C’est l’heure du réquisitoire à deux voix qui durera deux jours. Il s’annonce implacable contre les quatorze accusés, onze présents, jugés pour leur implication à des degrés divers dans les attentats de janvier 2015. France Inter résume : ce qu'on leur reproche et ce qu'ils ont dit.

Les accusés
Les accusés © Radio France / Matthieu Boucheron

C'est un procès historique. Plus de trois mois après son ouverture, le procès des attentats de janvier 2015, contre Charlie Hebdo, à Montrouge et l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes entre dans sa dernière ligne droite avec, lundi, le début des réquisitions du parquet national antiterroriste. Réquisitoire à deux voix, celles des avocats généraux Jean-Michel Bourlès et Julie Holveck, qui doit se prolonger jusqu'à mardi avant de laisser place aux plaidoiries de la défense, avant le verdict, prévu pour le 16 décembre. Voici le résumé de ce qui est reproché aux accusés et de leurs déclarations au procès. 

Ali Riza Polat, le principal accusé de ce procès

Assis à l'angle d'un des deux box, au plus près des magistrats de la cour d'assises, et face aux deux avocats généraux qui portent l'accusation, Ali Riza Polat, franco-turc de 35 ans est l'accusé volcanique, visage rond, et toujours en chemise, celui qui a souvent parlé beaucoup, crié très fort, insulté, menacé, et qui au bout de deux mois de procès, a contracté le Covid-19. Le procès a été interrompu un mois en raison de son état de santé. Les médecins ont jugé qu'il pouvait revenir dans son box, où depuis le 46e jour d'audience, il crache bruyamment, dans une bassine posée à ses pieds. Il est considéré comme "l'accusé-pivot", selon la formule d'une avocate de victimes de l'Hyper Cacher. Une enquêtrice antiterroriste est venue dire à la barre qu'il était accusé d'être"le bras droit d'Amedy Coulibaly", le terroriste de Montrouge et de l'Hyper Cacher. Polat habitait Grigny, comme Coulibaly. Ils ont fait des trafics ensemble, trafic de stup' surtout pour Polat, qui avait fanfaronné dès le début de ce procès qu'il se "faisait entre 50 000 et 100 000 euros". Polat a résumé sa devise de vie : "ne pas travailler et mourir riche", et à sa sortie de prison, "faire du banditisme, encore pire"

Polat est le seul des accusés présents à être jugé pour complicité d'assassinats terroristes. Les juges d'instruction pensent qu'il a sciemment aidé à préparer les attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, en recherchant des armes, des munitions, des explosifs, en stockant et en transportant lui-même. Les enquêteurs estiment qu'Ali Riza Polat a été en contact avec Amedy Coulibaly la nuit précédant le premier attentat, mené par les frères Kouachi contre Charlie Hebdo. Il avait six lignes de téléphone dédiées, fournies par Coulibaly. 

Juste après l'attentat commis à l'Hyper Cacher par Coulibaly, le 9 janvier 2015, Ali Riza Polat a cherché à fuir, entre autres en Syrie. L'accusation estime qu'il pratiquait un islam radical depuis 2014, et qu'il adhérait à l'idéologie de Daech, ce qu'Ali Riza Polat nie. Il dit : "Je veux pas aller en taule pour ce que j'ai pas fait". Ou encore : "Vous dites, je suis le bras droit. En fait, Coulibaly est mort, les Kouachi sont morts, faut bien que quelqu'un paye ! " Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Amar Ramdani, l'as de l'escroquerie charmeur

Assis juste à côte de Polat, Amar Ramdani, 39 ans, est l'accusé charmeur et éloquent. Un côté Dom Juan, sens aigu de la répartie. Il a pu se montrer arrogant lors de son interrogatoire. Il est aussi celui qui a cité de la poésie, Boris Vian, pour une survivante de Charlie Hebdo, qu'il a nommée plusieurs fois. La salle d'audience avait été sidérée : certains l'avaient trouvé sincèrement ému, d'autres parfaitement manipulateur

