Les avocats d’Abdelkader Merah ont plaidé l’acquittement de leur client des accusations de complicité avec son frère Mohamed Merah. 5H de plaidoiries intenses, pour tenter d'emporter la conviction des juges.

 Eric Dupond-Moretti, Antoine Vey et Archibald Celeyron les avocats Abdelkader Merah ont plaidé l’acquittement de leur client
Eric Dupond-Moretti, Antoine Vey et Archibald Celeyron les avocats Abdelkader Merah ont plaidé l’acquittement de leur client © AFP / Thomas SAMSON

"On nous accuse de faire des effets de manche, de l’enfumage", attaque Antoine Vey, l’associé d’Eric Dupond-Moretti, avant d’annoncer, a contrario, "une plaidoirie juridique, technique. Sans remplissage du vide, sans reconstruire les événements". Les piques s’adressent au parquet, dont les avocats d’Abdelkader Merah s’attachent à démanteler le raisonnement, à pointer les faiblesses. 

Abdelkader Merah est-il différent des autres salafistes intégristes, demande la défense

Antoine Vey ne cherche pas à rendre son client sympathique. "Oui, Abdelkader Merah est un idéologue. Il est radical. Il est salafiste. Oui, il est antisémite". Il marque une pause, on entend des murmures dans la salle. "Mais il n’a matérialisé aucun acte préparatoire visant à commettre un acte terroriste. En quoi est il différent des 50 000 salafistes intégristes de France ?" lance-t-il. Si ce n’est qu’il s’appelle Merah.

Avant lui, Archibald Celeyron s’est attaché à réfuter les éléments pouvant établir une complicité avec son frère. Méticuleux, précis, le jeune avocat marque des points. Rappelle la brouille entre les deux frères, alors que Mohamed Merah commence déjà à préparer ses crimes, loue des box et des voitures. Le vol du scooter ? Un vol d’opportunité, auquel Abdelkder Merah n’aurait fait qu’assister. Ce vol de scooter reconnu en garde à vue par Abdelkader Merah, et qui va selon l’avocat lui coûter cher : "cela va devenir la matrice de l’accusation de complicité"

"Abdelkader Merah n’a fourni aucune aide aucune assistance de quelque manière que ce soit, à tous les stades de la préparation d’actes dont il ignorait tout" explique l’avocat, qui demande qu’il soit acquitté, comme en première instance, pour ces faits de complicité (il avait été condamné à 20 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste). 

"Rendre la justice au pied du mur de l’exemple"

Il est 18H15 quand Eric Dupond-Moretti entre en scène. C’est le mot, tant la foule est nombreuse pour l’écouter. Il regarde les avocats généraux : "le nom de Merah doit être associé à une peine lourde, avez-vous dit, car ce nom est brandi avec fierté par les candidats au djihad". Il se penche en avant. "Tout est dit, hélas. Ce n’est pas une maladresse, c’est une volonté délibérée de rendre la justice au pied du mur de l’exemple". 

C’est le début d’une plaidoirie intense et habitée, pour celui que tout le monde voit comme "l’incarnation du mal absolu". L’avocat dénonce le poison de la dictature de l’émotion, "la France qui vous regarde", gronde-t-il, en reprenant les mots de l’accusation. "La France qui vous regarde", poursuit-il, "laquelle ? Celle des Lumières, ou celle qui veut rétablir la peine de mort ?".

Le seul antidote à ce venin, c’est le courage des juges

Le courage du juge, contre ceux qui voudraient que l’on traite Abdelkader Merah "comme il le serait dans un État islamique, sans avocat, lapidé. C’est ça dont vous rêvez pour lui ? Et pour nous ?" tonne Eric Dupond-Moretti. 

"Si l’on condamne un homme sans preuve, fût-il un islamiste radical de la pire espèce, alors je vous l’affirme, c’est les terroristes qui auront gagné" conclut l’avocat, au terme d’une heure de plaidoirie en forme d’uppercut. 

Jeudi, après les derniers mots des accusés, les sept magistrats de la cour d’assises spécialement composée partiront délibérer.

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