, au regard de sa déshydratation, Redoine Faïd n'est effectivement pas en mesure de comparaître. Hugues Vigier, également avocat du détenu, souligne l'important dispositif de sécurité, qui a coûté 250.000 euros : "Il faut qu'il soit un monstre, ce garçon, pour qu'il y ait de telles mesures ! (…) Quel est le droit à un procès équitable, quand on arrive devant ses juges dans de telles conditions ?!".

Autre motif de demande de renvoi : la grève des avocats. Et le fait que la cour de Saint-Omer serait incompétente, dans cette affaire de grand banditisme. Les arguments sont avancés…sans qu'aucun jury ne soit constitué. Deuxième suspension, pour examen de pièces. A la reprise, c'est l'avocat général qui frappe fort, après un point de l'avocat Frank Berton sur l'état de santé de son client : "Enfin ! Parce que, après cette litanie, cela m'oblige à dire que la vérité sort rarement de la bouche des avocats". Personne ne saisit l'allusion, mais le sentiment d'absurdité de cette audience qui ne semble jamais vouloir vraiment commencer n'en est que renforcé. Lui voit dans la grève de la soif de Redoine Faïd une "manœuvre". Une avocate de la partie civile dénonce, quant à elle, "une stratégie".

Et les co-accusés, dans tout ça ? Leur présence est occultée par cette absence qui n'en finit pas d'alimenter les débats. Lorsque la présidente leur donne la parole, ils semblent sortis de nulle part, apparition fugace. On se surprend à se dire "Tiens, c'est vrai, à quoi ressemblent-ils ?" L'un d'eux, le seul en détention, dit être "l'être humain qui veut, le plus au monde, que ce procès ait lieu". Il a déjà passé six ans en détention. Troisième suspension d'audience, le temps d'examiner les demandes de renvoi. Il se fait tard, la nuit tombe, l'ambiance rappelle plus une attente de verdict qu'un début d'audience. Dans la salle des pas perdus, les potentiels jurés, qui attendent toujours d'être, ou non, tirés au sort, discutent avec les uns et les autres. 

Les avocats de la défense renoncent

A la reprise, les trois demandes de renvoi sont rejetées, les unes après les autres. "Tout ça pour ça", serait-on tenté de dire. "Redoine Faïd a décidé, et donc choisi, de ne plus s'alimenter et s'hydrater, ce que la cour ne peut que déplorer", déclare la présidente, qui dit redouter une grève similaire à chaque nouvelle audience. Les avocats de la défense annoncent leur retrait du dossier, ce qui aboutit à la commission d'office de l'une d'eux, Yasmina Belmokhtar. On aurait pu s'arrêter-là, mais cette dernière demandant à être déchargée de cette commission, une quatrième suspension vient encore étirer ce jour sans fin (et sans accusé). Demande rejetée. Il est 22h passées, les jurés sont tirés au sort. L'audience va pouvoir réellement commencer. Sans le principal accusé. Et sans ses avocats. Mais avec des victimes, que l'on avait pratiquement oubliées. 

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