Quatre jours après l'ouverture du nouveau procès de Francis Heaulme pour le meurtre de deux enfants à Montigny-lès-Metz, son père et sa sœur étaient à la barre ce jeudi.

Procès « Heaulme » devant la cour d’assises de la Moselle
Procès « Heaulme » devant la cour d’assises de la Moselle © Maxppp / Pascal Brocard

Christine Heaulme a 50 ans, une parka kaki, des cheveux coupés courts. Elle se tourne vers le box. "Je voudrais dire à mon frère que je serai toujours auprès de lui." Francis Heaulme a perdu son rictus impassible, il hoche la tête, pleure. "On va y arriver, je te l’ai toujours dit Francis, tu es dans un tunnel noir, tu vas en sortir. Serais tu capable de me regarder et de me dire la vérité sur Montigny?"

Il se lève d’un bond, s’écrie, éperdu : "Non, c’est pas moi !"

Le président interrompt l’échange, alors Christine Heaulme raconte leur enfance. "Mon père, quand il rentrait bourré, il s’acharnait sur ma mère, il la frappait avec ses poings, Francis, il les séparait, il disait : non papa".Elle parle des coups, des humiliations, des convulsions de son frère, de ses épisodes d’auto mutilation...

"Francis, c’est compliqué", tente-t-elle. "C’est pas un homme comme vous et moi… mais c’est une personne qui a un cœur, pas une pierre."

Après la mort de leur mère en 84, la désertion de leur père qui refait sa vie deux ans plus tard, elle rencontre un homme. Elle a 20 ans. Elle pleure : "Je m’en veux, j’ai oublié mon frère, il est devenu vagabond…"Aujourd’hui, Christine Heaulme est la seule à lui rendre visite en prison, à l’appeler tous les 15 jours. Sur les crimes de son frère, elle ne s’attarde pas.

"Je ne sais pas, je ne veux pas le savoir", s’énerve-t-elle. "Mais il me dit : 'Montigny c’est pas moi', et je le crois"

Indéfectible et dernier soutien de Francis Heaulme, elle cède la place à son père, Marcel. Cela fait 23 ans qu’il n’a pas vu son fils."Où qu’il est ?", demande le vieux monsieur de 83 ans, avant de voir son fils lui faire de grands signes depuis le box. "Il dit toujours la vérité quand il est avec moi. En face de moi, il a jamais fait de conneries."On comprend vite que Marcel Heaulme n’est plus que l’ombre de ce père terrifiant. Il a tout oublié, sa fille a confié qu’il avait des trous de mémoire, "je sais pas bien ce qu’il a fait", dit-il.

"Votre fils a été condamné pour neuf meurtres", lance le président. "Faut voir si c’est vrai", lance-t-il. Marcel Heaulme quitte la salle en claudiquant, sans se tourner vers le box, comme s’il avait déjà oublié ce fils qui lui jette un dernier regard éperdu.

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