Au procès en appel d’Abdelkader Merah, l’accusé a minimisé son influence sur son frère Mohamed, s’affirmant étranger à ses actes.

Dans le box, Abdelkader Merah a refusé l'étiquette de guide spirituel ou d'idéologue vis-à-vis de son frère.
Dans le box, Abdelkader Merah a refusé l'étiquette de guide spirituel ou d'idéologue vis-à-vis de son frère. © AFP / BENOIT PEYRUCQ

Il fait chaud dans la grande salle de la cour d'Assises. Chemise grise aux manches retroussées, Abdelkader Merah enlève ses lunettes, s’essuie les yeux. Son débit est rapide et monotone, l’homme a réponse à tout. Son frère, c’est son frère, et lui, c’est lui. Certes, Mohamed s’est "converti" à l’islam, comme il dit, deux années après lui, mais il réfute l’étiquette d’idéologue ou de guide spirituel. "Il a son parcours à lui, moi j’ai mon parcours à moi." 

La dernière fois qu’ils se sont vus, c’était le 17 mars, deux jours avant la tuerie à l’école Ozar Hatorah. "Je n’oublierai jamais", dit Abdelkader Merah. "C’était tard le soir. J’ai vu sa Clio garée, j’ai klaxonné, on a discuté. Il est parti très décontracté, il sautillait". Dans le box, Abdelkader mime ce balancement tranquille. "Rétrospectivement, je me dis qu’il était dans une deuxième dimension."

J’entends que ça parle d’Al-Qaida, je me dis que je suis tombé sur une mine d’or ! 

La présidente l’interroge sur les 17 fichiers audio retrouvés sur son lecteur MP3, qui détaillent la définition du djihad religieux, et comment le réaliser sans se faire repérer. Circuler à moto, ne pas utiliser de téléphone portable, ne pas porter sa montre à droite. Abdelkader Merah explique qu’il a téléchargé tout cela sur internet, parce que c’était en arabe littéraire. "J’entends que ça parle d’Al-Qaida, je me dis que je suis tombé sur une mine d’or ! C’est très précis, très détaillé, c’est la source directe, on est dans le cœur du groupe, de l’organisation", s’emballe-t-il, avant de tempérer. "C’est pas pour ça que j’allais l’appliquer". Abdelkader Merah ajoute qu’il lit aussi beaucoup sur les braqueurs et malfaiteurs en tous genres.

A-t-il pu faire écouter ces documents à Mohamed ? "Il n'aurait pas compris, il ne parlait pas l’arabe littéraire". Quelle est sa position sur le djihad ? "Le djihad, il y a plusieurs versets du Coran qui en parlent, explique doctement l’accusé. Après, chacun le comprend comme il veut, chacun a sa perception des textes." Pour lui, "c’est fonder un état musulman, rien à voir avec les actes de mon petit frère", qu'il décrit comme "un électron libre, incapable de suivre un cours de religion". Abdelkader Merah dit comprendre que l'on essaye de lui coller "l’image de l’idéologue, mais je suis un petit religieux, si je peux dire." 

Comme Mohamed Merah est mort, il n’y avait pas d’os à ronger. Je suis l’os à ronger.

L’accusation revient sur l’élément clé qui pourrait permettre de retenir sa complicité : le vol du scooter utilisé par Mohamed Merah pour ses crimes. Abdelkader Merah était présent quand son frère Mohamed l’a dérobé. "Passer de ma présence lors de ce vol à la complicité d’assassinats, c’est vraiment partir trop loin", explique l’accusé sans se départir de sa maîtrise. "Comme Mohamed Merah est mort, il n’y avait pas d’os à ronger. Je suis l’os à ronger." 

Les avocats de la défense et des parties civiles s’écharpent autour de la couleur du scooter. La fin des débats approche, chacun joue ses dernières cartes. Abdelkader Merah, lui, garde un calme imperturbable. 

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