Yoav Hattab était venu acheter du vin pour le shabbat lorsque l’Hyper Cacher a été pris en otage par Amedy Coulibaly, ce 9 janvier 2015. Le jeune Tunisien, venu faire ses études en France, a été abattu après avoir réussi à attraper l’une des armes du terroriste, qui s’est enrayée. Il avait 21 ans.

Devanture de l’Hyper Cacher le 14 janvier 2015
Devanture de l’Hyper Cacher le 14 janvier 2015 © AFP / Michael Bunel / NurPhoto

[Tous les jours jusqu’au 2 septembre, France Inter dresse le portrait de tous les protagonistes du procès des attentats de janvier  2015 : victimes, familles, terroristes, accusés, magistrats, avocats…]

Une soirée foot, à encourager le Club africain, dans un café de Tunis, avec ses frères, ses amis. Voilà ce que Yoav Hattab aimait par-dessus tout. “On commandait des verres de café, des glaces”, se souvient son frère aîné, Avishay. “Aujourd’hui, je n’arrive plus à aller au café sans lui. C’est trop difficile.” Yoav Hattab est né le 18 avril 1993 à Tunis, dans une famille juive très pratiquante. Huit frères et sœurs. Un père rabbin de la grande synagogue et directeur de la seule école juive encore en activité en Tunisie. Des chants religieux qui rythment le quotidien familial. “Il avait une voix superbe”, témoigne encore son aîné, une voix légèrement cassée.

Yoav Hattab grandit dans le quartier de La Goulette, au sein d’une communauté juive réduite à peau de chagrin. Jeune homme très gai, charismatique, c’est presque toujours lui qui organise les matches de foot entre copains. Très studieux aussi, souvent premier de sa classe, il fréquente l’école dirigée par son père et y apprend la langue et la culture françaises, chères à beaucoup de juifs d’Afrique du Nord. D’ailleurs, Yoav Hattab parle parfois le français - sans accent selon ses proches - en famille en plus de l’arabe, sa langue maternelle, ou de l’hébreu et de l’anglais qu’il maîtrise aussi.

Entre la Tunisie et la France

Son bac en poche, il s’inscrit en BTS international à Paris. Découvre la capitale pour la première fois, suivi de près par sa sœur Odia, la troisième de la fratrie dont il est également très proche. Yoav Hattab est d’abord hébergé chez des cousins, puis le patron de l’entreprise dans laquelle il effectue son BTS en alternance lui aménage une sorte de petit studio, dans les locaux mêmes de la société de commerce international, à Vincennes. “Ce n’était pas des conditions de vie faciles mais il aimait de Paris, le côté beaucoup plus moderne que Tunis”, raconte son frère Avishay. “Il regrettait quand même de ne pas avoir le même accès aux études supérieures à Tunis.

Il faut dire qu’à Paris, difficile de se livrer à son autre plaisir favori : se lever aux aurores pour aller plonger dans la mer. “C’était la belle vie”, se souvient son aîné. “On faisait ça tout l’été. On allait aussi dans les piscines des grands hôtels, on commandait à boire, on nageait, on discutait.” À Paris, cependant, il s’intègre vite. Fait des rencontres, se lie d’amitié. “Il était très sociable et gardait ses amis longtemps”, raconte encore son frère. Yoav Hattab envisageait d’ailleurs désormais son avenir à cheval entre la Tunisie et la France. Le jeune homme, actif et dynamique selon ses proches, ambitionnait de “créer son entreprise en Tunisie tout en continuant à travailler avec la France”, explique encore son aîné. Voyager aussi. Aventurier et curieux, il voulait visiter Chypre, Malte ou encore la Pologne.

Mais ce 9 janvier 2015, c’est son côté héroïque, surtout, qui s’est révélé. Repérant une arme du terroriste laissée dans un coin, il s’en saisit. Mais l’arme est enrayée. Yoav Hattab est abattu à bout portant par Amedy Coulibaly. “Il a pris l’arme, a voulu sauver des vies. Et c’est lui qui a payé l’addition”, résume tristement Avishay Hattab.

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