C'est un procès inédit qui s'ouvre ce lundi devant la cour d'assises de l'Eure. Un homme comparaît pour avoir tué sa fille de 33 ans, avec qui il entretenait une relation incestueuse. Denis Mannechez, hémiplégique et muet après avoir tenté de se suicider, s'exprimera avec une tablette numérique.

Un homme, désormais paraplégique, comparaît pour avoir tué sa fille de 33 ans, avec qui il entretenait une relation incestueuse
Un homme, désormais paraplégique, comparaît pour avoir tué sa fille de 33 ans, avec qui il entretenait une relation incestueuse © Radio France / Matthieu Boucheron

Il a frôlé la mort, passé plusieurs mois dans le coma. Ce jour d'octobre 2014, à Gisors, Denis Mannechez abat sa fille Virginie, qui vient de le quitter. Il tire également sur son employeur, un garagiste de 31 ans, Frédéric Piard, qui avait accepté d'héberger la jeune femme et son enfant. Le tireur retourne ensuite l'arme contre lui, se loge une balle dans la tempe droite. Mais Denis Mannechez, contrairement à ses victimes, a survécu. 

En grande partie paralysé, privé de la parole, il ne peut pas se laver, s'habiller, ni se nourrir seul. Âgé de 56 ans, il est détenu à l'hôpital pénitentiaire de Fresnes. Ses fonctions cognitives sont bonnes, sa mémoire est revenue ; un expert neurologue a donc estimé qu'il était en état d'être jugé. 

Il a une parfaite compréhension des questions

Vu son état de santé, la cour d'assises d'Evreux a dû s'adapter : le procès durera 3 semaines, car Denis Mannechez ne peut pas comparaître plus de 4 heures par jour. Seul un de ses bras est mobile. Son avocat, Marc François, explique le procédé mis en place pour l'entendre : "il sera équipé d'une tablette numérique, et ses écrits seront retransmis sur écran. Il a une parfaite compréhension des questions qu'on lui pose. Nous allons tout faire pour qu'il puisse être entendu, parce que c'est important, pour lui, mais aussi pour les parties civiles".

La cour d'assises utilisera également un logiciel de synthèse vocale, pour lire les propos de Denis Mannechez. Un tel déploiement de moyens, avec installation d'une rampe d'accès, une salle de repos spécialement aménagée, tout cela est-il nécessaire ? Fallait-il absolument juger cet homme lourdement handicapé ? Betty Mannechez en est persuadée. Elle est la sœur cadette de Virginie, partie civile au procès comme leurs trois autres frères et sœurs. 

Une famille au fonctionnement pathologique

En 2002, à 17 ans, Betty avait dénoncé le fonctionnement pathologique de la famille Mannechez : un père qui couche avec ses filles, avec l'assentiment, et même la participation de leur mère. La famille, aisée, vivait dans une grande et belle maison, près de Compiègne. Mais au procès en appel des parents, pour les viols commis sur leurs filles, les enfants font bloc autour du père. Les filles, Virginie et Betty, déroulent le récit d'un "'inceste consenti" commencé à l'adolescence. Un expert avait même évoqué la possibilité d'un "inceste heureux" entre Denis Mannechez et sa fille aînée Virginie, qui lui avait donné un fils. La cour d'assises d'Amiens l'avait condamné, en novembre 2012, à 5 ans de prison, dont 3 avec sursis, couvrant sa période de détention provisoire.

Le couple père-fille s'était donc reformé. Jusqu'à ce que la fiction de l'histoire d'amour hors-normes ne vole en éclats. En septembre 2014, Virginie Mannechez quitte son père et compagnon: maladivement jaloux, possessif, il ne cesse de la surveiller. Elle emmène avec elle leur fils de 12 ans. Furieux, Denis Mannechez la retrouve, dans le garage de Gisors où elle travaille. Sans sommation, il tire sur son employeur, puis sur Virginie, qui meurt au volant de la dépanneuse qu'elle conduisait.  

Un procès salvateur?

Quatre ans après le drame, Betty Mannechez attend beaucoup de cette audience, explique son avocat, Benoît Varin. "Ce procès va être salvateur pour elle. Betty redoute et attend la confrontation avec son père, pour lui dire certaines choses qu'elle a sur le coeur, depuis le procès d'Amiens." Aujourd'hui âgée de 35 ans, Betty était revenue, lors de ce procès, sur ses accusations de viols, en raison des pressions exercées par sa famille. "Elle espère aussi l'entendre, s'il en a le courage, reconnaître qu'il a commis beaucoup de dégâts sur cette famille, et qu'il est prêt à assumer les conséquences de son comportement." Denis Mannechez, qui nie avoir prémédité le meurtre de sa fille, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Verdict attendu le 18 décembre.

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