Devant la cour d’assises de Paris ce mardi, les conseils de la partie civile ont livré leurs plaidoiries. Ils ont appelé les jurés à prendre en compte les "éléments objectifs" qui accusent les deux policiers, tout en dénonçant la tournure prise par les débats depuis le début du procès, le 14 janvier.

Le 36 Quai des Orfèvres, à Paris
Le 36 Quai des Orfèvres, à Paris © Radio France / Dominique Loriou

Avant la première audience, Me Sophie Obadia avait prévenu : elle n’accepterait pas que ce procès, où sont jugés pour viol en réunion deux ex-policiers de la BRI, soit celui de la victime. Cela n’a pas empêché la défense de décortiquer minutieusement la tenue de la touriste canadienne, cette nuit du 22 au 23 avril 2014, mais aussi ses addictions, sa vie sexuelle. 

Ces éléments sont-ils éclairants au vu du viol en réunion sur lequel les jurés auront à se prononcer ce jeudi ? Lors de sa plaidoirie, Me Obadia s’insurge. "Quand on vous vole votre portable, et que vous allez au commissariat porter plainte… J’en ai déjà fait l’expérience : on ne m’a pas demandé pas si je l’avais fait exprès, si je l’avais bien cherché. Il n’y a que pour le viol qu’on fait ça !", souligne l’avocate, qui évoque "une inversion des places". 

Elle rappelle également que les accusés ont le droit de mentir. Droit dont ils auraient usé au point de générer "un brouillard indescriptible" de "mensonges répétés, ajustés".

Seulement, dans ce dossier, plusieurs témoins ont également affaibli la position de la plaignante, mettant en lumière les contradictions de son récit. Des détails parfois anecdotiques, qui jettent néanmoins une ombre sur la crédibilité de la jeune femme. 

Me Mario Stasi, second conseil d’Emily Spanton, a donc appelé les jurés à aller au-delà des témoignages, par nature "fragiles", "bancals", pour prendre en compte les éléments objectifs du dossier : les prélèvements ADN, que les policiers peinent à expliquer ; les SMS et les vidéos effacées de téléphones portables, et surtout les images de surveillance du 36 Quai des Orfèvres sur lesquelles on ne voit ni baiser ni couple bras dessus-bras dessous. Pour l’avocat, "cette vidéo casse la romance" invoquée par l’un des deux accusés. "La lecture de ce dossier a forgé l’intime conviction ; et l’intime conviction c’est qu’ils sont coupables", conclut-il.

Les deux policiers ont reconnu des rapports sexuels consentis, dans une version diamétralement opposée à celle de la partie civile. Ils encourent 20 ans de réclusion. Ce mercredi, ce sera au tour de l’avocat général, Philippe Courroye, de livrer son réquisitoire.

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