Julie Derouette, partie civile au procès Leulmi
Julie Derouette, partie civile au procès Leulmi © Max PPP

Le procès de Jamel Leulmi s'achève devant la cour d'assises de l'Essonne, à Evry. Après les plaidoiries des parties civiles ce matin, les avocats généraux ont requis la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans.L'ancien professeur de génie industriel, âgé aujourd'hui de 36 ans, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il est accusé d'assassinat et tentative d'assassinat dans ce qui ressemble à une vaste escroquerie à l'assurance.

17h00 : « Elle a pris ses rêves pour des réalités »

Même les arguments multipliés pour sa défense ne font pas relever la tête à Jamel Leulmi. Seule sa chemise à larges bords blancs a encore fière allure. Lui est recroquevillé dans le box, dans une attitude qui, selon les vues, peut sembler être celle d’un homme accablé ou d’un meurtrier écrasé par la culpabilité.

Car il faut dire qu’il y a quelques minutes, la plus lourde peine possible vient d’être requise à son encontre : la réclusion à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans.

D’ailleurs, le premier de ses avocats à plaider, Me David Kaminski , l’annonce : « je viens la peur au ventre »

Je me dis qu'il y a comme une forme de loto judiciaire et que vous pourriez avoir la tentation et les faiblesses de retenir l’une des hypothèses qui pourrait apparaître la moins improbable. Les réquisitions ne m’ont pas semblé coller avec une démonstration mais avec des convictions : cette idée de rendre la justice en requérant la peine maximum. D’un trait, avec une facilité inouïe, on efface une souffrance en osant dire qu’elle aurait été feinte : la souffrance d’un mari, d’un homme aimant.

Celui que son avocat décrit comme : « souriant, beau gosse, charmeur, aimé par tous » serait en réalité victime : victime de l’accident de sa femme, victime ensuite du harcèlement de sa nouvelle conquête, « elle a pris ses rêves pour des réalités ».

15h30 : « Je requiers la réclusion à perpétuité »

Dans un réquisitoire à deux voix, les avocats généraux Rémi Crosson du Cormier et Sophie Avard ont tenté de démontrer tant la culpabilité que l’esprit machiavélique de Jamel Leulmi.

« Jamel Leulmi incompris, Jamel Leulmi écrasé, innocent, effondré – comme maintenant. Malgré ses attitudes, ses postures multiples, sa réelle maîtrise de lui-même devant vous depuis ses quatre semaines, je soutiens en conscience la culpabilité de cet homme » déclare avant tout chose Rémi Crosson du Cormier. Volonté d’écarter d’un revers de manche les affirmations que Jamel Leulmi multiplie sur son innocence.

Et de poursuivre :

J’accuse cet homme d’avoir assassiné Kathlyn, tenté d’assassiner Julie. Les violences faites aux femmes constituent pour nous, ministère public, une priorité absolue de politique pénale. J’affirme que ces deux femmes étaient irrémédiablement condamnées à mort par Leulmi. Le mobile, en l’occurrence, est de toucher de très grosses sommes d’argent.

La perpétuité assortie de 22 ans de sûreté, on ne pouvait pas demander plus, Corinne Audouin

Pour les deux avocats, Jamel Leulmi est dans « l’oubli, la négation, le mépris, et le discrédit de tous ceux qui s’opposent à lui. Il traite avec dédain tous ceux qui le gênent. Chez lui, le pouvoir de séduction est toujours un moyen d’emprise et de domination. On a dans ce dossier, une répétition mécanique des faits qui poursuit toujours le même but : percevoir des contrats d'assurance. »

11h14 : "L'opération séduction est en marche"

Pour la défense de la deuxième partie civile de ce procès, Julie Derouette, ancienne compagne de Jamel Leulmi, gravement blessée au Maroc, Maître Cathy Richard s’est avancée à la barre :

Aujourd’hui, on fête un amour, on fête les 31 ans de mariage de Monsieur et Madame Derouette, les parents de Julie. Mais aujourd’hui, on est aussi à la presque fin pour vous de presque quatre semaines d’audiences. On a étudié, entendu l’équivalent de presque 15 000 pages de dossier.

Cathy Richard sait qu'elle avance en terrain miné. Le récit de Corinne Audouin du service police-justice de France Inter

De celle que les avocats de la défense accuse d’avoir pris part à un complot contre Jamel Leulmi, Me Cathy Richard dépeint un tout autre portrait :

Elle n’est pas parfaite, elle est assez immature il faut bien le dire, elle est un peu gaffeuse, c’est une fille "rentre-dedans", elle est cash. Mais elle est réactive, elle n’est jamais dans l’élaboration.

