Au deuxième jour de son procès en appel, Abdelkader Merah livre une version lisse de son enfance violente et de ses convictions.

Abdelkader Merah a trouvé dans l’islam la réponse à son mal-être : «j’arrivais, grâce à cette religion, à me cadrer moi-même» dit-il.
Abdelkader Merah a trouvé dans l’islam la réponse à son mal-être : «j’arrivais, grâce à cette religion, à me cadrer moi-même» dit-il. © AFP / Benoit PEYRUCQ

Dans le box vitré, Abdelkader Merah est debout et de la main gauche, il tient le micro. A l’aise, la parole fluide, teintée d’un léger accent de Toulouse, l’accusé se prête sans rechigner à ce qu’on appelle "l’examen de personnalité". 

La cour d’assises de Paris se penche d’abord sur une enfance marquée par le divorce de ses parents. L’absence totale de cadre éducatif, entre une mère débordée et un père démissionnaire. Son frère aîné l’initie au haschisch à 10 ans et demi, à l’alcool à 11. Les bagarres, l’échec scolaire, les foyers… "Pour nous, la violence, c’était quelque chose de normal" dit-il.

Il n’a pourtant aucun grief contre ses parents. Sa petite enfance ? "Un bonheur complet malgré un budget contraint" dit-il. La fratrie de cinq enfants, trois garçons et deux filles, passe chaque été en vacances en Algérie.

Un garçon intelligent, mais en rébellion permanente

Les rapports éducatifs décrivent un garçon intelligent mais en rébellion permanente, qui insulte les adultes et défie l’autorité. Son casier judiciaire compte cinq condamnations, notamment pour violences. La plus grave qui lui vaut 4 mois d’incarcération, c’était pour avoir agressé son frère aîné Abdelghani. "C’était mon modèle, jusqu’à ce que je me rende compte qu’il m’utilisait" dit-il. Ce frère aîné, qui n’a cessé de dénoncer l’ascendant d’Abdelkader sur leur petit frère Mohamed, l’accusant d’avoir armé son bras, viendra mercredi témoigner à la barre.

2006 est une année charnière : Abdelkader Merah se marie religieusement avec Yamina, une "demoiselle des Izards" comme il le dit. Leur romance a quelque chose de rocambolesque. Les frères de la jeune femme sont opposés à cette union et les traquent. Le couple "s’échappe en Egypte" : "On n’acceptait pas d’être séparés, c’est comme Roméo et Juliette" dit l’accusé.

"Entrer dans l’islam, c’est croire et appliquer"

C’est aussi l’année de sa conversion à l’islam, "après avoir étudié comparativement le christianisme et le judaïsme, j’ai lu la Bible de A à Z" explique Abdelkader Merah. "Pourquoi parlez-vous de conversion, vous étiez déjà musulman ?" demande l’avocat général. "Je suis devenu musulman pratiquant" précise-t-il. "Entrer dans l’islam, c’est croire et appliquer. Etre musulman et boire de l’alcool, ou voler, ça se passe pas comme ça, il faut respecter les règles." La voix est ferme, ne souffre pas la contradiction.

Abdelkader Merah a trouvé dans l’islam la réponse à son mal-être : "J’arrivais, grâce à cette religion, à me cadrer moi-même" dit-il. Il philosophe : "dans les quartiers, il n’y a que deux voies : la délinquance ou la religion". Lui a emprunté les deux, successivement.

Quand la cour évoque les voyages en Egypte, il explique qu'il s'agissait pour lui "d'apprendre l’arabe littéraire". Il y a séjourné 13 mois la dernière fois, en 2011. La présidente lui demande s’il y a croisé les frères Clain, figures du salafisme toulousain, futures voix des revendications des attentats du 13 novembre, et tués le mois dernier à Baghouz en Syrie. "Je les ai vus à un match de foot" concède Abdelkader Merah. "Mais ils habitaient à l’autre bout du Caire", toujours soucieux de présenter la version la plus lisse possible de sa jeunesse, de ses fréquentations et de ses convictions. 

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