Amar Ramdani a rencontré Amedy Coulibaly à la prison de Villepinte entre 2010 et 2013. Ils y sont devenus amis dans la buanderie. Amar Ramdani, as de l'escroquerie, qui possédait pas moins de 31 lignes téléphoniques pour ses arnaques, est accusé d'avoir recherché des armes dans le Nord de la France pour son ami "Dolly" -le surnom de Coulibaly-, et d’avoir acheté une voiture frauduleusement pour financer les attentats de janvier 2015. Lui a juré qu'il ne savait pas que Coulibaly était devenu un soldat de Daech. 

Mais il a aussi clamé à ce procès : "Je suis pas une balance et je parlerai jamais. Jamais de la vie je me mettrai à table sur quoi que ce soit, même si ça peut me porter préjudice". Son ADN a été retrouvé sur un billet de 50 euros découvert dans l'Hyper Cacher, le 9 janvier 2015. Le soir de cet attentat, ce roi des escrocs assumé cassait sa puce de téléphone et jetait le combiné avec lequel il avait conversé avec Coulibaly jusqu'au 6 janvier 2015. Pour détruire une preuve de sa participation à la préparation des attentats ? 

Amar Ramdani assure qu'ayant grandi en Algérie lors des années noires du GIA, il ne pourra jamais adhérer à une idéologie terroriste. Durant l'enquête, il avait aussi été accusé d'avoir tiré sur le joggeur, Romain D., le soir du 7 janvier 2015. Mais les juges d'instruction ont conclu à un non-lieu à son égard pour cette tentative d'assassinat, attribuée à Amedy Coulibaly. Amar Ramdani encourt pour les faits qu'on lui reproche, 20 ans de réclusion criminelle. 

Saïd Makhlouf, l'ambulancier

Saïd Makhlouf est le cousin éloigné de Amar Ramdani. Assis à sa droite. Il a 30 ans, une carrure imposante, larges épaules carrées, lunettes rectangulaires, yeux plissés, catogan. Il est ambulancier dans la famille du co-accusé Mohamed-Amine Fares. N'avait aucun antécédent judiciaire. Saïd Makhlouf habitait Gentilly, en banlieue de Paris. Il ne connaissait pas Amedy Coulibaly.

Il dit : "Je l'ai vu une demi-fois à tout casser", dans un restaurant chinois. Mais l'ADN de Saïd Makhlouf a été découvert sur la lanière d'un taser de l'Hyper Cacher. Son ADN était mélangé à celui de Coulibaly. L'accusé Makhlouf dit que ça le "rend fou" parce que "ce taser-là, c'est pas que je l'ai pas touché, je l'ai jamais vu !" Saïd Makhlouf se dit innocent, depuis cinq ans et demi. Et il a l'impression qu'il va "servir d'escabeau pour la dernière étagère !" 

Les enquêteurs l'accusent de s'être rendu plusieurs fois dans le Nord, fin 2014, à la recherche d'armes avec son cousin Amar Ramdani. Makhlouf jure que le but de ces voyages, c'était que pour le "stup". Et qu'au passage, il allait voir des prostituées -les prostituées avaient été son premier alibi, jugé peu crédible de faire un si long voyage pour des prostituées "dix minutes" selon Ramdani. "Il m'a appelé Lucky Luke", rigole Makhlouf. 

Makhlouf qui le soir du 9 janvier 2015, juste après l'attentat à l'Hyper Cacher, s'est retrouvé avec son cousin Amar Ramdani, sur le parking d'une zone industrielle, pour casser ensemble les puces des téléphones qui les avaient reliés à Coulibaly. Saïd Makhlouf encourt 20 ans de réclusion criminelle. 

Mohamed-Amine Fares, le trafiquant de cocaïne 

Mohamed-Amine Fares, 31 ans, est l'accusé à l'œil rieur, avec un air toujours amusé, il a souvent ri depuis le début de son procès, a même applaudi une fois, hilare, au milieu d'un énorme brouhaha et des cris de son avocate se fâchant contre une de ses consœurs. 

