Au procès de l'attentat aux bonbonnes de gaz de Notre-Dame, l'audience a été consacrée à la principale accusée du procès, Inès Madani dont la famille a défilé à la barre avec beaucoup d'émotion et de dignité.

L'audience a été consacrée à la principale accusée du procès, Inès Madani
L'audience a été consacrée à la principale accusée du procès, Inès Madani © AFP / Benoit PEYRUCQ

Le mal-être d'Inès Madani 

Ce qui ressort de l’examen de personnalité d’Inès Madani, c'est avant tout un immense mal-être. Lié à son surpoids d’abord : seule ronde d’une famille de minces. Et une mère qui insiste pour qu’elle maigrisse.

Les agressions sexuelles ensuite, à deux reprises. Gardées secrètes par Inès Madani : le psychiatre chargé de son expertise en prison est le premier à qui elle en parle. Pourtant, c’est après ces agressions qu’elle commence à porter le voile. “À l’époque, je ne pratiquais même pas”, explique la principale accusée de ce procès.

Puis, il y a cette rencontre : une voisine, plus âgée qu’elle. Anissa M. est enceinte, seule, souffre de difficultés financières. “Elle a dû reprendre le travail quelques jours après son accouchement”, raconte Inès Madani d’une petite voix, "et je savais qu’elle avait du mal à payer les factures alors je gardais son fils gratuitement.”

Les deux femmes vont se lier d’amitié. La famille d’Inès parle plutôt d’emprise. C’est la plongée dans la radicalisation.

Jusqu’à ce jour où Anissa part en Syrie et laisse Inès Madani, qui a quitté le lycée en cours de classe de première, seule et désœuvrée. "À ce moment-là, elle passait 80% de son temps dans sa chambre, les volets clos", témoigne sa mère à la barre. L'adolescente ingurgite la propagande du groupe État islamique.

"Qu’est-ce qui vous intéressait dans ces vidéos ?", interroge le président. “Le fait de partir en Syrie et aussi qu’ils autorisaient le suicide”, répond la jeune femme.

Car cette envie de mourir est aussi une des clés de sa bascule dans l’idéologie mortifère de Daech… Jusqu’à la préparation de l’attentat. “Ce qui était prévu à la base", révèle Inès Madani pour la première fois, "c’est que je reste dans la voiture. Au dernier moment, c’est Ornella G. qui m’a convaincue de sortir.”

L'impuissance d'une famille

Face à ce profond mal-être, la famille d'Inès Madani, qui défile à la barre, se dit dépassée. “On a pas tout à fait compris, en tant que parents”, témoigne Patrick Madani, chauffeur de bus de 52 ans. Pendant près de deux heures, ce père de cinq filles va livrer le constat bouleversant de son impuissance face à la radicalisation de sa fille : “Moi je ne me couche pas tard. Et bon ma fille, elle avait 16 ans, elle restait sur l’ordinateur. J’ai pas ressenti le besoin de la fliquer plus que ça.”

Mais Inès Madani, déscolarisée, passe son temps sur les réseaux sociaux. Après le départ d’une amie en Syrie, elle se plonge dans l’idéologie de Daech, discute avec des djihadistes. “Ça m’occupait de recevoir des messages”, explique la fille. “Je ne pensais pas que c’était aussi simple de communiquer avec quelqu’un dans un pays en guerre", déplore le père. "Moi parfois, pour avoir mon cousin en Algérie, c’est la croix et la bannière.”

Puis il y a le projet de départ en Syrie. “À ce moment-là, on était passés en mode flicage”, témoigne Patrick Madani. "Plus de téléphone, plus d’internet, plus de sortie non accompagnée.” Le père tente d’abord de contrer l’idéologie djihadiste, à l’aide de son propre savoir. En vain. Il l'emmène voir un imam, se tourne vers une association de déradicalisation. Puis ce sont les vacances. “Je voulais faire un travail de fond. Et puis en Corrèze, il n’y a pas beaucoup de réseau, je me suis dit : ça peut faire une sorte de cure.”

C’était au mois d’août 2016. Un mois après, Inès Madani chargeait les six bonbonnes de gaz dans la voiture de son père, avant de tenter de les faire exploser en plein Paris.  

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