Pascal Bonnefoy et Fabrice Arfi au tribunal de Bordeaux
Pascal Bonnefoy et Fabrice Arfi au tribunal de Bordeaux © Radio France / Corinne Audouin

Au procès des enregistrements clandestins de Liliane Bettencourt, l'ex-majordome et cinq journalistes sont poursuivis pour avoir porté atteinte à la vie privée de la vieille dame. Mais ce qui est apparu au cours des débats, c’est que ces « écoutes » sauvages avaient surtout fourni à la justice les preuves de l’abus de faiblesse dont elle était victime.

Le majordome, Pascal Bonnefoy, qui encourt un an de prison, a reconnu que ces enregistrements étaient "illégaux", mais il estime « avoir fait son devoir » en les transmettant à la fille de Liliane Bettencourt. Dans son ordonnance de renvoi, le juge d'instruction souligne que sans ces enregistrements et leur publication dans la presse, l’affaire Bettencourt n’aurait sans doute pas connu les mêmes développements judiciaires . Le tribunal correctionnel de Bordeaux en a même diffusé, à nouveau, des extraits, comme lors du procès pour abus de faiblesse, en janvier dernier. Accentuant encore le côté schizophrène de la justice dans cette affaire.

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Porter à la connaissance du public ce qui est utile à la justice

Dans la salle d’audience, résonne la voix de Patrice de Maistre, et les réponses presque inaudibles de Liliane Bettencourt. On parle de 65 millions d’euros cachés en Suisse, de chèques signés aux politiques, du procureur qu’on connaît très bien... Ces extraits des enregistrements, publiés par Mediapart en juin 2010, le site a été condamné à les retirer. Alors que reproche-t-on aux journalistes ? Est-il interdit de porter à la connaissance du public ce qui est utile à la bonne administration de la justice ? Les journalistes de Mediapart et du Point ne sont pas poursuivis pour un délit de presse classique, mais pour avoir violé l’intimité de la vie privée de la milliardaire. Certes. Mais pour Hervé Gattegno, ancien journaliste au Point, le but poursuivi le justifiait.

C’était indispensable de divulguer certains de ces éléments, pour prouver que c’était une femme en état de faiblesse. Si c’était refaire, on le referait, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a plus de vie privée en France, il faut qu’il y en ait une. J’espère que la justice nous donnera raison de l’avoir fait.

A l’audience, la représentante du parquet, Marie-Madeleine Alliot, procureure de la République de Bordeaux, marche sur des œufs . « C’est intéressant que ce débat ait lieu », souligne-t-elle, rappelant la loi, sans pour autant porter véritablement l’accusation. On attend avec curiosité ses réquisitions, ce jeudi 4 novembre. Quid de la la partie civile, Liliane Bettencourt ? Était-elle lucide quand elle a déposé plainte en 2010, en pleine guerre avec sa fille Françoise ? Placée sous tutelle, elle n’est plus là pour le dire. Et les avocats de son tuteur ne demanderont pas de dommages et intérêts pour leur cliente, reconnaissant in fine qu’elle n’a pas été victime de l’indélicatesse de son majordome. C’est pourtant en son nom que se poursuit cet étrange procès : la juge des tutelles a estimé que Liliane Bettencourt n’avait plus les facultés pour décider de retirer cette plainte, qui a donc suivi son cours jusqu’à aujourd’hui.

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