Mohamed-Amine Fares est un trafiquant de drogue notoire. Huit condamnations pour trafic de "stup". Il a toujours vendu de la cocaïne ou de l'héroïne, depuis qu'il a 16 ans, sauf lors de ses séjours en prison. Il habitait Roubaix. Ne connaissait pas Amedy Coulibaly. Mais est accusé de lui avoir fait passer des armes, via Amar Ramdani et Saïd Makhlouf. Des armes qui venaient des célèbres trafiquants d'armes lillois Claude Hermant et Christophe Dubroeucq -jugés devant un tribunal correctionnel et qui n'étaient que témoins à ce procès. Un fusil d'assaut AK-47, notamment, qu'il aurait fait passer à un "gars du 91" en échange de 15 grammes de cocaïne. Un ADN féminin appartenant à une de ses ex-belles soeurs a aussi été découvert sur un pistolet Tokarev de Coulibaly. 

Mohamed-Amine Fares a été interpellé en 2017, seulement. Dénoncé par une mystérieuse lettre anonyme envoyée à la juge d'instruction avec ces mots (sic) "Hyper Kacher Mohamed FARES". A son procès, Mohamed-Amine Fares est revenu sur ce qu'il avait à demi-avoué en garde à vue. Déclarant depuis son box : "Je me suis incriminé mais j'ai jamais vendu d'armes, je suis pas terroriste". Il encourt 20 ans de réclusion criminelle. 

Nezar Mickaël Pastor Alwatik, l'ami trahi ?

Nezar Mickaël Nezar Pastor Alwatik a 35 ans, un visage juvénile, des cheveux très courts, un regard intelligent. Au début de son procès, il s'est résumé par son lien fusionnel à sa mère, qui l'a élevé seule, "je suis collé à elle, c'est comme ça". Nezar Mickaël Pastor Alwatik a aussi insisté sur sa proximité avec sa demi-soeur aînée, convertie au judaïsme. De son box, il a martelé qu'il ne pouvait pas avoir aidé Amedy Coulibaly à commettre un attentat antisémite, dans un Hyper Cacher, où sa soeur et ses nièces auraient pu se rendre. 

Nezar Mickaël Pastor Alwatik a rencontré Amedy Coulibaly en prison, à Villepinte, entre 2010 et 2013, alors qu'il était incarcéré pour une affaire de trafic de stupéfiants. Ils étaient affectés à la buanderie_, c_omme l'accusé Amar Ramdani. L'ADN de Pastor Alwatik était dans un gant de Coulibaly retrouvé à l'Hyper Cacher. 

La police scientifique a aussi isolé ses empreintes génétiques sur deux armes découvertes dans la planque de Coulibaly à Gentilly. Pastor Alwatik avoue avoir touché ce pistolet semi-automatique Tokarev et ce revolver Nagant, dans un coffre de voiture, mais il dit : "Jamais de la vie j’ai tiré sur des gens ou planifié ça. Vous croyez que je vais traîner avec un mec antisémite ?" Pastor Alwatik affirme qu'il a été trahi par Coulibaly, qu'il ne connaissait pas son degré de radicalisation, ni sa fascination pour Daech. 

En 2014, pourtant, Amedy Coulibaly et sa fiancée Hayat Boumeddiene, voilée de la tête aux pieds, avaient joué les entremetteurs pour Pastor Alwatik qui quelques semaines plus tard, épousait une jeune femme salafiste, une "Ninja", selon sa mère. Il l'a répudiée au bout de trois mois, parce qu'elle lui "prenait la tête". Nezar Mickaël Pastor Alwatik a reconnu avoir menti, jusqu'au procès. "Mais pas pour cacher quelque chose. J’ai menti parce que j’avais peur", jure-t-il. Des avocats l'ont accusé de surtout pratiquer la taqqya, technique de dissimulation des djihadistes rusés. Lui clame : "Il y a rien de pire que d’être accusé d’une chose que vous n'avez pas fait". Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Willy Prévost, le souffre-douleur de Coulibaly ?

