Franck Bosetti et le docteur Maroussia Wilquin, respectivement psychologue et psychiatre, ont rencontré Willy Bardon séparément, en prison, en mai et juin 2013. Ce mardi, c’est ensemble, à la barre de la cour d’assises d’Amiens, qu’ils ont présenté leurs conclusions.

Le procès de Willy Bardon pour enlèvement, séquestration, viol et meurtre d'Elodie Kulik, en 2002 se poursuit
Le procès de Willy Bardon pour enlèvement, séquestration, viol et meurtre d'Elodie Kulik, en 2002 se poursuit © Maxppp / Le Courrier Picard / Fred Douchet

L’exercice est délicat, puisque l’accusé nie absolument avoir violé et tué Elodie Kulik, en janvier 2002. Les experts ne sont pas là pour se prononcer sur les faits, mais pour éclairer la cour sur sa personnalité, et déceler d’éventuels troubles psychiatriques.

Ils dressent le portrait d’un homme "sans empathie ", avec peu d’émotions, "égocentriquement centré sur son plaisir ", incapable de se mettre à la place de l’autre. Ses amis le disent "grande gueule "? Les psys préfèrent "histrionique ", qu’on pourrait traduire par fanfaron, "avec des traits antisociaux et paranoïaques ".

Le diagnostic ? "Troubles mixtes de la personnalité ". Ce n’est pas une maladie mentale (contrairement à la schizophrénie ou la dépression, par exemple), explique le Dr Wilquin.

La personnalité, c’est la relation au monde. On parle de troubles de la personnalité quand cette relation est fixée, figée, et qu’elle induit de la souffrance psychique, chez l’individu ou ceux qui l’entourent.

Willy Bardon n’a pas les caractéristiques d’un prédateur sexuel, soulignent les experts. Si, et seulement si, les faits étaient avérés, l’alcool et l’effet de groupe auraient pu jouer un rôle. Dans le discours très cru de l’accusé sur sa sexualité (et dont la cour a eu quelques aperçus au long de ce procès), les experts ont relevé quelque chose de singulier  : "il entretient un rapport particulier à son plaisir et son désir " dit le Dr Wilquin : "l’autre est un objet qui n’est là que pour le satisfaire et lui procurer son plaisir. "

Le psychologue développe : "avec les femmes, si ça marche, ok, si ça ne marche pas, il passe à une autre. _Il essaie sans chercher à savoir l’effet que ça fait_, sans savoir s’il plaît : il ne se pose pas de question, la femme de son pote, la femme de son neveu… il ne se pose pas de questions."

Les mots des experts résonnent avec ce qu’on a entendu de Willy Bardon au cours de ce procès. Comment il a tenté sa chance avec chacune des trois sœurs de sa compagne. L’absence de scrupules, de filtre, quand il évoque ses fantasmes. Son air ahuri quand une femme vient dire qu’elle a eu peur de lui, ou été choquée par les mots qu’il a prononcés : "j’me rendais pas compte" est sa seule réponse.

Willy Bardon a grandi dans un environnement familial dur, émaillé de violences verbales, avec un père absent et une mère qui, dans son souvenir ne l'a "jamais pris dans ses bras". Une enfance avec les copains, surtout, marquée par un premier coma éthylique à l’âge de 13 ans. Des carences qui ont creusé chez l’accusé une grave "défaillance narcissique", jamais comblée, et qui le pousse à flamber, à dépenser pour être apprécié en retour.

Le portrait n’est pas flatteur. Mais est-ce celui d’un criminel ? La défense souligne l’absence de tout antécédent de violences. Les experts le redisent : le lien entre sa personnalité et les faits est du domaine de l'hypothèse.   

Il faut la vérité, mais pas avec moi. Moi, j’y étais pas

Son avocat interroge Willy Bardon, revient sur ses larmes, quand il a entendu la voix de son fils et de son ex compagne, sur des écoutes téléphoniques diffusées ce mardi matin : "ça me rappelle que je suis plus avec eux. Y a d’autres moments où je pleure aussi, quand mon frère est venu… Le voir et me dire que je les verrai plus…"  La voix de Willy Bardon se brise. "C’est dur, c’est pas évident."

Son avocat le relance, imaginez-vous la souffrance de Mr Kulik ? "J’ose pas imaginer ce qu’il vit" dit très vite Willy Bardon. "Il faut la vérité, mais pas avec moi. Moi, j’y étais pas ". Il se dit même prêt à passer au détecteur de mensonges. Ce n'est pas prévu : ce mercredi,  c'est la cour qui  l'interrogera sur les faits.

Le verdict est attendu vendredi 6 décembre.

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