Lorsqu’elle rencontre Jamel Leulmi, Julie Derouette est mère séparée de deux filles à qui "elle consacre toutes ses forces". Rapidement, Jamel Leulmi "vient chez elle, presque tous les jours. L’opération séduction va se mettre en marche. Et là, prenez des cours : il est super doué. Ses armes ? D’abord un physique affûté, un corps qu’il travaille. Ensuite, il est charmeur, entreprenant. Et puis, il est veuf, éploré. En plus, sa femme était enceinte. Là, on a envie de le prendre dans ses bras."

"Puis, il y avait tout un scénario à mettre en place." C’est ainsi que l’avocate de Julie Derouette explique le plus troublant de l’affaire : les nombreux SMS envoyés par la jeune femme à son compagnon. Lui l’accuse de harcèlement, elle explique qu’il écrivait lui-même les messages qu’elle lui envoyait.

"Qu’est-ce qu’elle était allée faire dans cette galère ?", celle qui n’avait voyagé que deux fois dans sa vie "pour aller voir de la famille en Tunisie." Car la nuit du 20 décembre 2009, les choses vont basculer pour Julie Derouette qui décrit une scène d’agression : après avoir été percutée en voiture, elle explique s’être fait frapper à la nuque par deux individus, puis laissée inconsciente dans le désert marocain.

10h30 : "Vous n'avez aucune place pour le doute"

C’est la tête baissée dans le box vitré des accusés et n’offrant que le haut de son crâne rasé à la vue des jurés que Jamel Leulmi a entendu ce matin les plaidoiries des avocats des parties civiles. Pour la défense des droits de Kathlyn, épouse décédée de Jamel Leulmi, Me Thierry Lacamp est revenu sur la soirée du 30 janvier 2007, ce soir où le couple sort faire une promenade à vélo sur une route départementale, non éclairée.

Au cours du trajet, le vélo de Kathlyn, acheté quelques heures plus tôt, est percuté par une voiture. Accident, affirme Jamel Leulmi, agression provoquée estime l’entourage de la jeune femme décédée.

Mais après la collision, Kathlyn est toujours en vie. Jamel Leulmi l’emmène alors à l’écart de la route. Et les premiers témoins arrivent. Ils découvrent Jamel Leulmi allongé sur sa femme.

Pour Maître Thierry Lacamp , le scénario est clair :

Kathlyn, elle sait tout, le non des complices, tout. Alors Leulmi est obligé de continuer à l’asphyxier devant tout le monde. Et comme il est malin, il hurle, il lui dit des mots d’amour. Mais il reste très violent si quelqu’un essaie de le dégager de Katlhyn car il sait qu’il faut 8 à 10 minutes pour qu’elle meure, c’est l’inconvénient de la compression thoracique. Leulmi n’a qu’une préoccupation : il est obligé de continuer le plus longtemps possible.

Et celui qui défend également l’une des assurances de poursuivre :

Si on voit rationnellement les explications de Monsieur Leulmi, on voit qu’aucune ne peut être retenue : il est insensible au stress. D’autant plus qu’il connaît parfaitement les règles de secourisme. En plus, on s’aperçoit qu’il est parfaitement cohérent. Il donne tout de suite aux témoins des précisions sur le modèle de la Clio (qui a percuté le vélo) et il donne des explications : "On revenait d’Algérie, on devait dîner après cette balade". Il est très cohérent : où est l’état de choc ? Il n’y en a pas. Vous n’avez aucune place pour le doute.

Intelligent, séducteur... manipulateur

Cela fait sans doute partie d'un des moments les plus délicats du procès pour l'homme au crâne rasé et muscles saillants : celui des plaidoiries des parties civiles - la famille de l'ex-femme décédée de Jamel Leulmi, l'une de ses anciennes compagnes et les compagnies d'assurances dans lesquelles les contrats d'assurances-décès à son bénéfice avaient été signés.

► ► ► ALLER PLUS LOIN | Procès Leulmi : des femmes et des assurances-vie

Egocentrique, intelligent, séducteur, manipulateur : portrait de Jamel Leulmi par Corinne Audouin

Hier, les avocats de la première partie civile, l'ancienne épouse de Jamel, décédée en 2007 et pour l'assassinat de laquelle il comparaît devant les assises, ont débuté le bal des plaidoiries.

Quand Eric Dupond-Moretti tente une nouvelle stratégie de défense

En détention provisoire depuis quatre ans, il a toujours clamé son innocence, tout en multipliant les incohérences dans ses déclarations. Jamel Leulmi affirme ainsi ne pas avoir été au courant des contrats d'assurance-vie à son profit, mais les faits démontrent le contraire.

Alors son avocat, Me Eric Dupond-Moretti a choisi de reprendre à son compte les conclusions des experts psychiatriques qui ont examiné son client :

On peut imaginer que pour s'assurer une forme de domination totale, il puisse avoir besoin de demander aux femmes le pire, c'est-à-dire de signer des contrats d'assurance.

► ► ► ALLER PLUS LOIN | Leulmi face aux experts

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