Willy Prévost, 34 ans, est l'accusé assis à quelques centimètres des avocats généraux et qui leur tourne le dos depuis le premier jour, souvent courbé en deux. Il est presque aussi grand qu'un basketteur américain. Mais il s'est présenté à ce procès comme le souffre-douleur d'Amedy Coulibaly, qui mesurait 1,67m et a grandi dans la même cité que lui, à Grigny. Selon sa version, c'est donc sous la contrainte de Coulibaly qu'il se serait rendu chez un armurier avec son ami le co-accusé Christophe Raumel, pour y acheter des gilets tactiques, des couteaux, des gazeuses lacrymogènes. 

Willy Prévost est aussi accusé d’avoir aidé Amedy Coulibaly à se procurer la voiture Renault Mégane Scenic qui a servi à se rendre à l’Hyper Cacher, et d’avoir retiré le traceur de la moto Suzuki qui a été utilisée pour aller tuer la policière de Montrouge. Willy Prévost reconnaît sans sourciller qu'il a pu participer à une "association de malfaiteurs, pas de problème !" Mais il nie être un terroriste. Il nie avoir été converti à l'islam, comme le disent des proches, et encore moins à l'islam rigoriste. "Non je suis pas musulman et si j’aurais (sic) été musulman, je l’aurais dit avec plaisir", déclare-t-il.Il a aussi déclaré : "Je comprends ce qu’il a fait Amedy, c’est atroce, je condamne", puis "essayez pas de me mettre un bonnet pas à ma taille, je suis pas terroriste". Il risque en théorie une peine de 20 ans de réclusion criminelle.

Abdelaziz Abbad, le sanguin

Abdelaziz Abbad, 36 ans, est un accusé petit et nerveux, qui vient de Charleville-Mézières. La ville des veuves des frères Saïd et Chérif Kouachi. Abbad était d'ailleurs au collège avec l'une d'elle. A l'en croire, s'il est dans ce box aujourd'hui, c'est parce qu'il a déclaré durant l'enquête, qu'un homme ressemblant à Saïd Kouachi, était venu lui demander "des kalachs, deux kalachs, pistolets et gilets pare-balle", en 2014. Il affirme que c'est la seule fois "qu'on m'a demandé des armes, parce que je connais des gens, mais moi mon truc, c'est les stup'." 

A son procès, il jure que ce n'était finalement pas l'un des terroristes de Charlie Hebdo qui lui a demandé un arsenal. Et il affirme qu'il n'avait que des armes "rouillées, pourries" qu'il a jetées dans la Meuse. Il est néanmoins accusé d'avoir fourni des armes en bon état qui ont servi aux attentats de janvier 2015. Armes qui auraient transité par d'autres co-accusés. Mais selon ses avocats, ces armes n'auraient jamais été retrouvées dans l'arsenal des Kouachi. 

Abdelaziz Abbad dit qu'il s'est "auto-incriminé", à tort. Sanguin, il s'est récemment emporté contre la cour qui ordonnait une prolongation de suspension, en raison de l'état de santé de l'accusé Ali Riza Polat. "On est des animaux ?", s'est écrié Abdelaziz Abbad. "C’est quoi ce tribunal ? On va arrêter de venir ici. Vous allez faire votre cirque tout seuls maintenant. On nous traite comme des chiens". Il risque en théorie 20 ans de réclusion criminelle. 

Miguel Martinez, vrai ou faux "barbu" ?

Miguel Martinez, 38 ans, mesure 2 mètres. "On se prend une tarte par lui, ben on fait trois tours sur soi-même", a un jour résumé un témoin qui le craignait. Martinez tenait un garage avec Abdelaziz Abbad à Charleville-Mézières, et jure qu'il n'a jamais voulu toucher à "l'argent sale". Pour "aider" son ami Abbad, il avoue néanmoins avoir transporté des armes qui auraient été trouvées par enchantement par un autre garagiste, le co-accusé Metin Karasular. Des armes qu'il reconnaît avoir planquées, pour Abbad. 

