Le procès de la mère et du beau-père de Fiona, 5 ans, s'ouvre devant la cour d'assises de Riom (Puy-de-Dôme). Le corps de l'enfant, morte sous les coups, n'a jamais été retrouvé.

Fiona avait 5 ans lors de sa disparition, le 12 mai 2013.
Fiona avait 5 ans lors de sa disparition, le 12 mai 2013.

Retrouvera-t-on le corps de Fiona ? Saura-t-on comment la petite fille est morte ? Ce sont les enjeux du procès qui s'est ouvert lundi 14 novembre devant la cour d'assises de Riom, dans le Puy-de-Dôme. Sur le banc des accusés, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, la mère et le beau-père de Fiona. Ils sont poursuivis pour violences volontaires ayant entraîné la mort, et encourent 30 ans de réclusion criminelle.

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Le fait divers est resté dans les esprits

La mère avait prétendu avoir perdu sa fille de 5 ans dans un parc de Clermont-Ferrand, en mai 2013. Cécile Bourgeon avait multiplié les interviews, apparaissant tantôt en pleurs, tantôt détachée, évoquant sa culpabilité et sa honte. Un comité de soutien avait été créé, des avis de recherches diffusés dans toute la France.

Je lance un appel à tout le monde, à tous les Clermontois, à tous ceux qui peuvent nous aider, c'est vraiment un appel au secours... On a un seul but, c'est de retrouver Fiona. On a vraiment besoin de soutien, d'aide... N'importe qui qui voit Fiona, qu'il nous la ramène, c'est tout.

Cécile Bourgeon le 16 mai 2013, au micro d'Olivier Vidal de France Bleu Pays d'Auvergne

L'aveu de la mort de la petite fille, quatre mois plus tard, crée un électrochoc dans l'opinion. Les enquêteurs, eux, ont dès le départ exploré toutes les pistes. Car de Marina à Typhaine, on a déjà vu, par le passé, des parents échafauder un scénario pour cacher la mort d'un enfant maltraité. Le couple est placé sur écoute, leurs ordinateurs explorés. Dès le mois de juin 2013, leur conviction est faite : la mère et le beau-père de Fiona ne sont pas étrangers à la disparition de la fillette. Mais Cécile Bourgeon est enceinte : les policiers attendent son accouchement, fin août - elle donne naissance à un petit garçon -, pour finalement interpeller le couple à Perpignan, le 24 septembre 2013.

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En garde à vue, la mère puis le beau-père reconnaissent que Fiona n'a pas été enlevée

Elle est morte "accidentellement" disent-ils. Leurs versions divergent, mais de demis aveux en accusations mutuelles, un scénario se dessine : un coup très fort porté quelques jours plus tôt à la tête de Fiona, causant un énorme hématome, qui a peu à peu couvert la moitié de son visage. Selon Cécile Bourgeon, l'enfant était devenue depuis plusieurs mois le "punching-ball" de son compagnon, sans qu'elle s'y oppose. Elle était elle-même frappée par Berkane Makhlouf. Les témoins, qui ont vu Fiona pour la dernière fois, les 7 et 8 mai, ont remarqué son air triste, apathique, et le large bandeau couvrant sa tête. Il y a sans doute eu ensuite d'autres coups, de pieds, de poing, au ventre, au visage, possiblement par la mère et le beau-père, chacun accusant l'autre d'avoir frappé l'enfant. La nuit suivante, la petite fille vomit plusieurs fois ; le couple la retrouve étouffée dans son lit le 12 mai au matin. Pris de panique, ils décident d'aller l'enterrer, nue, à même la terre, dans la région du lac d'Aydat, à une vingtaine de kilomètres de Clermont-Ferrand. Durant le trajet, la petite Léa*, deux ans et demi, est assise à côté du corps de sa sœur, placé dans un sac de voyage. De retour, le couple échafaude le scénario de la disparition au parc de Montjuzet. Le récit s'interrompt là : malgré quatre opérations de recherche, le corps de Fiona n'a jamais été retrouvé. Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf disent qu'ils ne se souviennent plus de l'endroit exact.

Cécile Bourgeon en discussion avec son avocat Gilles-Jean Portejoie
Cécile Bourgeon en discussion avec son avocat Gilles-Jean Portejoie © Radio France / Olivier Vidal

La figure de l'absente hantera donc ce procès. Absence de corps, qui empêche de connaître précisément les raisons de la mort de Fiona. N'a-t-elle pas subi pire que ce qu'en disent Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf ? Les experts psychiatres sont sceptiques sur la possibilité d'une amnésie sélective, concernant seulement le lieu de sépulture de l'enfant, absente, aussi, aux yeux de ce couple dont elle était devenue le souffre-douleur. Lors de leur arrestation, il ne restait plus aucun souvenir de Fiona dans leur appartement de Perpignan où ils avaient déménagé durant l'été. Pas un doudou, pas un habit, pas une photo, rien. Comme si elle n’avait jamais existé. Fruit de la première union de Cécile Bourgeon avec Nicolas Chafoulais, également père de la petite Léa*, Fiona était devenue pour ce couple qui se qualifiait de "fusionnel" l’enfant symptôme, sur qui se déversent les frustrations.

L'enfant souffre- douleur

C’est l’analyse de Rodolphe Costantino, avocat de l’association Enfance et Partage, partie civile au procès :"Ces violences-là sont le fruit d'une systémique de couple. Ce sont des couples pathogènes, qu'on peut voir comme les deux composantes de la nitroglycérine : quand ils se rencontrent, c'est la catastrophe. D'ailleurs, il suffit de moins d'un an de présence de Berkane Makhlouf aux côtés de Cécile Bourgeon pour que Fiona meure. À l'origine, il y a une situation passionnelle entre ces deux individus. Dans ces affaires, l'enfant devient le 'caillou dans la chaussure', parce qu'il ressemble au géniteur, parce que c'est un enfant non désiré, etc... L'enfant cristallise quelque chose d'une difficulté dans le couple, et il devient le souffre-douleur."

Nicolas Chafoulais, le père de Fiona déterminé en attendant le procès
Nicolas Chafoulais, le père de Fiona déterminé en attendant le procès © Radio France / Olivier Vidal

Que peut-on espérer de ces quinze jours d’audience devant la cour d’assises de Riom ?

Cécile Bourgeon continuera-t-elle à dire qu’elle n’a jamais levé la main sur sa fille, tandis que Berkane Makhlouf affirme que c'est elle l'auteure du coup mortel ? Une vérité commune arrivera-t-elle à apparaître ? C’est ce qu’espère Nicolas Chafoulais. Le père de Fiona, qui a la garde de sa seconde fille Léa*, aujourd’hui âgée de 6 ans, veut y croire.

Moi ce que je veux, c'est savoir ce qui s'est passé. Savoir où est le corps de ma fille, aussi. On ne sait même pas la date de sa mort. Et [Cécile Bourgeon] n'a jamais dit où elle était. Donc il n'y a pas eu d'obsèques, il n'y a rien eu de fait... Fiona est toujours là où elle est. La seule chose que [Cécile] a su me dire, c'est qu'elle avait réussi à l'enterrer, et qu'elle avait fait une prière.

Nicolas Chafoulais au micro d’Olivier Vidal, de France Bleu Pays d’Auvergne

SUIVEZ | Le procès en direct avec le live-tweet de Corinne Audouin (@cocale) jusqu'au 25 novembre

*le prénom a été changé

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