L’entreprise et sept anciens hauts dirigeants sont poursuivis pour "harcèlement moral". Au deuxième jour du procès devant le tribunal correctionnel de Paris, l’ex PDG Didier Lombard a réfuté toute responsabilité dans la crise sociale qu’a traversé France Télécom entre 2007 et 2010.

Didier Lombard, ancien PDG de France Telecom
Didier Lombard, ancien PDG de France Telecom © AFP / Lionel BONAVENTURE

Didier Lombard avait prévu une déclaration liminaire pour bien cadrer son propos, mais ça ne s’est pas aussi bien passé qu’il l’aurait voulu. Costume bleu marine, ventre arrondi, la voix assurée, l’ex PDG tient une feuille à la main : "Je vais la lire, pour ne pas dérailler, avec l’émotion", dit il. Il commence :

Je veux dire à celles et ceux qui ont été mes collègues mon profond chagrin pour ceux qui n’ont pas supporté le changement imposé à l’entreprise. 

"Notre maison, en 2005, était en péril. À cause de son surendettement, de l’agressivité de la concurrence, des évolutions technologiques (...) En 2009, France Telecom se portait mieux. Et ces résultats ont été obtenus grâce aux salariés : je veux leur dire mon admiration et ma gratitude."

L’ancien PDG dit avoir quitté la maison en mars 2010 pour permettre le "retour à la normale du moral de l’entreprise". À 77 ans, il est retraité, ne touche plus aucun jeton de présence. Il a démissionné de tous ses mandats dans des conseils d’administration en 2017. Il annonce le chiffre exact de sa retraite "après prélèvement à la source : "16 837 euros virgule 87 par mois".

C’est son procès, et on lui a souvent reproché sa maladresse, ses propos déplacés. Pourtant, 10 ans après, Didier Lombard semble incapable d’exprimer un remords ou un regret, mais simplement une "profonde tristesse". La situation a pu "involontairement contribuer à fragiliser certains, au point qu’ils accomplissent un geste irrémédiable, ce qui m’est insupportable" dit-il. Son texte ne va pas plus loin. C’est face aux questions de la présidente que le discours préparé se fissure.

Quand on l’interroge sur l’été 2009, Didier Lombard évoque "cette crise médiatique" autour des suicides, qui ont "privé"  les salariés du succès de France Télécom. "Les journaux disaient que leur entreprise était lamentable, ça leur cassait le moral". Il a lu des ouvrages sur le sujet, ça s’appelle "l’effet Werther" disserte Didier Lombard. "C’est ce que j’ai dit de manière très maladroite en parlant de ‘mode des suicides’ (en 2009). Dans ma tête, je pensais au mot anglais ‘mood’ (humeur)." Le fait de parler des suicides, "ça a multiplié le taux par 4" assure Didier Lombard.

"Si je n’avais pas été là, ça aurait été pareil" 

L’avocate Sylvie Topaloff, qui défend le syndicat Sud et une dizaine de parties civiles, n’en revient pas. "Vous regrettez le mot, mais vous pensez la même chose", relève-t-elle. 

"-Est-ce qu’il y a eu une crise sociale à France Telecom ? " 

"-Non", répond fermement Didier Lombard. "Il y avait des difficultés. Les transformations imposées à l’entreprise n’ont pas été agréables : dont acte. C’est comme ça. Je n'y peux rien. Si je n’avais pas été là, ça aurait été pareil, peut-être pire."  Et de refuser de se prononcer sur le nombre de suicides, "des chiffres qui ont été gonflés artificiellement" .

"Je suis consternée" s’exclame l’avocate, tandis que la salle bruisse de soupirs et de ricanements. Son associé, Jean-Paul Teissonnière, prend le relais. 

-Vous ne regrettez rien ? 

-Je ne répondrai pas à cette question.

Le tribunal reviendra longuement sur les faits, qui seront analysés de façon chronologique pendant les deux mois d'audience. Mais Didier Lombard a dévoilé aujourd’hui sa stratégie de défense, en mode "droit dans ses bottes". 

Le procès est prévu jusqu’au 12 juillet, les prévenus encourent jusqu’à 1 an de prison et 15 000 euros d’amende. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.