Il nie toute radicalisation. Jure qu'il est "vacciné contre le terrorisme depuis longtemps, depuis les années noires en Algérie". Se dit seulement musulman, sans radicalité. Des témoins sont venus dire l'inverse. Certains témoignages ont fait pschitt à la barre. Mais au 45e jour de procès, le président de la cour d'assises a grondé contre l'accusé Martinez, pour "un comportement inadmissible envers une escorte !" Sans donner de détails, le président a parlé de propos intolérables à l'égard des femmes. A ce procès, Miguel Martinez a déclaré : "J'ai profondément honte de me retrouver aujourd'hui au tribunal dans une affaire comme ça. J'ai honte et j’ai un mal-être. L'accusation d'association de malfaiteurs terroriste, je l'ai toujours niée, depuis le début". Miguel Martinez risque 20 ans de réclusion criminelle.

Metin Karasular, le garagiste belge

Metin Karasular, 50 ans, est le garagiste belge au visage aussi carré que ses épaules, qui aime porter des maillots de foot. Il est celui qui s'endort souvent dans son box. Celui qu'une avocate de victimes de l'Hyper Cacher a comparé à Bernadette Soubirous de Nevers -Sainte-Bernadette, qui avait vu apparaître la Vierge Marie. Karasular, lui, a vu pousser des armes sur le toit de son garage crasseux, un beau matin, comme par enchantement. Il est accusé d'avoir transmis des armes à Amedy Coulibaly. Des armes que le co-accusé Ali Riza Polat lui aurait commandées, à l'été 2014. 

Deux listes ont été retrouvées chez lui, l'une écrite de sa main, l'autre par Polat. Sur une des listes, il était question de lance-roquettes -les Kouachi en ont eu un. Les armes que Karasular aurait trouvées, il les aurait revendues aux Ardennais Abdelaziz Abbad et Miguel Martinez, assis dans le même box que lui. Metin Karasular, qui se sent proche du PKK, dit qu'il déteste les terroristes islamistes, clame "qu'il faut les piquer, comme un chien quand il est malade." 

Metin Karasular affirme :Je sais que je ne suis pas parfait. Je suis joueur, je trompais ma femme mais tuer des gens innocents, moi je ne mange pas de ce pain-là. ” Metin Karasular a aussi tenu un café à Charleroi "où tout le monde venait jouer, des trafiquants d'armes, tout ça. Il y a des jours où il y avait 800 000 euros sur la table. Mais c'est ancien." Il dit qu'il a oublié parce que "je fumais 5 grammes par jour, monsieur, je ne me souviens plus”. Il risque lui aussi 20 ans de réclusion criminelle. 

Michel Catino, le joueur invétéré 

Michel Catino est le plus âgé des accusés, 68 ans, lunettes en demi-lune accrochées autour du cou, toujours emmitouflé dans le même blouson du PSG. Il a une santé fragile, boîte depuis une agression qui l'avait laissé à demi-paralysé ; il avait reçu des coups de marteau sur la tête. Michel Catino est né en Italie mais a passé sa vie en Belgique, à jouer au café, aux cartes, au casino. 

C'est un joueur-né. En jouant, il a rencontré Metin Karasular et ils sont devenus amis. Pour jouer, Michel Catino avait toujours besoin d'argent. Alors pour 500 euros, il a accepté de transporter, fin 2014, un sac dans lequel se seraient trouvées des armes qui ont servi aux attentats de janvier 2015. Il reconnaît le transport mais jure qu'il ignorait ce que contenait le sac. 

Michel Catino affirme : "Je ne suis pas en lien avec le terrorisme. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Le mot terrorisme, j'ai entendu ça la première fois en 2015. Avant j'avais jamais entendu ça de ma vie. Moi, mon seul but c'était de jouer. Pas de politique, pas de télé, pas de journaux." Il encourt lui aussi 20 ans de réclusion criminelle.

