Au procès du couple Fillon devant le tribunal correctionnel de Paris, ce lundi 2 mars, la présidente s’est plongée dans le détail du travail parlementaire que Penelope Fillon dit avoir fourni auprès de son député de mari. Fictif ou réel ? C’est l’un des enjeux de ces neuf jours d’audience.

François Fillon est venu plusieurs fois à la rescousse de son épouse
François Fillon est venu plusieurs fois à la rescousse de son épouse © Maxppp / IP3 / Aurelien Morissard

Dès l’ouverture de l’audience, Penelope Fillon, tailleur-pantalon et serre-tête noirs, prend la parole. "Je veux juste apporter une précision, à propos de l’interview au Sunday Telegraph en 2007. J’ai délibérément minimisé mon rôle, parce que les Anglais attendaient que j’ai une sorte d’influence sur la politique étrangère de François". Elle disait, dans cet entretien, ne jamais avoir été l’assistante de son mari. "Je voulais absolument que ce soit clair pour tout le monde" explique-t-elle, "que je n’allais pas être comme l’épouse du premier ministre britannique, Cherie Blair. J’ai peut-être pas utilisé les bons mots, mais c’était ça le message."

Après l’audition laborieuse de Penelope Fillon jeudi dernier, la défense entend clairement reprendre la main. L’audience donne ainsi lieu à un ping-pong verbal permanent entre l’accusation et la défense. Les procureurs veulent qu’on visionne un reportage d’Envoyé spécial, diffusé en janvier 2017, juste après l’éclatement de l’affaire. L’avocat de Penelope Fillon s’emporte : "L’intérêt de cette audience c’est justement d’éviter le tribunal médiatique" tonne Me Cornut-Gentille. La question du visionnage n’est pas encore tranchée. 

Finalement, Penelope Fillon ne tenait-elle pas le "rôle social d’un conjoint d’homme politique"? interroge un des procureurs, Aurélien Létocard. "Cette notion n’appartient qu’à vous. C’est très archaïque" contre-attaque François Fillon, "ce rôle existe pour la femme du premier ministre, pour la femme du président. Pas pour l’épouse d’un parlementaire." Et l'ex-premier ministre d'ironiser sur les vertus de ce procès : "si au moins, il pouvait permettre au parquet de réviser sa vision de ce qu'est l'épouse d'un homme politique..." "Et inversement", réplique du tac au tac Aurélien Létocard.

Le tribunal lit les témoignages des journalistes locaux, qui croisaient très peu Penelope Fillon sur le terrain. "On ne la voyait par exemple jamais dans les comices agricoles" insiste le procureur Bruno Nataf, citant un journaliste. "C’est un photographe. Il venait voir la personnalité nationale, l’élu, mes collaborateurs n’avaient aucune raison d’être sur la photo" réplique sèchement François Fillon.

La présidente se penche sur les pièces fournies par la défense. Articles, agendas, extraits de discours : Penelope Fillon visite un hôpital, inaugure une auberge, assiste à un concours hippique… Dans cet inventaire à la Prévert, le tribunal cherche ce qui relève du travail de collaborateur parlementaire. Quelques témoins disent que l’épouse du député est intervenue, pour faire accélérer une demande de mutation, une inscription scolaire. 

Penelope Fillon ne répondait pas elle-même au courrier arrivé à leur domicile de Beaucé, mais elle indiquait les réponses à faire, qui transitaient ensuite parfois par plusieurs personnes. "C’est un peu compliqué, comme parcours" relève Nathalie Gavarino, la très pointilleuse présidente. "Quel était votre rôle, c’est ça que j’essaie de comprendre. La secrétaire de Monsieur Fillon, avec son expérience, elle avait vraiment besoin de vous pour ça ?" 

"Oui, c’était utile je pense, d'avoir ce double regard, enfin, pas sur tout…" bafouille Penelope Fillon.  

François Fillon, comme il le fera plusieurs fois dans l’après-midi, vient d'autorité à sa rescousse : "Il faut sans arrêt être sur le dos des collaborateurs pour que le travail avance. C’est ce que je demandais à Penelope, parce que j’avais une grande confiance en son travail." 

Le procès se tient jusqu'au 11 mars. 

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