Au procès en appel d’Abdelkader Merah, d’anciens élèves de l’école juive Ozar Hatorah sont venus, avec pudeur, témoigner à la barre.

Impassible dans le box, Abdelkader Merah a écouté, toute la journée, des récits de souffrance et de résilience
Impassible dans le box, Abdelkader Merah a écouté, toute la journée, des récits de souffrance et de résilience © AFP / Benoit PEYRUCQ

Ils sont serrés les uns contre les autres dans la salle d’audience, une demi douzaine d’anciens élèves de l’école Ozar Hatorah. Ils avaient 13, 15 ou 17 ans le jour de l’attentat. Un des rares à prendre la parole s’appelle Jonathan. En 2012, il était en terminale. Ce matin du 19 mars, il était à la synagogue pour la prière du matin. À la barre, il se souvient de tout. Les coups de feu. "Un coup, deux coups, trois coups. Je regarde par la fenêtre, je ne comprends pas. La CPE entre en hurlant ‘il y a un tireur dans l’école’. J’ai 17 ans. Les plus petits viennent vers moi, ils me prennent les mains, les bras…. Je me dis que je vais les mettre en sécurité." Ils vont passer trois heures confinés dans le réfectoire. "C’est l’enfer" se souvient-il avec pudeur et émotion.

"On se retrouve 50-60 élèves enfermés, confinés, raconte Jonathan. Il faut canaliser les plus petits, moi en terminale, je suis le plus grand, même si je suis encore un enfant. Consoler ceux qui pleurent, calmer ceux qui se tapent la tête contre le mur, ça crie, ça hurle… C’était un moment très éprouvant."

La particularité des élèves de l’école, c’est qu’on connaissait les victimes, mais en plus de ça, on a assisté à leur mort.

Il se souvient d’un enfant de 13 ans qui "hurle à s’en arracher les habits ‘Myriam est morte, Myriam est morte’". Myriam Monsenego, 8 ans, la fille du directeur de l’école, que Jonathan, qui était interne, gardait parfois. "Quand je jouais du piano, elle venait s’asseoir à côté de moi, pour m’écouter jouer".

"Ça fait 7 ans. On avance, on se bat... Mais on y pense tous les jours. La plaie est toujours ouverte" dit Jonathan. "Certains anciens ne sont pas présents, parce que c’est trop difficile aujourd’hui d’entendre le nom du tueur." Jonathan parle en leur nom, parce qu’entre anciens internes de l’école, ils restent en contact, pour parler, notamment, du 19 mars, encore et encore. 

On a peur au cinéma, dans le métro, sur les terrasses… On sursaute au moindre bruit. C’est une spirale infernale, au quotidien. On a besoin d’en parler.

Beaucoup d’élèves de terminale de cette année là sont partis en Israël. Pas Jonathan. Rester en France, étudier, réussir : c’était pour lui la plus belle, la seule réponse à l’atrocité. "J’avais pas envie de leur donner raison" dit Jonathan, qui prêtera, l’an prochain, son serment d’avocat. "En tant qu’élève avocat, je sais ce que c’est le droit à un procès équitable" a-t-il dit à la cour. "J’ai confiance en la justice. Mais j’espère que si les preuves le permettent, il sera condamné pour complicité." 

Jonathan ne prononce pas le nom d’Abdelkader Merah.
Impassible dans le box, l’accusé a écouté, toute la journée, ces récits de souffrance et de résilience.

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