Christophe Raumel, sur un strapontin

Christophe Raumel, 30 ans, est le seul des onze accusés présents à arriver sans menottes, chaque matin, à ce procès. Le seul sous contrôle judiciaire, après 39 mois de détention provisoire. Il ne s'assied pas dans un box mais sur un strapontin. Il était le meilleur ami de l'accusé Willy Prévost, jusqu'à ce qu'il apprenne en garde à vue que son ancienne compagne entretenait une liaison avec son meilleur ami. 

Avant janvier 2015, Christophe Raumel accompagnait Willy Prévost son meilleur pote, un peu partout et tout le temps. “On était ensemble du matin au soir. La journée, on fait rien, on va au centre commercial, on fume, on boit, on mange, on discute de tout et de rien." Lorsque Willy Prévost lui propose d’aller faire des achats, il suit “pour sortir de la ville, faire un tour. Moi, j'accompagne, je suis le décor." Il est ainsi accusé de l'avoir suivi dans une armurerie pour acheter gilets tactiques, gants, couteaux destinés à Amedy Coulibaly. 

Raumel a même entreposé ces achats chez lui, sans poser de questions. “Je reconnais avoir été là à chaque instant. Je reconnais les faits qui me sont reprochés en fait.” Il jure qu'il ne savait pas à quoi c'était destiné et qu'il ne posait pas de questions. Il est le seul des accusés à être poursuivi pour un délit d'association de malfaiteurs et non pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Il est le seul à encourir au maximum 10 ans de prison. 

Mohamed Belhoucine, mentor présumé mort

Mohamed Belhoucine, comme Ali Riza Polat, est jugé pour complicité de crimes terroristes. Mais il est jugé en son absence. Il est en fait considéré comme mort en Syrie. Mais comme la justice française juge les présumés morts tant qu'elle n'a pas la preuve de cette mort, alors Mohamed Belhoucine figure parmi les accusés de ce procès. 

Il était un proche d'Amedy Coulibaly. Est accusé d'avoir rédigé le serment d'allégeance à Daech lu par le terroriste de Montrouge et de l'Hyper Cacher dans sa vidéo de revendication. Il s'est enfui en Syrie début janvier 2015, cinq jours avant le premier attentat du 7 janvier, exfiltrant vers le califat de Daech la fiancée d'Amedy Coulibaly, Hayat Boumeddiene. En théorie, Mohamed Belhoucine risque la réclusion criminelle à perpétuité. Peine à laquelle il a déjà été condamné par une autre cour d'assises spéciale cette année, alors qu'il était vraisemblablement déjà mort.

Mehdi Belhoucine, le frère cadet présumé mort

Mehdi Belhoucine est le frère cadet de Mohamed. Il est jugé pour avoir participé à un groupement terroriste en vue de la préparation des attentats, notamment en exfiltrant lui aussi en Syrie, Hayat Boumeddiene, fiancée d'Amedy Coulibaly. Il encourt en théorie une peine moins lourde que son frère aîné, une peine de 20 ans de réclusion criminelle. Mais comme Mohamed Belhoucine, Mehdi Belhoucine est présumé mort en combattant en Syrie. 

Hayat Boumeddiene, la veuve en cavale

Hayat Boumeddiene est la seule femme accusée de ce procès. Elle est la veuve du terroriste de Montrouge et l'Hyper Cacher, Amedy Coulibaly. Elle a fui en Syrie, escortée par les frères Belhoucine, peu avant les attentats, le 2 janvier 2015. Elle s'est envolée pour la Turquie depuis Madrid, où Amedy Coulibaly l'avait accompagnée. Depuis, elle est présumée en cavale en Syrie. Elle est toujours visée par un mandat de recherche. Elle est jugée à ce procès pour avoir notamment participé à des escroqueries pour des achats de voitures, escroqueries qui ont servi à financer les attentats de janvier 2015